La marche est la solution à tous les problèmes
Source: courrierinternational.com – 3 mars 2026 – Andrew McCarthy
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« J’ai marché dans les bois et j’en suis ressorti plus grand que les arbres.” Thoreau.
La marche, qui cache ses bienfaits sous chaque pas, est le secret le moins bien gardé que je connaisse. Pourtant, nombre d’entre nous ignorent souvent ses multiples bénéfices, peut-être parce que nous la considérons comme une activité normale. En fait, je ne pense pas que je marcherais aussi souvent ni aussi loin si son seul avantage était d’ordre physique, malgré les nombreuses preuves de ses vertus dans ce domaine. La marche met en œuvre quelque chose d’autre qui m’intéresse davantage, quelque chose qui, avec l’arrivée du printemps, mérite toute notre attention.
J’ai découvert les effets de la randonnée pédestre il y a plus d’un quart de siècle, lorsque j’ai parcouru plus de 800 kilomètres à pied en Espagne sur le chemin de Compostelle, un ancien itinéraire de pèlerinage. Je suis tombé dessus par hasard, avant de m’acharner à le suivre pour traverser l’Espagne. Depuis, je suis un grand marcheur, et je ne suis pas le seul !
Hippocrate affirmait que “la marche est le meilleur remède pour l’homme”. L’excellent médecin qu’il était, conscient que la marche n’avait pas que des bienfaits physiques, conseillait également :
“Si tu es de mauvaise humeur, va te promener ! Si tu es encore de mauvaise humeur, va faire une autre promenade !”
Il faisait allusion à ce que tant d’autres ont confirmé par la suite, à savoir que la marche ne nourrit pas seulement le corps, mais apaise aussi l’esprit, en brûlant les tensions et en ramenant nos problèmes à une dimension plus gérable.
Soren Kierkegaard en convenait également puisqu’il confessait : “Je ne connais aucune pensée, aussi pesante soit-elle, que la marche ne puisse chasser.” Quant à Charles Dickens, il était encore plus catégorique : “Si je ne pouvais pas marcher vite et loin, je crois que j’exploserais et je dépérirais.”
“Voir la vie des choses”
Mais la marche ne fait pas que tenir le mal à distance. Voici ce qu’écrit à ce sujet le poète gallois (vagabond à ses heures) William Henry Davies :
Maintenant, faut-il que je marche
Ou que je monte à cheval ?
“Monte à cheval !” dit le Plaisir.
“Marche !” répond la Joie.
Marcher remonte le moral de manière tangible et, semble-t-il, méritée. On a l’impression que c’est un dû. La marche nous apporte plus que ce qu’elle ne doit, comme un partenaire généreux.
Une bonne balade stimule la créativité, ainsi que le confirment de nombreux témoignages. William Wordsworth ne jurait que par la marche, tout comme Virginia Woolf. William Blake aussi. Quant à Thomas Mann, il nous a assuré que “marcher rend les idées claires”. J. K. Rowling a fait remarquer qu’il n’y a “rien de tel qu’une promenade nocturne pour vous donner des idées”, tandis qu’au tournant du XXe siècle, la romancière britannique Elizabeth von Arnim était arrivée à la conclusion que la marche “est la façon parfaite de se déplacer si l’on veut voir la vie des choses”.
Il suffit d’interroger n’importe quel grand penseur pour connaître les avantages de cet “ennui tranquille” que procure la marche, pour reprendre les mots de Bill Bryson. Ainsi, Jean-Jacques Rousseau avouait : “La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées.” Même Friedrich Nietzsche, pourtant d’un naturel résolument pessimiste, ne pouvait s’empêcher de reconnaître les vertus d’une bonne promenade, affirmant que “seules les pensées qu’on a en marchant valent quelque chose”.
Même si mes propres ruminations n’atteignent pas les hauteurs auxquelles Nietzsche faisait référence, une bonne et longue marche, ou même une promenade pas si longue que cela, crée l’espace nécessaire entre mes pensées pour qu’elles s’élèvent au fil de mes pas d’une manière qu’aucun autre mode de transport ne permet. Un phénomène que l’écrivain voyageur érudit Patrick Leigh Fermor a très bien résumé par la formule lapidaire : “Le cheval-vapeur corrompt.”
“Une façon pour le corps de se mesurer à la terre”
Jusqu’à ce que je me rende en Espagne avec pour seule mission de traverser le pays à pied, je considérais souvent la marche comme une perte de temps. Mais le chemin de Compostelle (le Camino) a changé ma façon de voir les choses. Marcher un mois durant a dévoilé des aspects de moi-même (mes schémas de pensée en boucle, mes cycles d’émotions habituels, ma nature craintive) que je n’étais pas parvenu à cerner par d’autres moyens. Le Camino a fini par user ma résistance à me regarder en face, puis, étape après étape, m’a reconstruit. Il a modifié ma place dans le monde.
Au lieu de considérer la marche comme la façon la plus lente de se rendre quelque part, j’ai appris à la voir non seulement comme un moyen d’atteindre un but, mais aussi comme un événement en soi. Et depuis que j’ai fait le chemin de Compostelle une deuxième fois l’année dernière avec mon fils âgé de 19 ans, j’ai enfin compris que la marche était l’une des choses les plus intéressantes que je puisse faire.
Comme l’a souligné l’écrivaine Rebecca Solnit, la marche “est une façon pour le corps de se mesurer à la terre”. À travers cette communion physique, elle nous fait le plus précieux des cadeaux qui soit en nous ramenant émotionnellement voire spirituellement à nous-mêmes. Lorsque, le dernier jour de notre marche, mon fils s’est tourné vers moi et m’a dit : “Papa, des choses que j’ai faites dans ma vie, c’est la seule à laquelle je donnerais un 10 sur 10”, j’ai su qu’il était arrivé non seulement à Saint-Jacques-de-Compostelle, mais aussi – beaucoup plus important – en lui-même.
Le grand naturaliste John Muir note avec finesse : “J’étais juste sorti pour me promener et… j’ai découvert que sortir, c’était en fait entrer”. A-t-on jamais vu quelqu’un revenir d’une balade d’une heure dans la nature et regretter de se sentir mieux après ? C’est peut-être à cela que faisait référence le marcheur invétéré Henry David Thoreau lorsqu’il écrivait :
“J’ai marché dans les bois et j’en suis ressorti plus grand que les arbres.”
Le secret est donc là. Il est sous les feuilles du sentier. Il est là, sur le trottoir. Le printemps a pointé le bout de son nez. Lacez vos chaussures !


Marcher à l’intérieur de soi-même est… la Marche Suprême.