Elon Musk et la géopolitique technocratique (1)

Source : pierreantoineplaquevent.substack.com – 27 janvier 2026 – Pierre-Antoine

Plaquevent

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« Le Technate englobera tout le continent américain, du Panama au pôle Nord, en raison de ses ressources naturelles et de sa nature. Les frontières de cette zone en font une entité géographique indépendante et autosuffisante. Les plans pour la technocratie ont été conçus pour ce continent et aucun autre. Il s’agit d’un plan américain pour le continent américain, et pour aucun autre. Les philosophies politiques importées, y compris la démocratie, y sont en tout état de cause inapplicables. »

« Sous la technocratie, chaque individu sur le continent américain atteindra un niveau de vie sûr de la naissance à la mort, ce qui est actuellement totalement impossible, même pour les citoyens les plus privilégiés. »

« Chaque adulte âgé de plus de 25 ans recevra une part égale du pouvoir d’achat correspondant à la part totale de l’énergie nette consommée, et chaque individu recevra une allocation d’entretien de sa naissance jusqu’à l’âge de 25 ans. Le certificat sera délivré directement à l’individu. »

Revue interne du Mouvement technocratique (1937) et le document The Energy Certificate (1938) [1]

Venezuela, Groenland : Trump est-il en train de réaliser le projet  géopolitique de “Technate” ? | Philosophie magazine
Technocracy Inc. plaidait pour la création d’un État technocratique nord-américain, un « Technat d’Amérique » qui inclurait le Canada, le Groenland, l’Amérique centrale, les Caraïbes et des régions de Colombie, du Venezuela et des Guyanes. Joshua Haldeman, le grand-père d’Elon Musk, en était un membre influent. Carte de 1940. (Digital.library.cornell.edu)

Les grandes lignées oligarchiques, qui cherchent à façonner les destinées humaines contemporaines, ne se transmettent pas seulement un héritage matériel mais aussi un patrimoine métapolitique et une vision du monde spécifique. L’alliance d’une capacité financière incommensurable, couplée à un ensemble de représentations et de modèles mentaux transgénérationnels structurants, leur permet de se projeter à une hauteur de vue politico-stratégique inaccessible aux autres secteurs des sociétés humaines. C’est ce patrimoine psycho-matériel, qui permet à ces oligarchies de s’imposer dans le choc des puissances contemporains, et de chercher ainsi à modeler la forme présente et future des sociétés humaines.

Leur puissance matérielle et leurs vues du monde, qui viennent fusionner avec les capacités réticulaires des services de renseignement et des États profonds des puissances stratégiques actuelles, façonnent l’avenir de pans entiers de l’humanité.

On peut considérer que chaque grande lignée oligarchique est guidée par une forme d’ADN psychopolitique qu’elle cherche à voir triompher sur ses rivaux stratégiques et sur la scène du monde. L’argent est un moyen pour y arriver, pas une fin en soi. La plupart des familles argentées servent Ploutos, mais les lignées oligarchiques pensent quant à elles se servir de Ploutos pour rejoindre des fins qu’elles estiment plus hautes et nécessaires. Leur intérêt matériel bien compris se confond avec ce qu’elles estiment devoir être l’ordre social pour tous.

J’ai étudié cette réalité dans mes livres précédents, autour des grands acteurs du globalisme politique, de la biopolitique et de la cybernétique, tels que les : Gates, Rockefeller, Soros, Buffet, Rothschild, Sassoon, etc. Le niveau de pénétration de ces réseaux oligarchiques sur les décisions et institutions politiques contemporaines est atavique. La plupart des organisations internationales actuelles n’existeraient tout simplement pas sans l’appui matériel et idéologique des grandes familles de la haute finance.

