Armes biologiques et propagande : l’Occident, mis à nu en Ukraine, contre-attaque

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par Alexandre Keller

Analyste passé par les rédactions de RT France et de Sputnik pour contrer le narratif officiel, Alexandre Keller est un contributeur de Strategika. Il anime aussi le canal Telegram : t.me/kompromatmedia

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Le 9 mars, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que la Russie disposait de documents démontrant que les Etats-Unis avaient soutenu un programme d’armes biologiques en Ukraine. Prenant au dépourvu Washington.

«Nous craignons que les forces russes ne cherchent à en prendre le contrôle», a ainsi admis, partiellement et maladroitement, Victoria Nuland, numéro trois de la diplomatie américaine. La même Nuland, célèbre pour son «Fuck Europe», qui dictait en 2014 dans une conversation fuitée la composition du gouvernement fantoche ukrainien à l’ambassadeur américain à Kiev, Geoffrey Pyatt.

Passé un moment de flottement, pris de vitesse par la progression des troupes russes, l’Empire contre-attaque sur le terrain, essentiel, narratif. Sur l’air du «C’est celui qui dit qui est». Faute de mieux ?

Rouleau compresseur médiatique

Avec un changement de pied notable : l’occident et son appareil médiatique ont d’abord tenté de comparer le conflit en Ukraine à la guerre en Afghanistan des années 1980. L’URSS y était allée s’épuiser, tombant dans le piège tendu par les conseillers néoconservateurs, dont Brzezinsky. Or, médias comme gouvernements occidentaux semblent avoir changé leur fusil d’épaule, entonnant à l’unisson le refrain d’une situation à la syrienne.

Après l’élimination de la concurrence narrative, dont les médias «russes», au prix d’une censure inédite parfaitement assumée de l’Union européenne, la presse a recouvré son monopole de la Weltanschauung. Elle se sent même pousser des ailes, reprenant son récit là où elle l’avait laissé en Syrie.

Les organes de propagande dans ce monde debordien où la «vérité est un moment du faux», jouent un rôle capital dans la reconstruction de la réalité, comme dans la fabrique de l’opinion publique et du consentement.

«L'”avertissement” de la Russie sur les armes biologiques de l’Ukraine sonne exactement comme la Syrie, titre ainsi le Guardian, dans le cadre de l’attaque médiatique en essaim. Avec comme sous-titre, «Analyse : Poutine a utilisé la même fausse justification pour les bombardements brutaux en Syrie, malgré la pleine lumière des médias occidentaux».

En France, le journal atlantiste Le Monde, qui a abandonné toute sa finesse de l’ère Beuve-Méry, publie un exercice de propagande assumée : «La guerre en Ukraine rappelle “les méthodes que l’on a subies à Alep”, témoignent des Syriens».

«Les sièges, les couloirs humanitaires, les négociations de paix menées au son des canons : ce sont les mêmes méthodes que l’on a subies durant les six mois de siège à Alep, les mêmes stratégies pour gagner du temps, infliger le plus de dommages possible aux civils et aux infrastructures, et faire payer le prix fort à ceux qui se défendent», poursuit la gazette mondialiste de l’oligarchie française.

Inversions accusatoires

Or, ces «mêmes stratégies» et ces «mêmes méthodes» sont parfaitement attribuables au camp occidental. D’ailleurs, en Syrie, de nombreuses preuves attestent du sabotage des couloirs humanitaires par les groupes djihadistes soutenus et armés par la coalition occidentale.

Déjà, en Ukraine comme en Syrie, les couloirs d’évacuation du Donbass, ou à Kiev, à Irpin, les civils sont pris pour cible par les milices nationalistes ukrainiennes. Celles-ci jouent le même rôle en Ukraine que les groupes «djihadistes» en Syrie. C’est-à-dire pourrir la situation, embourber la Russie, et entretenir un de ces conflits gelés que la géopolitique américaine affectionne tant.

La rhétorique médiatique occidentale élude donc une faille logique de taille : dans son offensive sur le terrain, l’armée russe n’a aucun intérêt, ni stratégique ni médiatique, à utiliser les populations comme boucliers humains. Au contraire de Kiev. Selon de nombreux témoignages, l’armée et les milices ukrainiennes, ont notamment miné les alentours de la ville de Marioupol pour y retenir la population et compliquer les opérations russes.

