«L’éducation sexuelle? Les pédocriminels en rêvaient, l’école l’a fait!»

Source : limpertinentmedia.com – 17 mai 2026 – Amèle Debey

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Trente ans qu’elle couvre la pédocriminalité. Trente ans qu’elle documente les réseaux, les procès, les enfants retirés à leurs mères protectrices pour être remis à leurs agresseurs présumés. Laurence Beneux, journaliste d’investigation et auteure de Pédocriminalité: l’hypocrisie française, dresse un constat accablant: la France dépense moins que la Moldavie pour sa justice, condamne les médecins qui signalent des enfants en danger, et a été épinglée à deux reprises par l’ONU pour ses pratiques. Vingt-cinq ans après son premier livre, rien ou presque n’a changé.

Laurence Beneux
© DR

Amèle Debey, pour L’Impertinent: Qui êtes-vous?

 

Laurence Beneux: Je suis journaliste d’investigation. J’ai été indépendante une grande partie de ma carrière. Et je suis spécialisée dans la protection de l’enfance et dans la criminalité qui s’en prend aux enfants. J’ai écrit plusieurs livres sur la question, dont le dernier s’intitule Pédocriminalité: l’hypocrisie française.

 

Avant d’en venir à ce livre, qui fait une sorte de constat de situation, j’aimerais évoquer celui que vous avez rédigé avec Serge Garde en 2001, après avoir sorti une grosse enquête dans l’Humanité sur les réseaux pédophiles, notamment liés aux fichiers de Zandvoort. Était-ce pour briser l’omerta autour de ce travail qu’il était important de sortir ce livre?

beneux
Le Livre de la honte: les réseaux pédophiles, Laurence Beneux et Serge Garde, 2001, éd. Le Cherche Midi

Le livre de la honte ne concernait pas uniquement l’affaire de Zandvoort. Il dressait un panorama sur un sujet très peu connu à l’époque. Il l’est toujours d’ailleurs. À l’époque, la doxa officielle disait que les réseaux pédocriminels n’existaient pas. Certaines personnes qui, compte tenu de leurs fonctions, connaissaient très bien leur existence, soutenaient le même discours. Il y avait déjà eu des procès avant, quelques grands coups de filets internationaux, notamment liés au live streaming qui existait déjà à l’époque: ce procédé qui consistait à parler à quelqu’un en direct à l’autre bout du monde. Sauf que les pédocriminels l’utilisaient pour demander à ce qu’on viole, torture ou fasse des choses à des enfants en direct, moyennant finance.

 

Si, à l’époque, internet entrait à peine dans les foyers en Europe, cela faisait déjà une dizaine d’années qu’il était entré dans les foyers américains. Comme toutes les criminalités organisées, la pédocriminalité s’en était emparée. À chaque nouvelle technologie, les criminalités organisées en sont les premiers utilisateurs, si ça peut leur servir.

 

La publication de ce livre a-t-elle initié des changements?

 

Un peu quand même, oui. Par exemple, une réunion a été organisée à l’Assemblée nationale à laquelle j’avais été invitée à prendre la parole devant des représentants de différents ministères ainsi que des policiers de Scotland Yard en visite en France. J’avais imprimé quatre ou cinq photos issues des CD-Roms de Zandvoort, qui contenaient plusieurs dizaines de milliers de documents, pour les distribuer dans la salle. Pour que les gens sachent de quoi on parle.

 

Internet entrait juste dans les foyers, c’était encore très abstrait pour tout le monde. On avait l’impression de crimes un peu virtuels. Sans s’apercevoir que, pour que ces documents existent, il fallait que des enfants aient été violés et torturés. Trafiquer ce genre de documents signifiait non seulement participer à un commerce abominable, encourager des pratiques abominables, mais aussi que des enfants étaient violés tout le temps. On a dit que ces documents étaient anciens, mais on voyait très bien sur les images que ce n’était pas le cas de tous.

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La députée UMP Henriette Martinez est venue me voir et m’a demandé ce que pouvait faire la représentation nationale. Une des urgences qui m’est venue à l’esprit: en France, les médecins et notamment les pédopsychiatres qui font des signalements d’enfants en danger à la justice se retrouvent poursuivis et condamnés devant le Conseil de l’ordre des médecins. Elle m’avait dit qu’elle s’en occuperait. Elle a tenu parole: elle a créé un groupe qui a travaillé sur ce sujet et une loi pour interdire que des médecins soient sanctionnés – y compris de façon disciplinaire – devant le Conseil de l’Ordre quand ils signalaient des enfants en danger a été promulguée.

