Khamenei
Source : voxnr.fr – 1 mars 2026
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L’annonce officielle du décès de Khamenei marque un tournant décisif.
Pourquoi ? Dans une religion du sacrifice, le martyre est la plus haute voie de mort. Preuve en est que l’ayatollah ne s’est pas réfugié dans un bunker, mais est resté chez lui, auprès de sa fille et de son gendre, pour mourir.
Pour les observateurs extérieurs, cela ressemble à une victoire, car la propagande veut faire croire qu’ils vivaient dans le carcan étroit d’un dictateur malfaisant dirigeant le pays selon ses propres caprices.
Or c’est l’inverse : le mode de gouvernement iranien est collectiviste, dans lequel l’ayatollah ne peut agir directement, mais indirectement, en censurant les lois — à la façon du Conseil constitutionnel en France. Aucun dirigeant étranger n’a entretenu de relations de négociation avec l’ayatollah, et les rares rencontres qui ont eu lieu étaient purement formelles — un peu comme si l’on rendait visite au patriarche lors d’une visite d’État en Roumanie. C’est pourquoi, comme on l’a constaté tout au long de la journée d’hier, son élimination n’a rien eu à voir avec ce que les ennemis de l’Iran avaient prévu. Hier soir, j’ai vu des vidéos prétendant que les Iraniens étaient descendus dans la rue pour célébrer. Or ces vidéos étaient accompagnées de gros plans de diverses manifestations organisées à l’étranger. Un pur mensonge.
Le pire, c’est que les Iraniens sont bien descendus dans la rue — mais pour pleurer. Le deuil est généralisé dans tout le pays suite à la confirmation officielle du décès de Khamenei. Pour le dire simplement, l’ayatollah n’est pas perçu comme un chef d’État, mais comme un pape pour les catholiques ou un patriarche pour les orthodoxes. Son rôle est strictement religieux, et son intervention dans les affaires de l’État se fait uniquement d’un point de vue religieux. Que signifie le martyre de Khamenei ? Pour l’Iranien moyen, il est d’abord comparable à la mort de Soleimani : une nouvelle preuve de la perversité de ses ennemis. Mais si Soleimani était un combattant directement impliqué dans les opérations militaires, et que son assassinat pouvait donc se justifier aux yeux de certains, celui de Khamenei est perçu par les Iraniens comme un acte barbare, le meurtre gratuit d’un homme saint. C’est là que réside le point de bascule.
La mort du guide suprême iranien vise à radicaliser davantage la population. Celle-ci se sent insidieusement attaquée, percevant l’opération dans son ensemble comme une atteinte à sa foi. Khamenei s’est en quelque sorte sacrifié pour prolonger la révolution islamique. Ainsi, chaque Iranien a le sentiment qu’à cet instant précis, son objectif et celui de son pays est de remporter la guerre. Alors que les États-Unis et Israël espèrent que la mort de Khamenei affaiblira le régime, ils obtiendront en réalité l’effet inverse. On constate ici la superficialité de la pensée occidentale.
Seuls ceux qui ignorent la légende de Muhammad al-Mahdi peuvent avoir une opinion aussi superficielle. Ali Khamenei a choisi son destin car il était convaincu que son martyre serait l’exemple prouvant aux Iraniens qu’il avait raison. Et c’est ce qui les unit à un moment critique, où ils sentent qu’ils doivent s’unir pour vaincre leurs ennemis. L’assassinat de Khamenei est avant tout un symbole jeté en pâture aux civilisations occidentales, comme on jette un cadavre aux lions dans un zoo. Et c’est là que réside le mal : considérer nos civilisations comme des fauves qu’il faut maîtriser, canaliser, soumettre.
Car une civilisation n’est pas ce que l’on dresse — elle est ce qui se dresse. Accepter une domination inconnue, c’est signer l’acte de sa propre insuffisance. L’Iran, lui, dit non. Et c’est précisément ce que ni Washington ni Tel Aviv ne parviennent à comprendre : ils voient un régime à abattre, là où il y a un peuple qui se dresse. Camus écrit : « un homme ça dit non ». c’est dans le non que naît l’homme — et la civilisation.


Comment, les yeux ouverts, ne pas Voir l’enfermement rigide et ténébreux, quasi spectral, qui ravage l’humanité même du monde des mollahs ?
Si les Occidentaux reconnaissaient que tout n’est pas forcément à dédaigner dans les autres civilisations pour la seule raison qu’elles diffèrent de la leur, rien ne les empêcherait plus d’étudier ces civilisations comme elles doivent l’être, nous voulons dire sans parti pris de dénigrement et sans hostilité préconçue ; et alors certains d’entre eux ne tarderaient peut-être pas à s’apercevoir, par cette étude, de tout ce qui leur manque à eux-mêmes, surtout au point de vue purement intellectuel. Naturellement, nous supposons que ceux-là seraient parvenus, dans une certaine mesure tout au moins, à la compréhension véritable de l’esprit des différentes civilisations, ce qui demande autre chose que des travaux de simple érudition.
Sauf des exceptions d’autant plus honorables qu’elles sont plus rares, il n’y a plus guère en Occident que deux sortes de gens, assez peu intéressantes l’une et l’autre : les naïfs qui se laissent prendre à ces grands mots et qui croient à leur « mission civilisatrice », inconscients qu’ils sont de la barbarie matérialiste dans laquelle ils sont plongés, et les habiles qui exploitent cet état d’esprit pour la satisfaction de leurs instincts de violence et de cupidité. En tout cas, ce qu’il y a de certain, c’est que les Orientaux ne menacent personne et ne songent guère à envahir l’Occident d’une façon ou d’une autre. (René Guénon, « Orient et Occident »)
La supériorité matérielle de l’Occident moderne n’est pas contestable ; personne ne la lui conteste non plus, mais personne ne la lui envie. Il faut aller plus loin : ce développement matériel excessif, l’Occident risque d’en périr tôt ou tard s’il ne se ressaisit à temps, et s’il n’en vient à envisager sérieusement le « retour aux origines », suivant une expression qui est en usage dans certaines écoles d’ésotérisme islamique. De divers côtés, on parle beaucoup aujourd’hui de « défense de l’Occident » ; mais, malheureusement, on ne semble pas comprendre que c’est contre lui-même surtout que l’Occident a besoin d’être défendu, que c’est de ses propres tendances actuelles que viennent les principaux et les plus redoutables de tous les dangers qui le menacent réellement. Il serait bon de méditer là-dessus un peu profondément, et l’on ne saurait trop y inviter tous ceux qui sont encore capables de réfléchir. (René Guénon, « La Métaphysique orientale »)
NB : La meilleure façon d’être Occidental est de s’intéresser à l’Orient. Il s’agit non d’imposer à l’Occident une tradition Orientale, dont les formes ne correspondent pas à sa mentalité, mais de restaurer une tradition Occidentale avec l’aide de l’Orient.
Dans l’Orient, il y a une sagesse profonde que l’Occident ne sait pas apercevoir… l’Orient possède une vérité qui peut s’accorder avec la vérité des plus hautes traditions Occidentales.
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