«Le martyre d’Alep, la capitale économique du Nord syrien, porte à jamais l’empreinte russe, comme Grozny, en Tchétchénie, avant elle», martèle encore Le Monde, osant encore citer le vrai-faux Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), officine pro-occidentale basée au Royaume-Uni.

Il suffira au lecteur réinformé pour «débunker» le narratif du Monde de changer l’«empreinte russe» en «empreinte occidentale», y compris en Tchétchénie, où l’Occident est allé instrumentaliser l’«islamisme» pour déstabiliser la Russie, et Moscou sera sûrement d’accord.

Le storytelling du Monde est donc parfaitement réversible, les éléments et événements qu’il cite peuvent aussi bien servir à l’instruction à charge de l’ingérence occidentale en Syrie.

«Empire du mensonge»

Activée en mode gestion de crise, Jen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche, a d’ailleurs tenté de réparer les dégâts narratifs de Victoria Nuland.

«La Russie a l’habitude d’accuser l’Occident des violations mêmes que la Russie elle-même commet», a-t-elle déclaré, «tout cela est un stratagème évident de la part de la Russie pour tenter de justifier sa nouvelle attaque préméditée, non provoquée et injustifiée contre l’Ukraine».

Là aussi, les médias autorisés montent au créneau pour appuyer la post-vérité impériale. «Les responsables occidentaux ont lancé à plusieurs reprises des avertissements sur l’utilisation possible par la Russie d’armes particulièrement meurtrières au cours des deux dernières semaines», renchérit le Guardian, croyant bien faire, mais sans se rendre compte de la réversibilité de l’affirmation.

Le quotidien britannique semble aussi oublier que les Etats-Unis ont un lourd passif de mensonges justifiant ses interventions militaires. On se souvient évidemment, parmi une très longue liste remontant au XIXe siècle et l’avènement de la doctrine Monroe thalassocratique, évidemment de la prétendue fiole d’anthrax brandie par Colin Powell dans l’enceinte même des Nations Unies ; de l’incident du destroyer Maddox pour justifier la guerre au Vietnam ; ou encore du projet «Northwoods» d’opérations militaires clandestines sous faux drapeau visant Cuba dans les années soixante.

Le monde divisé en bulles cognitives

Concernant l’Ukraine, l’Occident n’a donc pas tardé à allumer les contre-feux narratifs. Le grand public, biberonné aux médias mainstream, aura déjà été préparé au pire pour l’Occident : des preuves russes solides de recherches biologiques militaires financées par la CIA en Ukraine.

Mais les commentateurs et analystes antirusses oublient sans doute une différence déterminante entre le conflit en Ukraine, provoqué par le coup d’Etat occidental de 2014, et la guerre civile syrienne, provoquée et alimentée par l’Empire états-unien et ses vassaux.

En Syrie, la Russie était intervenue en seul appui logistique et aérien à l’Armée arabe syrienne. Mais en Ukraine, l’armée russe est directement au sol, en capacité de prendre le contrôle des installations de recherche biologique en même temps qu’elle prend le contrôle du territoire. Avec une meilleure maîtrise du terrain, Moscou pourra aussi, sans doute, parer plus efficacement qu’en Syrie aux opérations sous faux drapeau occidentales.

Et en dehors de la bulle cognitive de l’Ouest, les accusations russes ont fait mouche. Le ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé que les Etats-Unis avaient «336 laboratoires dans 30 pays sous leur contrôle, dont 26 rien qu’en Ukraine». «Ils devraient rendre compte de ses activités militaires biologiques et se soumettre à une vérification multilatérale», a ajouté Pékin.

Selon RIA Novosti, des études sur les oiseaux, les insectes, les chauves-souris et différents agents pathogènes dont des coronavirus ont été menées par le Pentagone non seulement en Ukraine, mais aussi dans le laboratoire du centre de recherche américain de Tbilissi, en Géorgie, depuis 2017.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), un des instruments mondialistes de domination, si active en Syrie pour tenter de démontrer la culpabilité de Damas dans les attaques chimiques sur les populations, se déplacera-t-elle en Ukraine ?

Le «grand renversement» du monde, c’est aussi la scission du globe en aires de narration distinctes, et bientôt étanches. La légitimité des gouvernements, fragilisée, en dépend.

Alexandre Keller, pour Strategika

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