 

À l’époque, j’avais des médecins hospitaliers au téléphone, qui m’expliquaient que leurs collègues du libéral les appelaient pour qu’ils fassent des signalements à leur place. Car il est beaucoup plus compliqué de poursuivre et de condamner un médecin hospitalier qu’un médecin libéral, parce qu’il faut passer par la hiérarchie de l’hôpital.

 

Cette loi a duré ce que durent les roses: on a arrêté de sanctionner les médecins pendant trois, quatre ans, puis c’est reparti comme en quarante. En France, il y a des lois et des règlements qui ne sont pas appliqués. Que ce soit par les justices ordinales ou par les tribunaux.

 

Comment se remet-on d’avoir vu un truc pareil?

 

Depuis les trente ans que je travaille sur la question, j’ai développé des stratégies d’évitement pour penser à autre chose. Cela varie au fil des années. À un moment, j’avais un blog humoristique sur MySpace, ou alors une correspondance. Je me suis disciplinée.

«Ce que vous savez vous donne une responsabilité»

 

Bien sûr, il y a des cas qui vous hantent. Je me souviens notamment d’un gamin de cinq ans arraché à sa mère et remis entre les mains de son père qu’il accusait d’inceste. Cela me brisait le cœur. Je me suis dit: «Laurence, si ça commence à t’empêcher de dormir la nuit, t’es foutue». Il faut se demander si, à l’instant T, on peut ou non faire quelque chose.

 

Très rapidement, cela devient compliqué d’arrêter, car on est très peu à travailler sur le sujet dans la longueur. Quand il y a un fait divers, toute la presse se rue dessus, mais elle passe à autre chose. Or, ce sujet est très compliqué pour une multitude de raisons: juridiquement parlant déjà, il y a des tas de pratiques à connaître, nous sommes contactés en permanence par des familles de victimes. On acquiert une forme d’expertise en la matière. Ce que vous savez vous donne une responsabilité. J’aimerais bien qu’il y ait des relais, mais il n’y en a pas beaucoup.

 

Comment ça se fait?

 

Il y a de très bons journalistes chez les jeunes, mais il y en a aussi beaucoup qui ont trop regardé les chaînes d’info en continu et qui ont l’impression que le journalisme, c’est donner leur avis. Or, ce sont des sujets sur lesquels il faut être extrêmement factuel et très prudent. Il y a de réels risques de poursuites. Ce sont des sujets très graves qui représentent beaucoup de travail.

 

De plus, il est compliqué de se spécialiser dans un sujet comme celui-ci si on n’est pas indépendant, avec la précarité que cela implique. Il n’y a quasiment aucun média aujourd’hui qui a les moyens de rémunérer un journaliste permanent pour travailler sur ce type de sujet pendant des semaines, des mois et des années.

«Un enfant sur cinq sera victime, d’une manière ou d’une autre, avant sa majorité»

 

Il faut dire aussi qu’il existe un déni autour de ces sujets, car la gravité et l’ampleur du phénomène requièrent encore une prise de conscience collective. Les conséquences sur la vie des victimes sont minorées. Certaines se tuent. L’OMS a déclaré que la traite des enfants et la pédocriminalité sont des enjeux de santé publique, à cause du nombre de victimes et des conséquences sur leur vie d’adulte. On ne se rend pas compte du nombre considérable de victimes. Les chiffres européens – probablement minorés – parlent quand même d’un enfant sur cinq victime d’une manière ou d’une autre avant sa majorité. C’est considérable! Cela fait six sur une classe de trente!

 

Tant qu’il n’y a pas d’exigence extrêmement forte de la population, les problèmes n’avancent pas. Rien ne progresse réellement. La justice et la police n’ont pas plus de moyens et ce sont des institutions qui n’aiment pas du tout reconnaître leurs échecs et leur inefficacité dans des domaines aussi graves. Il y en a qui font du très bon travail, mais je parle de l’institution en général et de ses porte-paroles. Force est de constater que, vingt-cinq ans après mon premier livre, cela n’a pas beaucoup bougé.

 

Vous dites dans votre livre que la France, pour sa justice, dépense moins que la Moldavie, le pays le plus pauvre d’Europe?

