Un catholicisme américain à deux vitesses

Source : fsspx.news – 7 février 2026 – Rod Dreher

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Alors que le catholicisme américain subit une lente hémorragie au sein des classes populaires au profit du protestantisme dit « évangélique », l’Église opère une séduction spectaculaire auprès des sphères intellectuelles et politiques de Washington. Récit d’un basculement confessionnel à deux vitesses qui touche également l’Amérique du Sud.

Le constat statistique est sans appel et pourrait, à lui seul, sonner le glas de l’influence romaine outre-Atlantique. Selon le Pew Research Center, le catholicisme perd 8,4 membres pour chaque nouveau fidèle, tandis que le protestantisme — sous sa forme évangélique — affiche une forme insolente.

Sans l’apport constant de l’immigration hispanique, les bancs des églises catholiques seraient déjà singulièrement clairsemés. Pourtant, derrière ce déclin, un phénomène inverse se joue dans les couloirs du pouvoir et les prestigieuses universités américaines : une « conversion des élites » qui redessine le visage du conservatisme américain.

Des pasteurs protestants vaincus par K.O.

Pourquoi une élite issue d’un protestantisme que l’essayiste Rod Dreher — artisan de la conversion au catholicisme du vice-président américain J.D. Vance — qualifie de « non liturgique et théologiquement superficiel » se tourne-t-elle vers Rome ?

Pour Brad Littlejohn, chercheur à American Compass, l’explication réside dans un déséquilibre intellectuel flagrant. De nombreux jeunes protestants, en découvrant les grands classiques catholiques et les écrits des Pères de l’Église, vivent un choc culturel. « C’est le duel inégal entre mon pasteur de megachurch et saint Thomas d’Aquin », résume Littlejohn.

Cette soif de racines et de profondeur théologique pousse les étudiants de prestigieuses universités, telles que celles de Georgetown (Washington D.C.) ou de Notre-Dame (Indiana), à franchir le pas. Pour faciliter cette transition, le catholicisme américain a su polir ses aspérités. On y pratique une théologie « sur mesure » pour les esprits protestants

On explique, par exemple, que l’on ne « prie » pas les saints, mais qu’on sollicite leur intercession. Une nuance intellectuelle qui, comme l’analyse Rod Dreher, « ferait sourire un fidèle du Mexique, mais qui apaise les scrupules d’un converti de l’Indiana ».

Une aristocratie catholique au cœur du pouvoir

Cette dynamique a créé un écosystème socialement actif dans les centres de pouvoir de la capitale fédérale. Aujourd’hui, être catholique est devenu une sorte de prérequis implicite pour intégrer la fine fleur du mouvement conservateur. Des figures comme le vice-président J.D. Vance ou Kevin Roberts, président de la Heritage Foundation, incarnent cette tendance. Le catholicisme n’est plus seulement une foi : c’est une grammaire commune pour une classe dirigeante en quête de références solides et de prestige culturel.

Pourtant, le revers de la médaille existe et cache une réalité plus contrastée. Pour plusieurs observateurs, le risque est grand de voir naître une fracture confessionnelle de classe, entre une élite intellectuelle se tournant vers le catholicisme et des masses de plus en plus séduites par l’évangélisme ou la « non-affiliation » religieuse.

En Amérique latine, ce fossé est déjà béant. Là-bas, l’Église institutionnelle, parfois perçue comme trop proche des élites ou égarée dans des rituels syncrétiques issus de l’ère conciliaire, perd ses fidèles au profit de pasteurs protestants qui offrent un cadre de transformation morale immédiate et tangible.

Si l’on voulait établir un parallèle avec l’Europe, et la France tout particulièrement, on pourrait évoquer le mépris qu’une grande partie d’un clergé acquis aux « idées nouvelles » a manifesté pour les anciennes dévotions (bénédictions, processions, etc.) et pour la Tradition en général. Ce mouvement a facilité la rupture du « petit peuple » avec un catholicisme devenu étranger à la religion de son enfance.

Le piège de lidéalisme

La conversion par l’intellect, si elle est séduisante, comporte ses propres pièges. Le danger est de rejoindre une Église « idéale » pour se heurter, une fois le seuil franchi, à la réalité banale des paroisses locales. Beaucoup de convertis, mus par une quête intellectuelle, finissent — pour reprendre les mots de Rod Dreher — « par découvrir que les homélies catholiques peuvent être aussi doucereuses et superficielles que celles qu’ils fuyaient » dans le protestantisme de leur jeunesse.

Ce qui fait dire à l’essayiste qu’« en définitive, que l’on se tourne vers Rome par conviction théologique ou vers le protestantisme par soif de renouveau moral, le constat reste le même : le « christianisme tiède » touche à sa fin. Face aux crises de notre temps, la survie de la foi passera par une profondeur vécue ».

Une profondeur que la Tradition de l’Église peut, et doit, incarner.

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