Le cœur du programme métapolitique de ces réseaux s’articulait jusqu’ici autour d’idées-forces telles que : l’unité politique du genre humain, la réduction et le contrôle strict de la natalité humaine, la massification des flux migratoires ainsi que l’hybridation forcée des populations ; d’abord entre elles, puis avec directement avec les outils de production par la cybernétique. Une biomasse humaine post-nationale est censée fusionner avec la technique.

Pourtant, comme exposé dans le livre Globalisme et dépopulation, une différence d’orientation structurelle est apparue au sein de la technocratie contemporaine. La tendance type Musk ou Thiel, souhaite maintenir une natalité humaine forte et une bulle anthropologique classique, tout en développant la robotisation des moyens de production et une fusion partielle du vivant et de la machine. Cela au sein de sociétés gérées par des formes politiques d’échelle continentale plutôt que planétaire, d’où la pression de Trump sur le Groenland et l’Amérique latine. La multipolarité géopolitique se double ici d’une multipolarité technocratique.

Nous allons voir, dans cette étude en plusieurs parties, comment cette lutte entre continentalisme et globalisme traverse et polarise l’ensemble du système-monde depuis la Première Guerre mondiale.

Nous verrons aussi, au travers de l’héritage du mouvement technocratique américain, duquel le grand-père maternel d’Elon Musk fut un cadre influent, la manière dont des courants et des idées métapolitiques anciennes rebondissent de nos jours, à exactement un siècle de distance, et cherchent à révolutionner l’ordre international établi et à en déterminer la forme future. Un ordre mondial qui semblait proche de l’unification politique planétaire après la défaite du fascisme en 1945, et encore plus après celle du socialisme en 1991. Une orientation qui se défait sous nos yeux aujourd’hui.

Désormais, un projet géopolitique enfoui refait surface et cherche à transformer l’ancien « Nouvel ordre mondial » globaliste, en un ordre mondial des grandes puissances continentales. Un ordre mondial organisé en cyber-États-civilisations qui constitueraient les acteurs de base des relations internationales, en remplacement des États-nations devenus obsolètes et à la place d’un État mondial utopique et inatteignable.

Une géopolitique des blocs continentaux cybernétiques se dessine. Nous allons tenter d’en esquisser les contours, afin de comprendre si nous nous dirigeons vers : 1/ une multipolarité post-globaliste, 2/ un globalisme continentaliste, 3/ ou vers une forme de système-monde encore inédite.

La généalogie technocratique et nationale-continentaliste d’Elon Musk

En 2019, Musk écrivait sur le réseau X (à l’époque Twitter) : « Accélérer le développement de Starship pour construire la technocratie martienne ».[2] En 2021, dans un document officiel de Tesla déposé auprès des autorités, Elon Musk, PDG de Tesla, et Zach Kirkhorn, ancien directeur financier de l’entreprise, ont officiellement modifié leurs titres officiels respectifs au sein de la société en tant que TechnoKings de Tesla. D’après l’analyste Iain Davis, spécialisé dans l’étude de la technocratie sous ses différentes formes, cette décision, qui peut sembler relever de la plaisanterie, possède en fait un sens réel car « Elon Musk maîtrise parfaitement la charge symbolique et idéologique du terme « technocratie » ainsi que celle de l’appellation « technocrate ».[3]

Pour l’opinion publique, et selon l’acception commune, le terme de technocratie désigne un gouvernement des experts. Mais il a existé, il y a exactement un siècle, un mouvement métapolitique américain d’ampleur, qui s’appelait précisément le mouvement technocratique (Technocracy Incorporated). Ce mouvement, qui a connu une grande influence après l’effondrement économique de 1929, se proposait de répondre aux principales questions sociales et économiques contemporaines ; il précéda d’une décennie, et de manière plus populiste et moins élitaire, les travaux des conférences Macy (1946 – 1953) qui aboutirent à l’émergence de la cybernétique, discipline qui est la science des systèmes, dont les systèmes sociaux [4]. Le mouvement technocratique eu aussi une influence sur le New Deal de Roosevelt.

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