 

Oui. On sait que la justice est très mal dotée. C’est pareil pour tous les services régaliens. Mais tout n’est pas à mettre sur le dos des moyens: en France, on est très forts pour fabriquer des usines à gaz. Il y a donc aussi un problème d’organisation qui fait que ces faibles moyens sont mal optimisés. Puis, il y a des verrous. On sait que les professions de prédilection des pédocriminels sont celles qui les mettent en relation avec des enfants. Mais il est bien évident que les professions de justice ou de police sont vulnérables aux criminalités organisées. Évidemment qu’il y a des fonctionnaires qui essaient de plus ou moins bien faire leur travail, mais évidemment aussi qu’on va y trouver des moutons noirs. Un mouton noir, ça fait beaucoup de dégâts dans ces professions-là. Les juges, les policiers de la brigade des mineurs…

 

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Il y a une autre raison aussi à cette inefficacité à lutter contre ces crimes, c’est le lobby pédocriminel qui sévit depuis des décennies. Pendant de nombreuses années, des cours, des conférences étaient donnés à l’École nationale de la magistrature sur le syndrome d’aliénation parentale. On a mis dans la tête de jeunes magistrats en devenir que les mères avaient pour souci principal de nuire à leur ex à la suite d’une séparation ou pas, d’ailleurs. Et que, quand un enfant se plaignait d’inceste, c’est que sa mère lui avait mis ça dans la tête. Alors que ce syndrome d’aliénation parentale est réfuté par la communauté scientifique spécialisée et internationale.

(Re)lire notre article: Le terme «aliénation parentale» bientôt biffé des procédures judiciaires

Alors aussi que l’on sait qu’un enfant – plus il est jeune, plus c’est vrai – ne parle de faits sexuels que s’il s’est passé quelque chose. Autrement, il ne peut pas parler de quelque chose qui n’existe pas dans son esprit. Il ne peut pas l’inventer.

 

Cette fameuse aliénation parentale est interdite aux États-Unis. Dans certains États, des magistrats ont été condamnés pour avoir utilisé ce concept. Le problème en France, c’est qu’on ne voit plus le terme dans les décisions de justice, mais il est décrit: c’est la même chose! On l’utilise, simplement on ne le nomme plus.

 

Le titre de votre livre, c’est Pédocriminalité: l’hypocrisie française. Pourquoi?

 

Parce que dans ce livre, je parle principalement des institutions françaises. Je me suis dit qu’il fallait déjà commencer par balayer devant sa porte. Ça ne veut pas dire pour autant que le ciel est plus bleu ailleurs. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.

 

D’accord. Mais vous dites quand même que les autorités françaises ont été spécialement réticentes à reconnaître l’existence des réseaux au moment de l’affaire Zanvoort.

 

Elles le sont toujours. Le sont-elles spécialement en France? Je ne sais pas. Au-delà du fait que les institutions sont très mal dotées, on a un système judiciaire surchargé, qui est assez réticent à la coopération internationale, même si cela se met en place progressivement. Or, c’est un sujet sur lequel une coopération internationale est absolument indispensable concernant l’aspect criminalité organisée.

 

Dans votre livre, vous dites aussi que l’ONU a dénoncé la gestion problématique de ces cas par la France. Pour ceux qui n’ont pas lu votre livre, vous pourriez nous dire ce que l’ONU dit de la gestion française de ces problématiques?

 

En 2003, une enquête de l’ONU a alerté sur le fait qu’en France, dans le cadre d’une plainte pour inceste, si on peine à en établir la preuve, on transfère le droit de garde des enfants de la mère au violeur présumé, pour la faire taire. Y compris dans des dossiers dotés de signalements professionnels comme s’il en pleuvait.

 

Il y a par exemple le cas de Karim Kamal, qui a obtenu l’asile politique aux États-Unis dans une affaire de pédocriminalité. Il soutenait que son ex-compagne emmenait sa fille dans des cérémonies pédocriminelles. Le traitement judiciaire de cette affaire avait été tellement violent vis-à-vis de lui, avec des irrégularités, des fautes de la justice tellement extrêmes et évidentes que la juridiction américaine avait assimilé ça à une persécution politique.

«Oui, il y a un problème français»

 

L’ONU avait mis en avant tous ces faits, ainsi que les médecins poursuivis et condamnés devant le Conseil de l’Ordre, le déni, etc. La France avait, comme d’habitude, botté en touche. Vingt ans plus tard, en 2023, l’ONU s’est encore alarmée de la situation française pour interroger à nouveau le phénomène qui consiste à retirer la garde des enfants aux mères qui portent plainte. Soit pour les placer à l’ASE – qui est un très mauvais parent, on ne le répétera jamais assez – soit à l’agresseur présumé. Ces cas sont tellement courants qu’ils ont nécessité le néologisme de désenfantement et ont abouti à la création de collectifs de mères désenfantées. Le phénomène est tellement massif qu’il a entrainé la création d’un mot, tout de même!

