Impuissance apprise : comment l’Ukraine, Macron, le Covid, McKinsey et l’UE ont tué l’élection présidentielle

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par Alexandre Keller de t.me/kompromatmedia

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Star de la Ve, incarnant supposément la rencontre d’un homme (ou d’une femme) avec le peuple, par-dessus et par-delà les partis, l’élection présidentielle était le dernier scrutin à retenir l’attention des Français. Mais avec une abstention record au premier tour, 26%, soit presque autant qu’en 2002 (28,4%), elle semble désormais suivre le même chemin que les autres consultations.

Le corps électoral, même confusément, a intégré que les lieux de pouvoir non seulement lui échappaient, mais que les centres de décision n’étaient plus en France. Prenant conscience de leur impuissance, les citoyens abdiquent.

Les élections législatives ont été les premières à être victimes de la mise en œuvre du quinquennat, à partir du second mandat de Chirac, en 2002. L’«inversion du calendrier électoral» a privé de tout enjeu l’élection des députés. Jusque-là, tandis que le mandat du président était contestable par les urnes tous les sept ans, le cycle des législatives de 5 ans permettait au pays de sanctionner la politique présidentielle. C’est ainsi que la Ve République a connu trois «cohabitations». Mitterrand avec Chirac et Balladur comme Premiers ministres et… Chirac avec Jospin.

Cependant, le législateur, au lieu d’y voir une forme de contrôle démocratique, une respiration dans une Ve République à certains égards monarchique, y a vu un défaut et cru bon d’y remédier. Désormais, les législatives ne servent plus qu’à conforter le vainqueur de la présidentielle et lui fournir sa majorité. En 2017, le raz-de-marée de députés macronistes, au recrutement médiocre et pour beaucoup notoirement incompétents, a achevé de transformer l’Assemblée en chambre d’enregistrement du pouvoir exécutif.

Les électeurs se sont également détournés des élections européennes. Après un enthousiasme initial teinté de naïveté pour la construction européenne, le corps électoral a pris conscience du fonctionnement obscur et antidémocratique de l’Union européenne. Le Parlement européen est rapidement apparu pour ce qu’il est : une autre chambre d’enregistrement. Pourquoi alors se déplacer au bureau de vote pour élire des eurodéputés mal connus, membres de formations politiques européennes tout aussi inconnues et alors que les décisions sont prises au niveau de la Commission européenne, par des commissaires nommés par le Conseil européen ?

Déploiement de la dictature européenne

Aussi, mise à nu, l’Union européenne ne s’embarrasse plus de faux semblants. Dès les premiers jours de l’intervention russe, le gouvernement européen supranational a dévoilé son visage en pleine lumière, montrant aux Européens qui était aux manettes. Pourtant sans mandat démocratique direct, Ursula von der Leyen est apparue dans sa dimension impériale. Se substituant aux gouvernements nationaux, la présidente de la Commission européenne a décidé entre autres de la fermeture de l’espace aérien des 27 à l’aviation civile russe. Depuis un mois, toujours sans mandats des parlements nationaux, elle pousse à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.

Autre figure venant éclipser les diplomaties nationales : le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le super ministre du gouvernement supranational de l’Union européenne, Josep Borrell a endossé d’un coup d’un seul le domaine régalien des Etats membres. Tandis que le français Jean-Yves Le Drian et ses homologues sont devenus inaudibles, Borrell, nouveau maître du destin de 447 millions de personnes, préconisait dès le 28 février l’envoi d’avions de chasse européens en Ukraine. Toujours avec une légitimité démocratique ne tenant qu’à celle du Conseil européen.

Dans un développement autoritaire tout aussi inquiétant, la Commission européenne s’emploie également à faire rentrer dans le rang les membres non alignés comme la Hongrie de Victor Orban. Bruxelles. Macron avait déjà pris l’habitude de tancer les pays du groupe de Visegrad, parmi lesquels la Pologne, jugés pas assez «progressistes» sur les questions sociétales. Le tropisme dictatorial, qui inquiétait nombre d’observateurs depuis le «réveil des peuples» de 2016-2017, se confirme. L’UE, à force d’ingérence et d’activisme, a notamment soumis l’Italie de Salvini, la renvoyant au statut de province sous administration par un gouvernement technique, avec à sa tête un condensé de l’élite oligarchique européenne : Mario Draghi, pur produit de Goldman Sachs, passé par la présidence de la Banque centrale européenne. Désormais, le «Directoire» européen déploie toute sa puissance.

