« Demandez à vos concitoyens » s’ils veulent une guerre : l’engrenage infernal de l’OTAN et de l’UE contre les peuples

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par Alexandre Keller

Analyste passé par les rédactions de RT France et de Sputnik pour contrer le narratif officiel, Alexandre Keller est un contributeur de Strategika. Il anime aussi le canal Telegram : t.me/kompromatmedia

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La dangereuse escalade provoquée par Occidentaux, et leurs médias créateurs de fictions, en Ukraine n’est sans doute qu’un grand coup de bluff narratif destiné à couvrir l’extension de l’OTAN. Si une guerre est peu probable pour l’instant, le risque systémique est bien réel.

Depuis le 11-Septembre 2001, les Etats-Unis ont démantelé inlassablement l’architecture de sécurité mondiale. Tout en, parallèlement, contraignant les Etats vassaux de l’Empire à s’enfermer dans un enchevêtrement d’alliances et de structures supranationales.  PESCO, IED, alliances locales sous impulsion américaine… : en deçà de l’OTAN, une mécanique implacable de guerre est déjà en place.

PESCO - Institut Jacques Delors

Poutine a frappé fort cette semaine. «Demandez à vos concitoyens s’ils veulent que la France entre en guerre contre la Russie», a asséné le dirigeant russe à Macron, comme pour secouer un adolescent inconscient des conséquences de ses actes. Mais aussi, plus subtil, manière de renvoyer l’élite européenne aux peuples, cocasse leçon de légitimité démocratique et de souveraineté.

«Nous considérons que la Crimée fait partie de la Russie, a martelé Poutine. Dans le cas où l’Ukraine serait intégrée à l’OTAN, Poutine a rappelé le mécanisme potentiellement inéluctable qui pourrait se déclencher, «si dans la Constitution de l’Ukraine, la Crimée faisait partie de l’Ukraine» :

L’article 5 de l’OTAN prévoit en effet que «si un pays de l’OTAN est victime d’une attaque armée, chaque membre de l’Alliance considérera cet acte de violence comme une attaque armée dirigée contre l’ensemble des membres et prendra les mesures… pour venir en aide au pays attaqué».

Détruire l’Europe atteindre la Chine et la Russie ?

Mais l’OTAN n’est que la superstructure d’un dispositif à plusieurs niveaux, moins connus. Dont le résultat – sinon le but – est de cadenasser les Etats européens vassaux dans un carcan ne leur laissant aucune marge de manœuvre. Une machinerie qui, à certains égards, fait penser aux alliances qui ont servi – et non mené – l’Europe entière et ses empires coloniaux dans la grande guerre  de 1914-1918, autrement, et mal nommée «Première Guerre mondiale», entre le Royaume-Uni et son rising challenger géopolitique, l’Allemagne. Un conflit, déjà entre une thalassocratie, britannique, en déclin, et une puissance continentale émergente, sur le dos de la France.

En 2022, le même scénario se dessine : une guerre plus ou moins chaude entre les Etats-Unis, d’une part, et, d’autre part, la Chine-Russie, sur le dos d’une Europe américaine.

Aussi, sous l’impulsion de Washington, la classe politique européenne aux ordres, (via think tanks et recrutements de type Young Leaders) met patiemment en place depuis un demi-siècle des structures de soumission.

En 2017, le Conseil européen a donné le coup d’envoi de la coopération structurée permanente (PESCO), comprenant 23 Etats membres de l’UE et censée affirmer la «souveraineté européenne», concept inversatoire cher à Emmanuel Macron, qui signifie exactement son contraire.

En 2015, la France et l’Allemagne se sont engagées à relancer la Défense européenne, au prétexte, curieux et notable, des attentats de Paris. Un événement terroriste et non un acte de guerre, à moins de considérer, de façon rhétorique à la George Bush, une «guerre au terrorisme».

«Il était important pour nous, particulièrement après l’élection du président américain [Donald Trump], que nous puissions nous organiser indépendamment, en tant qu’Européens. Ceci est complémentaire à l’OTAN», avait prétendu Ursula Von der Leyen, alors ministre allemande de la Défense, surfant sur la vague d’antitrumpisme primaire de bon ton dans l’hyperclasse européenne.

En réalité, cette PESCO, présentée comme «relançant la Défense européenne, est un relai «top-down» efficace de la chaîne de commandement de l’OTAN et de transmission automatique à l’UE. Sans contrôle démocratique, au niveau européen (une blague avec le traité de Lisbonne) comme stato-national, cela va presque sans dire… C’est aussi le but.

Autre structure de verrouillage, en juin 2018 avec Macron à la manœuvre : neuf Etats membres de l’UE (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Pays-Bas, Portugal Royaume-Uni) annoncent la création de l’Initiative européenne d’intervention (IEI).

Cette structure de coopération militaire est présentée comme permettant d’agir collectivement en réponse à une situation de crise, comme par exemple en lançant une intervention dans un pays en guerre ou encore en apportant de l’assistance en cas de catastrophe naturelle.

Objectifs toujours louables en apparence, évidemment. Mais aujourd’hui, cette force conjointe aurait mandat pour intervenir, en théorie, en Ukraine – pour le compte de Washington – ou, pourquoi pas, dans un Etat membre confronté à un soulèvement populaire. Contre les mesures covidistes, par exemple…

Nous avons donc trois cercles concentriques, trois niveaux d’engrenages : une OTAN à 29 membres, à vocation suprarégionale. Une PESCO à 23 membres, et enfin un cœur, l’IEI, 9 membres. Avec toujours au centre, la France de Macron.

