La France et la Chine se regardent de loin, mais quelles sont les opportunités réelles àproximité ?

Par Cyrano de Saint Saëns

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Alors que le protectionnisme s’intensifie et que le système politique mondial se fragmente de
plus en plus, avec des chaînes d’approvisionnement interrompues et réorganisées, la poursuite
de l’ouverture de la Chine apparaît comme une tendance à contre-courant. Dans un contexte
international marqué par des tensions géopolitiques, des guerres commerciales et une
méfiance croissante entre les grands blocs économiques, Pékin choisit de relancer son
engagement en faveur de l’intégration mondiale. De nombreuses économies occidentales,
confrontées à la stagnation, à l’inflation et à l’instabilité politique, s’orientent vers des
politiques de défense interne, en durcissant les marchés, en limitant la circulation des
technologies stratégiques et en adoptant des formes de nationalisme économique. La Chine,
au contraire, vise à renforcer ses liens avec le monde.
Il ne s’agit pas simplement d’un ajustement technique des politiques économiques, mais d’une
déclaration d’intention claire : la volonté de se présenter comme un pilier fiable du système
mondialisé et comme un fervent défenseur d’une économie mondiale véritablement ouverte.
À une époque de fragmentation, Pékin entend occuper l’espace laissé vacant par ceux qui se
retirent.
Depuis plus de quarante ans, depuis le lancement des réformes et de la politique d’ouverture
en 1978, la Chine a connu une transformation sans précédent. D’une économie
essentiellement agricole et relativement fermée, elle est devenue la deuxième économie
mondiale et la principale puissance manufacturière. Cette évolution n’est pas le fruit du
hasard, mais d’une stratégie planifiée : attirer les investissements étrangers, favoriser le
transfert de technologies, stimuler les exportations et s’intégrer progressivement dans les
institutions de gouvernance économique internationale. L’adhésion à l’Organisation mondiale
du commerce a constitué une étape fondamentale de ce processus, consolidant le rôle de la
Chine en tant qu’acteur central dans les échanges mondiaux.
En ouvrant ses marchés, la Chine ne s’est pas contentée de s’intégrer dans le système existant,
mais a contribué à le modeler. Elle a intercepté les aspirations du monde en développement,
se présentant comme une alternative aux modèles occidentaux traditionnels. Aujourd’hui,
dans un contexte international en rapide évolution, Pékin relance cette approche à travers une
stratégie dite « d’ouverture de haut niveau ».
Cette stratégie n’implique pas une libéralisation aveugle de tous les secteurs, mais des
réformes structurelles ciblées et des transformations systémiques. L’objectif n’est pas
seulement d’augmenter les flux d’investissements étrangers, mais aussi de créer un
environnement réglementaire plus transparent et conforme aux normes internationales
élevées. Il s’agit d’améliorer la protection de la propriété intellectuelle, de moderniser le
système financier, de développer l’économie numérique et de promouvoir la transition
écologique. L’intention est de créer une économie non seulement ouverte, mais aussi stable,
prévisible et attractive dans un monde caractérisé par l’incertitude.