En France, Macron s’est chargé de mater l’insurrection des Gilets jaunes. Tout l’appareil de domination médiatico-politique s’est consacré au démantèlement et à la délégitimation du sursaut populaire de 2018. Qui se souvient des slogans, des pyramides dessinées sur les banderoles, mettant en cause le pouvoir exorbitant de Rothschild ?

McKinsey, Gates, Pfizer… la gouvernance oligarchique

Enfin, Macron, c’est aussi l’avènement de la gouvernance en lieu et place de la démocratie élective. C’est tout le sens de l’affaire McKinsey, qui n’a pas fait tressaillir l’opinion publique par hasard.

Dans le monde post-démocratique, nul besoin de convoquer des électeurs. L’urne n’est plus nécessaire dans l’univers technocratique des experts, et se révèle aussi obsolète que la machine à vapeur du XIXe siècle. L’appel aux cabinets de conseil consacre un glissement du pouvoir vers la société technique prophétisée par Jacques Ellul dans Le système technicien, Georges Bernanos, dans La France contre les robots, et par la littérature dystopique.

Là encore, l’oligarchie ne cache plus ses ramifications. Tandis que Macron ne peut dissimuler son recrutement par Attali et le réseau Rothschild, Ursula von der Leyen ne fait plus mystère non plus de ses accointances avec Albert Bourla, P.-D.G de Pfizer. L’affaire des SMS échangés en avril 2021, met en pleine lumière la connivence entre la tête du gouvernement européen et l’industrie pharmaceutique.

Von der Leyen, comme Macron, est l’incarnation d’une nouvelle forme despotique de gouvernance. Ministre allemande de la Défense de 2013 à 2019, elle a été épinglée par les parlementaires allemands pour son recours abusif aux cabinets de conseil McKinsey et Accenture… avant de se livrer aux mêmes excès une fois à la tête de la Commission européenne.

Lors de la COP26 en novembre 2021, le milliardaire Bill Gates et von der Leyen ont lancé le programme public-privé «Catalyst». Doté d’un milliard d’euros, le partenariat doit développer les énergies vertes, sans que les citoyens européens n’aient eu leur mot à dire.

Enfin, dernière séquence avant la guerre en Ukraine, la pandémie du Covid a permis d’officialiser la structure de gouvernance oligarchique européenne. Pour la dernière fois sans doute, la question s’est posée de savoir s’il fallait confier les politiques sanitaires aux seuls Etats ou bien à l’Union européenne, voire à une forme de gouvernement mondial avec, par exemple, la tutelle de l’OMS.

Très vite, Macron, partisan assumé d’une souveraineté française qui n’en est pas une, puisque s’articulant avec une souveraineté européenne qui n’en est pas une non plus, s’est fait l’avocat d’une réponse européenne, avec notamment, une solution financière à l’endettement des Etats membres, les fameux «coronabonds», ainsi qu’une politique d’achats groupés de vaccins.

L’Ukraine, accélérateur vers la post-démocratie européenne

Lorsque Moscou a décidé de lancer son opération en soutien des populations du Donbass, l’Union européenne avait déjà essuyé les plâtres, rodé ses mécanismes.

Depuis 2020, les peuples européens et français ont dû accepter une régression des libertés individuelles sans précédent et se plier à des mesures autoritaires comme la vaccination obligatoire ou la fin de la liberté de circulation.

Face à l’avènement de la machine supranationale européenne, et la guerre forcée contre la Russie, l’illusion démocratique est en train de se dissiper. En France, l’écrasement des Gilets jaunes, puis la crise sanitaire ont fourni l’occasion de dresser la population tels les chiens de l’expérience de l’«impuissance apprise» de Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale dans les années 1970. Soumis à des chocs électriques répétés et sans possibilité de s’y soustraire, des chiens à qui l’on avait proposé finalement une échappatoire après une longue torture se sont malgré tout montrés résignés à leur sort.

Une partie du corps électoral semble avoir, avec une forme de rationalité certaine, abandonné tout espoir dans un jeu dont les règles ont été truquées. Après une campagne atone, animée par des opposants médiocres, et de toute façon compatibles avec le Système et interchangeables, Macron joue sur du velours.

Dans une configuration idéale, face à une Marine Le Pen qui a expurgé son programme de presque toute mesure souverainiste, il reste au président candidat à miser sur le «front républicain» et le «barrage à l’extrême droite», dans une réédition de 2017.

Dans cinq ans, la France déclassée et provincialisée pourrait bien avoir été complètement absorbée dans l’ensemble impérial OTAN+UE.

