Qu’est-ce que l’OTSC et pourquoi a-t-elle envoyé des soldats au Kazakhstan ?

Vues : 770

Source : rbth.com – 12 janvier 2022 – Nikolaï Litovkine

Abonnez-vous au canal Telegram Strategika pour ne rien rater de notre actualité

Faites un don pour soutenir l’analyse stratégique indépendante

Plus de 2 500 parachutistes de Russie, de Biélorussie, d’Arménie, du Tadjikistan et du Kirghizstan ont été envoyés sur place pour apaiser les tensions.

L’opération de maintien de la paix de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) au Kazakhstan a réussi à y stabiliser la situation. C’est ce qu’a déclaré le 10 janvier le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.

Selon son homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev , une tentative de coup d’État a eu lieu dans le pays, au cours de laquelle 17 policiers et 26 manifestants ont été tués et plus de mille personnes blessées. Ces événements l’ont obligé à demander une aide immédiate à l’OTSC.

Selon Poutine, cette dernière a réussi, « en quelques heures », à empêcher l’affaiblissement du pouvoir étatique et une « détérioration généralisée de la situation intérieure », ainsi qu’à déjouer toute activité possible de la part de « terroristes, pillards et autres éléments criminels ».

En conséquence, la situation au Kazakhstan revient lentement à la normale, et « une série de lieux vitaux, dont l’aéroport d’Almaty, ont été débarrassés des terroristes et criminels », a déclaré le dirigeant russe.

Qu’est-ce que l’OTSC ?

L’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) est une alliance militaro-politique entre six pays de l’ex-URSS : la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Tadjikistan et le Kirghizstan.

Elle a été créée en 1992 par ces États ainsi que l’Ouzbékistan et, quelques années plus tard, l’Azerbaïdjan et la Géorgie ont également rejoint l’alliance. Toutefois, en 1999, ces trois pays ont décidé de ne pas prolonger le traité et se sont retirés de l’organisation.

Comme l’OTAN, l’OTSC a été fondée pour protéger ses membres des agressions militaires. Une attaque contre un pays serait considérée comme l’équivalent d’une attaque contre tous les États. Il est par ailleurs interdit à ses membres de rejoindre d’autres alliances militaires.

L’unité dispose de branches qui travaillent ensemble contre les menaces terroristes, le trafic de drogue, l’extrémisme et gèrent les conséquences des catastrophes naturelles. L’OTSC possèdent des Forces collectives rapides (17-22 000 personnes), des Forces collectives de déploiement rapide (5 000 personnes) et des Forces collectives de maintien de la paix.

Avant les récents événements au Kazakhstan, il y a eu deux moments dans l’histoire de l’organisation où ses membres ont demandé de l’aide.

Le premier s’est produit en 2009, lorsque le Kirghizstan a été confronté à un risque de guerre civile, en raison de graves affrontements entre populations kirghize et ouzbèke dans le sud du pays. L’OTSC a pris part à la résolution du conflit, mais n’a pas envoyé de troupes sur place.

Un autre appel a été envoyé par l’Arménie à l’été 2021 en lien avec la situation à la frontière avec l’Azerbaïdjan (après la prise du Haut-Karabakh par ce dernier à l’automne 2020) et l’OTSC l’a également rejeté.

Opération de maintien de la paix de l’OTSC au Kazakhstan

Pendant 30 ans, l’OTSC est restée une alliance pacifique organisant chaque année des exercices militaires collectifs, sans jamais envoyer de troupes nulle part. La situation au Kazakhstan est ainsi devenue le premier précédent pour le déploiement de ses forces militaires.

La base juridique d’une telle démarche est un paragraphe de la charte de l’OTSC, qui présuppose « la création et le développement d’un système permettant de réagir aux crises, ainsi qu’aux événements qui menacent la sécurité, la stabilité, l’intégrité territoriale et la souveraineté des États membres ».

« Il s’agit de la première opération des forces collectives de l’OTSC depuis la création de l’organisation. Les principales tâches de la mission de maintien de la paix au Kazakhstan consisteront à protéger d’importantes installations d’État et militaires, ainsi qu’à aider les forces de l’ordre à stabiliser la situation et à la ramener sur le terrain de la légalité », explique Igor Korotchenko, rédacteur en chef de la revue Natsionalnaïa oborona (Défense nationale).

La force de maintien de la paix comprend des unités de Russie, de Biélorussie, d’Arménie, du Tadjikistan et du Kirghizstan.

Au total, le contingent compte plus de 2 500 parachutistes, accompagnés de véhicules blindés légers, de véhicules de combat amphibies BMD-4, de véhicules blindés TIGR, de véhicules blindés de transport de troupes BTR-82A, de stations de communication par satellite, ainsi que de complexes de guerre électronique Leer-3.

« Ce dernier système a fait ses preuves lors de la campagne militaire syrienne. Il est utilisé pour établir une zone d’exclusion aérienne pour les drones de tout type sur une zone de plusieurs dizaines de kilomètres en un court laps de temps. Il permet également de suivre les téléphones portables et d’écouter les communications des terroristes », ajoute Korotchenko.

Il précise enfin qu’il s’agit d’une opération de maintien de la paix visant à stabiliser la situation dans les rues. « Aucun coup de feu n’a encore été tiré et les armes ne seront utilisées qu’en dernier recours si nos soldats sont en danger », ajoute l’expert. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *