Pierre Loti et la fin de la terre sainte

Par Pierre Loti (extrait choisi par Nicolas Bonnal)

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Quand vient l’heure du narguilé, nous la prolongeons ici très longuement,
n’ayant aucune hâte de remonter à cheval pour aller faire tête là-bas dans la banalité
de Beyrouth. D’ailleurs, malgré l’extrême bien-être physique, malgré la suavité
de l’air, l’admirable couleur des horizons et le rayonnement bienfaisant du vieux Baal
qui nous réchauffe, voici que notre dernière petite halte de montagne s’enveloppe
peu à peu de l’immense et éternelle mélancolie des choses qui vont finir…
Fin de la vaine, de l’inutile étape que ce voyage aura été dans notre vie. Fin de
notre course aux fantômes, à travers un pays lui aussi finissant — et finissant de la
grande fin sans recommencement possible.
Au départ, on nous l’avait dit : « Jérusalem, la Galilée… le Christ n’y est plus… »
Et en effet, dans toute cette Terre Sainte, nous n’avons guère trouvé que la
profanation, ou bien le vide et la mort. Bientôt, du reste, on l’aura tellement changé et
détruit, ce berceau du monde, que nos fils ignoreront quels étaient sa tristesse
délicieuse et son antique mystère ; et le peuple arabe, qui depuis tant de siècles
nous le gardait — sous un joug hostile, il est vrai, mais immobilisant et à peine
destructeur — le peuple arabe, le peuple du rêve s’en va lui-même, et si vite ! devant
l’invasion dissolvante et mortelle des hommes d’Occident…
Nous suivons des yeux là-bas la caravane de Bagdad, qui lentement descend
vers la ville encore éloignée ; elle est déjà très bas sous nos pieds et la voici qui
arrive au milieu des bois de pins si magnifiquement verts. Les couleurs s’avivent de
plus en plus partout et les derniers lointains se précisent ; nous voyons, de différents
côtés, des choses infinies. Tous ces villages du Liban, épars sur les collines au-
dessus et au-dessous de nous, sont devenus roses ; la mer calmée a repris sa
nuance des beaux temps, pareille à celle du lapis.
Nos narguilés vont s’éteindre et l’odeur orientale de la fumée s’est répandue
dans l’air avec de violents parfums de plantes…
Donc, il s’achève ce soir, notre pèlerinage sans espérance et sans foi. Et
maintenant, après avoir tenté, puérilement si l’on veut, de reculer au fond de ces
passés que les hommes oublient, il va falloir rentrer un peu dans le courant de ce
siècle. Ce sera, il nous semble, avec une lassitude plus profonde, avec un plus
définitif découragement, que les petits mirages nouveaux, les amusantes petites
choses du jour et l’art des villes en fonte de fer auront peine à secouer encore.
En nous s’est affirmé d’une façon plus dominante le sentiment que tout
chancelle comme jamais, que, les dieux brisés, le Christ parti, rien n’éclairera notre
abîme…
Et nous entrevoyons bien les lugubres avenirs, les âges noirs qui vont
commencer après la mort des grands rêves célestes, les démocraties tyranniques et
effroyables, où les désolés ne sauront même plus ce que c’était que la Prière…

Pierre Loti La Galilée pdf :

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