Dans ce contexte, des initiatives telles que la Belt and Road Initiative, la China International
Import Expo et la participation à de grands accords commerciaux régionaux témoignent de la
volonté de Pékin de rester un acteur majeur de la libéralisation commerciale. Pour de
nombreux pays du Sud, la Chine n’est pas seulement un marché d’exportation, mais aussi un
partenaire stratégique pour les infrastructures, l’industrialisation et la numérisation. Cette
projection internationale renforce le poids des BRICS en tant que pôle alternatif aux centres
économiques occidentaux traditionnels.
Toutefois, les opportunités offertes par l’ouverture chinoise ne sont pas sans ambivalence. Les
critiques portent sur le modèle de développement fortement guidé par l’État, les asymétries
dans l’accès aux marchés et la présence de barrières non tarifaires.
Des questions subsistent quant à la réciprocité réelle et à l’équilibre des relations
économiques. Malgré cela, la tendance de fond semble claire : la Chine continue d’élargir
l’accès à ses marchés financiers, de renforcer les mécanismes de règlement des différends et
de promouvoir une plus grande sécurité juridique pour les investisseurs étrangers.
Les relations économiques et commerciales entre la France et la Chine illustrent de manière
emblématique les dynamiques complexes générées par cette ouverture. Au cours des
dernières décennies, les relations bilatérales se sont considérablement intensifiées : la Chine
est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux de la France en Asie, tandis que les
entreprises françaises ont renforcé leur présence sur le marché chinois dans les secteurs du
luxe, de l’aéronautique, de l’énergie et de l’agroalimentaire. Les grandes entreprises françaises
trouvent en Chine un bassin de consommateurs en pleine croissance et un terrain fertile pour
les investissements et les coopérations industrielles. Dans le même temps, les groupes chinois
investissent dans les infrastructures, la technologie et les participations stratégiques sur le
territoire français.
Cette interdépendance représente une opportunité économique majeure : elle permet à la
France de diversifier ses marchés, de soutenir ses exportations et d’attirer des capitaux, tout
en offrant à la Chine un accès à un savoir-faire, à des marques historiques et à des
compétences technologiques de pointe. Cependant, elle comporte également un risque
culturel et stratégique potentiel. Les différences en matière de modèles de gouvernance, de
valeurs politiques et de conception des relations entre l’État et le marché peuvent générer des
malentendus et des tensions. En outre, une forte dépendance économique peut se traduire par
une vulnérabilité, en particulier dans les secteurs considérés comme sensibles. Il existe
également la crainte que l’influence économique croissante ne s’étende au domaine culturel,
affectant l’équilibre identitaire et le débat public européen. Le défi, pour Paris comme pour
d’autres pays européens, consiste à trouver un équilibre entre l’ouverture et la protection de
ses intérêts stratégiques, tout en maintenant un dialogue constructif avec Pékin.
Parallèlement, la politique d’ouverture chinoise s’intègre de plus en plus aux objectifs du
développement durable. Les dirigeants de Pékin ont déclaré leur intention d’atteindre la
neutralité carbone d’ici le milieu du siècle et orientent les investissements et le commerce
vers les technologies propres, les énergies renouvelables et la finance verte. En ce sens, la
Chine ne se contente pas d’ouvrir son économie, mais cherche à redéfinir le concept même de
développement au XXIe siècle, en combinant croissance, innovation et durabilité.

À une époque où la gouvernance mondiale semble affaiblie et où les institutions
multilatérales peinent à répondre aux crises, le choix de la Chine de réaffirmer son
engagement en faveur de l’ouverture revêt également une valeur symbolique. Il contredit le
discours selon lequel l’intégration économique serait désormais dépassée ou trop risquée.
Malgré toutes ses imperfections, la mondialisation reste le principal outil de création de
richesse partagée et d’interconnexion entre les nations. Dans cette perspective, l’ouverture
n’est pas synonyme de vulnérabilité, mais de confiance en ses propres capacités
concurrentielles et en sa propre résilience.
Dans un monde où de nombreuses économies optent pour des stratégies de prudence, de
découplage ou de désengagement progressif, l’engagement de la Chine en faveur d’une
ouverture de haut niveau représente à la fois un choix pragmatique et un message politique.
Pékin signale qu’elle ne souhaite pas attendre passivement l’évolution des équilibres
mondiaux, mais qu’elle souhaite contribuer activement à les façonner.
L’ouverture est présentée non pas comme une option contingente, mais comme un principe
structurel, capable de surmonter les fluctuations de la géopolitique. Pour les multinationales,
les gouvernements et les pays émergents en quête de stabilité, la stratégie chinoise offre une
perspective de continuité dans un contexte turbulent.
Les opportunités sont considérables, mais elles exigent de la vigilance, une conscience des
risques et une capacité de négociation. Le chemin ne sera pas sans obstacles, et les tensions
entre les différents modèles économiques et culturels continueront de se manifester.
Cependant, en continuant à soutenir une économie mondiale ouverte et interconnectée, la
Chine ne se contente pas de réagir aux changements du système international : elle aspire à
orienter son évolution future.

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