Alexandre Keller, pour Strategika

5 pensées sur “Impuissance apprise : comment l’Ukraine, Macron, le Covid, McKinsey et l’UE ont tué l’élection présidentielle

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  • 13 avril 2022 à 10 h 24 min
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    « …ont tué l’élection présidentielle » : peut-être un mal pour un bien.
    Pourquoi la démocratie est un régimes à proscrire ?
    La démocratie : est une erreur, un leurre, une illusion.
    « L’argument le plus décisif contre la « démocratie », dit René Guénon, se résume en quelques mots : le supérieur ne peut émaner de l’inférieur, parce que le « plus » ne peut pas sortir du « moins » ; cela est d’une rigueur mathématique absolue, contre laquelle rien ne saurait prévaloir. » (La Crise du Monde Moderne, Ch. VI, Le Chaos social)
    Rappelons que si l’on définit la « démocratie » comme le gouvernement du peuple par lui-même, c’est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d’admettre que les mêmes hommes puissent être à la fois gouvernants et gouvernés, parce que, pour employer le langage aristotélicien, un même être ne peut être « en acte » et « en puissance » en même temps et sous le même rapport. Il y a là une relation qui suppose nécessairement deux termes en présence : il ne pourrait y avoir de gouvernés s’il n’y avait aussi des gouvernants, fussent-ils illégitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu’ils se sont attribué eux-mêmes ; mais la grande habileté des dirigeants actuels est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion qu’on a inventé le « suffrage universel »
    Mikhaïl Bakounine écrit que « Le suffrage universel, considéré à lui tout seul et agissant dans une société fondée sur l’inégalité économique et sociale ne sera jamais pour le peuple qu’un leurre ; de la part des démocrates bourgeois, il ne sera jamais rien qu’un odieux mensonge, l’instrument le plus sûr pour consolider, avec une apparence de libéralisme et de justice, au détriment des intérêts et de la liberté populaires. »
    Le « suffrage universel », rappelons-le, c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, à l’aide de suggestions appropriées (démagogie, sondages, attentats, pandémies, etc.) y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé. C’est ce qu’on appelle la « fabrication du consentement ». Et les médias de masses : presse écrite, TV, radio, cinéma, jeux vidéo, publicité, affichage urbain, sites web, « Wiki », etc., la plupart « subventionnés » à cet effet, aidant grandement à la manœuvre.
    C’est pour cela qu’on a pu dire que « l’opinion, c’est l’erreur du plus grand nombre ».
    On comprend, alors, pourquoi le pouvoir politique se fonde volontiers sur l’ignorance du peuple et s’accroît d’autant que les esprits sont faibles, les gens incultes.
    Insistons encore sur une conséquence immédiate de l’idée « démocratique » qui est la négation de l’élite entendue dans sa seule acception légitime ; ce n’est donc pas pour rien que « démocratie » s’oppose à « aristocratie », ce dernier mot désignant précisément, du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite. Celle-ci, par définition, ne peut être que le petit nombre, et son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle, n’a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la « démocratie », dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et aussi, par là même, la qualité à la quantité, donc l’élite à la masse. Ainsi, le rôle directeur d’une véritable élite et son existence même, car elle joue forcément ce rôle dès lors qu’elle existe, sont radicalement incompatibles avec la « démocratie », qui est intimement liée à la conception « égalitaire », c’est-à-dire à la négation de toute hiérarchie : le fond même de l’idée « démocratique » c’est qu’un individu quelconque en vaut un autre, parce qu’ils sont égaux numériquement, et bien qu’ils ne puissent jamais l’être que numériquement.
    Une élite véritable ne peut être qu’intellectuelle, et c’est pourquoi la « démocratie » ne peut s’instaurer que là où la pure intellectualité n’existe plus, ce qui est effectivement le cas du monde actuel. Seulement, comme l’égalité est impossible en fait, et comme on ne peut supprimer pratiquement toute différence entre les hommes, en dépit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un curieux illogisme, à inventer de fausses élites, d’ailleurs multiples, qui prétendent se substituer à la seule élite réelle ; et ces fausses élites sont basées sur la considération de supériorités quelconques, éminemment relatives et contingentes, et toujours d’ordre purement matériel. On peut s’en apercevoir aisément en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le présent état de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c’est-à-dire sur une supériorité tout extérieure et d’ordre exclusivement quantitatif, la seule en somme qui soit conciliable avec la « démocratie », parce qu’elle procède du même point de vue.
    Toute élévation du type humain demande un régime aristocratique. La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever, elle abat les têtes qui dépassent le niveau des médiocres, empêchant ainsi l’éclosion des types supérieurs, elle supprime le respect et rend les petits insolents.
    Blog : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/

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