PESCO : comment rendre la défense européenne plus efficace ? | Actualité |  Parlement européen

Dans les rouages de la machine OTAN-UE

Mais Washington ne s’arrête pas là. A ces trois grands niveaux, s’ajoutent d’autres alliances plus locales, impulsée en sous-main par Washington, qui tisse inlassablement sa toile.

L’Ukraine, le Royaume-Uni et la Pologne ont ainsi annoncé le 1er février une alliance tripartite. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a précisé sur Facebook que la nouvelle alliance visait à renforcer la coopération entre les trois pays dans des domaines tels que la sécurité, le commerce, les investissements et l’énergie.

Une coopération pas à proprement parler, mais on relève le terme ambigu de «sécurité» dans sa déclaration. La PESCO trouve son origine dans l’attentat du Bataclan, l’Union européenne, en vérité bras politique de l’OTAN, dans une coopération du charbon et de l’acier…

Enfin, dans cette usine à gaz, l’Ukraine et la Pologne coopèrent déjà au sein de l’alliance du Triangle de Lublin qui comprend la Lituanie. L’année dernière, l’Ukraine a également créé le Trio associé avec la Géorgie et la Moldavie.


Si l’opinion publique européenne, hypnotisée par ses médias, ne voit rien venir, Moscou suit attentivement ce Meccano implacable. Qui vise autant l’Europe, sur laquelle l’Empire US achève d’asseoir sa domination, que la Russie.

La Russie, en «containment» de l’Occident depuis 20 ans

Il faut rappeler que Poutine est un juriste. Pour l’Ukraine comme en Syrie, et de façon générale dans sa doctrine des relations internationales, la Russie a toujours renvoyé ses «partenaires», selon l’euphémisme cher à Poutine, au droit international. Au point de maintenir la fiction d’une ONU comme enceinte de résolution des différends, organisation moribonde sabotée par Washington depuis les conflits irakiens et yougoslaves.

Il ne s’agit pas d’être poutinolâtre mais il faut bien convenir que la mesure et l’intelligence, les notions de droit international ont émigré en Russie.

Les lecteurs de Strategika ne sont pas sans savoir que Poutine avertit l’Occident depuis 14 ans.

«Un pays, les Etats-Unis, sort de ses frontières nationales dans tous les domaines. C’est très dangereux : plus personne ne se sent en sécurité, parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international», avait alerté Poutine lors de ce discours crucial à la conférence de sécurité de Munich (sous l’égide de Davos) en 2008. Moment essentiel et historique qui contient en lui-même la clé des relations entre la puissance continentale russe et la thalassocratie agressive états-unienne.

«L’élargissement continu de l’Alliance atlantique à des pays qui étaient naguère intégrés dans l’ex-URSS, ainsi que le projet de Washington d’étendre son bouclier antimissile à l’Europe en installant des radars en République tchèque et des missiles en Pologne, alimentent depuis longtemps l’exaspération de Moscou», notait alors, et déjà, Le Monde, quotidien pas encore totalement vendu aux lobbies atlantistes et sociétaux.

Dans le même temps, depuis septembre 2001, les Etats-Unis  s’appliquent à démanteler l’architecture de sécurité mondiale héritée de la guerre froide.

En 2019, Washington s’est retiré, après l’avoir saboté, du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) signé avec l’URSS en 1987. Le traité New Start est lui sauvé in extremis en 2021, pour une durée de cinq ans. Pendant ce temps, Washington, fidèle à ses méthodes de cow-boy, pousse ses batteries de missiles vers l’est, affirmant unilatéralement le droit d’user d’armes tactiques nucléaires dans un conflit conventionnel.

L’ONU, porteuse de promesses de paix en 1945, est désormais une coquille vide.

Le grand renversement du monde

Et Poutine de définir alors le «monde unipolaire» voulu, selon lui, par Washington : «Cela signifie un centre de pouvoir, un centre de décision agissant comme un maître unique, un souverain unique, qui s’effondrera de l’intérieur. Cela n’a rien à voir avec la démocratie». Assez prophétique, à l’heure de l’effondrement de l’Occident sous déguisement de crise sanitaire

Depuis l’attaque otanienne de la Géorgie, Poutine n’a eu de cesse de prévenir, patiemment, l’Empire états-unien et ses vassaux des conséquences de sa politique expansionniste

En 2017, il appelle encore les Occidentaux à la modération. «Personne ne nous écoutait auparavant. Écoutez-nous, maintenant». Entre 2008 et 2017 quelles différences géopolitiques majeures ? D’abord, la Russie est sortie du marasme de l’ère postsoviétique et de la main mise occidentale sur l’économie russe. Ensuite, l’Occident s’est épuisé et se rétracte. La Russie s’est affirmée comme puissance de premier rang,  notamment avec sa politique de «containment» de l’Empire en Syrie.

La grande parenthèse occidentale de 500 ans, initiée avec l’exploration de l’ «Amérique» en 1492, se referme. L’Inde et la Chine, chacune 25% du PIB mondial autour de l’an 1500 reprenne leur place sur le temps long.

La bascule géopolitique – Le «grand renversement», comme l’appelle Hervé Juvin, s’accélère. Et la Russie, puissance pivot eurasiatique, suit favorablement le mouvement, contrairement à la France, arrimée au Titanic américain.

Alexandre Keller, pour Strategika

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