Сomment les Sherpas et Sous-Sherpas des BRICS structurent le XXIe Siècle à New Delhi ?

Source : reseauinternational.net – 17 février 2026 – Mohamed Lamine Kaba

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À New Delhi, les pays BRICS ont franchi une étape historique vers un nouvel ordre mondial. L’Inde, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Iran, l’Éthiopie et, pour la première fois, le Bélarus ont aligné leurs priorités sur un programme axé sur le développement durable, l’innovation et la transition écologique.

Les 9 et 10 février 2026, sous présidence indienne, s’est tenue à New Delhi la première réunion annuelle des Sherpas et Sous-Sherpas des BRICS, lançant officiellement les préparatifs du 18ème sommet. Derrière le langage diplomatique perceptible, l’événement marque une consolidation stratégique remarquable avec l’approfondissement institutionnel, l’élargissement maîtrisé, la coordination financière accrue, l’innovation technologique et l’affirmation d’un multilatéralisme rénové. Longtemps caricaturés comme un regroupement hétéroclite davantage uni par une posture critique vis-à-vis de l’Occident que par un projet structurant, les BRICS apparaissent désormais comme l’un des principaux vecteurs de circulation économique, financière et politique du monde multipolaire émergent – à la manière d’un système sanguin irriguant un nouvel équilibre global. Avec l’inclusion de l’Iran et la coordination croissante entre ses membres, cette réunion a eu aussi un effet dissuasif mesurable sur l’escalade des tensions entre Téhéran, les États-Unis et Israël – offrant un cadre diplomatique qui atténue la confrontation armée potentielle au Moyen-Orient et renforce les canaux de dialogue là où le risque de crise était vif depuis janvier 2026. Faut-il y voir un simple exercice bureaucratique… ou le signal discret d’un basculement systémique ? Pour répondre à cette interrogation centrale, l’analyse qui suit examinera, d’une part, la montée en maturité institutionnelle des BRICS et la consolidation de leurs instruments stratégiques depuis 2014, et, d’autre part, la portée géoéconomique et géopolitique de leur élargissement, révélatrice d’un multilatéralisme renouvelé ou d’une pluripolarité montante, et d’une recomposition profonde des équilibres internationaux. L’Inde, la Chine, la Russie, le Brésil, l’Iran, l’Éthiopie et, pour la première fois, la Biélorussie ont harmonisé leurs priorités autour d’un agenda de résilience, d’innovation et de transition écologique. Assiste-t-on à l’émergence sereine d’un pilier stabilisateur du XXIe siècle ?

Des fondations solides à l’ingénierie stratégique (2014-2026)

La réunion de New Delhi s’inscrit dans une trajectoire historique cohérente, initiée avec la création de la Nouvelle Banque de développement le 15 juillet 2014 lors du sixième sommet des BRICS à Fortaleza. Dotée d’un capital autorisé de 100 milliards de dollars et complétée par l’Accord de réserve contingente, cette institution a matérialisé la volonté des BRICS de contribuer activement à la stabilité financière mondiale. Douze ans plus tard, cette vision s’affirme de facto comme un pilier crédible de diversification des instruments de financement du développement. Il s’agit bien d’une maturité institutionnelle assumée.

L’élargissement acté lors du sommet de Johannesburg (22-24 août 2023), avec l’intégration effective au 1er janvier 2024 de nouveaux membres dont l’Iran et l’Éthiopie, a renforcé le poids démographique, énergétique et géoéconomique du groupe. En 2025, les BRICS élargis représentaient près de 51% de la population mondiale et plus d’un tiers du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. Cette masse critique offre une base structurelle exceptionnelle pour une coopération durable.

À New Delhi, le Sherpa indien Sudhakar Dalela a structuré les discussions autour du thème : «Renforcement de la résilience, innovation, coopération et transition écologique». Cette orientation témoigne d’une compréhension fine des mutations globales. C’est-à-dire, la transformation numérique, la transition énergétique, la sécurité alimentaire et l’adaptation climatique. Elle traduit une ambition constructive, structurée autour d’objectifs tangibles et non d’une logique d’opposition. Elle répond également à une décennie de chocs : crise financière postpandémique (2020-2022), gel de près de 300 milliards de dollars d’avoirs russes en 2022, fragmentation des chaînes d’approvisionnement technologiques, et accélération des politiques industrielles souverainistes aux États-Unis (Inflation Reduction Act de 2022) et en Europe (plan REPowerEU de 2022).

Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Ma Zhaoxu, relayant la vision stratégique portée par Xi Jinping, a mis en avant le «développement de haute qualité d’une coopération intra-BRICS élargie». Cette notion, enracinée dans le 14ème plan quinquennal chinois (2021-2025), privilégie l’innovation, la montée en gamme industrielle et les technologies vertes. Elle confère au projet BRICS une profondeur industrielle et technologique, confirmant qu’il s’agit d’une dynamique de structuration systémique et non d’un simple réflexe géopolitique.

Mais l’élément structurant de la réunion provient des propositions portées par la délégation russe, conduite par Sergueï Riabkov, qui, pour sa part, a souligné l’importance d’infrastructures financières souveraines : interconnexion des systèmes de paiement, mécanismes communs de réassurance, et projet de bourse céréalière des BRICS. Car, depuis l’exclusion partielle de banques russes du système SWIFT et l’intensification des sanctions occidentales, Moscou plaide pour une infrastructure financière alternative. Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de sécurisation des échanges et de stabilisation des marchés, particulièrement dans un contexte mondial marqué par des chocs géopolitiques et des ruptures d’approvisionnement depuis 2022.

Le recours accru aux règlements en monnaies locales – déjà dominant dans les échanges sino-russes depuis 2023 – démontre que les BRICS avancent sur des bases pragmatiques et mesurables. Il ne s’agit pas de rupture brutale, mais de diversification intelligente, favorisant la résilience du système international et renforçant progressivement l’autonomie collective du groupe.

Vers un multilatéralisme renouvelé ou une pluripolarité montante (2023-2026) ?

Il va de soi que la participation active de l’Éthiopie illustre la dimension inclusive et africaine du projet. Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, symbolise un pont entre continents. Lors de la visite officielle de Narendra Modi le 16 décembre 2025, plusieurs protocoles d’accord ont été signés, renforçant le partenariat stratégique Inde-Éthiopie dans les domaines du commerce, de l’agriculture, des infrastructures numériques et de la coopération multilatérale.

Les discussions tenues à New Delhi sur l’adhésion de l’Éthiopie à l’OMC s’inscrivent dans un cadre plus large. C’est-à-dire, utiliser les BRICS comme levier d’intégration compétitive dans l’économie mondiale, plutôt que comme alternative isolationniste. Cette approche constructive nuance l’analyse simpliste d’un «bloc anti-occidental» ; elle révèle une stratégie d’influence systémique. Elle renforce à cet effet, la crédibilité du groupe auprès des économies émergentes et des pays en développement.

La participation inédite de la Biélorussie, représentée par l’ambassadeur Mikhaïl Kasko et porteur d’un message du président Alexandre Loukachenko, marque l’attractivité croissante du format. L’intérêt exprimé par Minsk pour rejoindre la Nouvelle Banque de développement confirme que l’institution est perçue comme un levier crédible de financement du développement et d’innovation technologique. Cette demande intervient dans un contexte de sanctions occidentales renforcées depuis 2020, faisant des BRICS une plateforme de diversification stratégique pour les économies sous pression, de la part, justement, du microcosme occidental.

L’intégration de l’Iran renforce par ailleurs la dimension énergétique du groupe. Cette dimension est très déterminante en ce sens que les BRICS élargis concentrent désormais une part significative des réserves mondiales d’hydrocarbures. Combinée aux capacités agricoles du Brésil et de la Russie, elle ouvre la voie à une coordination stratégique sur la sécurité alimentaire et énergétique mondiale, sachant que ceux-ci figurent parmi les premiers exportateurs mondiaux de blé et de produits agricoles. Dans un monde marqué par les crises des céréales de 2022-2023 liées au conflit en Ukraine – démontrant la vulnérabilité des marchés dépendants d’un nombre restreint de hubs logistiques – et les tensions énergétiques postpandémiques, cette capacité de stabilisation représente un atout systémique majeur.

Donc, les BRICS ne se définissent plus uniquement par un discours sur le «Sud global». Ils structurent progressivement par trois avancées structurantes : un espace financier alternatif (monnaies locales, infrastructures de paiement), un espace productif intégré (agriculture, énergie, technologies vertes) et un espace diplomatique coordonné (réforme de la gouvernance mondiale, affirmation d’un multilatéralisme coopératif centré sur l’équité et la justice internationale).

Ce faisant, l’alliance BRICS ne se contente plus d’exister en marge du système ; elle contribue à en redessiner les flux, les connexions et les centres de gravité, irriguant progressivement les différents pôles d’un ordre mondial en recomposition. Pour le monde occidental, le défi n’est pas spectaculaire mais cumulatif. L’hégémonie se fragilise moins par effondrement que par déplacement progressif des centres de décision, des flux commerciaux et des standards technologiques.

En tout état de cause, la réunion des Sherpas et Sous-Sherpas de l’alliance BRICS à New Delhi ne fut pas spectaculaire – elle fut stratégique. Elle a consolidé des acquis, harmonisé des priorités et préparé un 18ème sommet porteur d’ambitions réalistes et structurées. Elle a donc renforcé des trajectoires engagées depuis 2014, accélérées après 2022 et amplifiées par l’élargissement de 2024.

Le monde occidental reste figé dans sa logique de la peur de l’altérité, alors que la dynamique des BRICS ne repose pas sur la confrontation, mais sur la complémentarité, la diversification et la coopération pragmatique. En renforçant leurs mécanismes institutionnels, en élargissant leur base géographique, en consolidant leur force démographique et en approfondissant leur coordination économique, les BRICS affirment progressivement leur rôle de pilier stabilisateur d’un ordre international plus équilibré.

À New Delhi, en février 2026, les BRICS ont démontré qu’ils ne sont plus simplement un regroupement d’économies émergentes ; ils incarnent désormais l’un des principaux vecteurs d’animation et de circulation du monde multipolaire en construction.

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