 

L’ONU revient donc sur certains de ces dossiers et interroge le gouvernement français sur les pratiques de la justice française, qui n’a pas répondu, puisqu’au départ, c’était par voie diplomatique. Tant et si bien que les rapporteurs se sont agacés et ont rendu publiques leurs questions au gouvernement français. Celui-ci a fini par réagir, quelque temps plus tard, en répondant à côté des questions qui étaient posées. Il a maintenu que, dans les dossiers soulevés, tout s’était très bien passé, tout était normal, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cette réponse n’a pas du tout satisfait l’institution internationale. Donc oui, il y a un problème français.

 

Est-ce que vous connaissez le livre L’école du soupçon de Marie-Monique Robin?

 

Non. Ça me fait un peu penser au titre d’un bouquin d’un pédopsychiatre qui est l’objet de beaucoup de controverses, Paul Bensussan. On parlait déjà de lui dans Le livre de la honte. C’est un adepte du syndrome d’aliénation parentale, un des grands défenseurs du concept en France, qui a pour caractéristique de parfois rendre des expertises sans avoir vu ni les enfants, ni les personnes qui portent plainte.

 

Oui, tout à fait. Nous avons parlé de ce monsieur dans un de nos articles. Apparemment, il est assez coutumier du fait. Et c’est toujours lui qu’on choisit pour les expertises. Mais le livre dont je parle, dont le sous-titre est «La dérive de la lutte contre la pédophilie» revient sur les cas non fondés, qui existent aussi. Pensez-vous que le risque de citer ces cas aussi est de jeter le discrédit sur tout le reste? C’est pourquoi vous n’en parlez pas?

 

En tout cas, je suppose que c’est le but. Comme le faisait remarquer la CIIVISE, seulement 1% des viols finissent par être punis en justice. Cela veut dire qu’il y a quand même 99% des victimes qui restent sur le carreau. On estime que ce qu’on appelle les fausses allégations sont de l’ordre de 2 à 3%. Est-ce qu’on sacrifie 97% de victimes pour un potentiel risque?

enfants

(Re)lire notre article: Protection de l’enfance: un système à bout de souffle face à la parole des enfants 

Et le risque devient quasiment nul quand les enfants sont prépubères. Précisément parce qu’ils ne peuvent pas parler de quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Qu’ils ne peuvent pas imaginer. D’ailleurs, à ce titre, le programme EVARS est très préoccupant. On est en train d’essayer de mettre dans la tête des enfants des choses qu’ils ne connaissent pas.

 

Vous parlez de l’éducation sexuelle à l’école pour les tous petits?

 

Oui, de la façon dont c’est envisagé. Les pédocriminels des années 70-80 en rêvaient et on est en train de le mettre en place au niveau de l’école, c’est formidable!

 

J’ai assisté à une des séances d’information pour les parents dans une école suisse. On y expliquait, pour défendre ce programme, qu’il constituait une solution pour mieux débusquer les abus, parce que ces cours permettaient aux enfants de mettre des mots sur les choses. De leur signifier aussi ce qu’il est convenable ou pas de faire.

 

C’est effectivement ce qu’ils disent, mais c’est faux. Premièrement, les enfants savent très bien utiliser leurs mots d’enfant quand ils sont disposés à parler et ce n’est pas ce genre de truc qui va désamorcer toutes les stratégies développées par les criminels pour les faire taire: «Si tu parles, je vais tuer ta maman; je vais faire du mal à un autre enfant; c’est notre petit secret», etc. Il s’agit là des stratégies les plus banales. Parce que maintenant, il y en a de beaucoup plus sophistiquées, qui sont développées au-delà de l’autorité naturelle d’un adulte sur un enfant. Par exemple, il commence à y avoir tout le chantage autour des photos. Ces stratégies de silenciation seront toujours là.

 

Sinon, renforcer le message: personne n’a le droit de te toucher, ton corps t’appartient, il y a des endroits privés, les adultes n’ont pas le droit de faire tout ce qu’ils veulent et s’il y a quelque chose qui te met mal à l’aise, il faut tout de suite en parler à la maîtresse et à maman et à papa, etc., c’est quelque chose de valide. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails.

«L’éducation sexuelle à l’école peut être du pain béni pour des pédocriminels»

Les enfants savent parfaitement décrire ce qui leur arrive avec leurs mots d’enfant, quand ils sont disposés à parler. Ces descriptions, ces mots d’enfant, cette innocence leur donnent un crédit particulier. Quand une petite fille dit «il met son zizi dans la bouche et après il y a du pipi qui sort» ou «ça fait de la vinaigrette», on se dit qu’elle n’a pas inventé ça. Déjà que la parole de l’enfant est extrêmement dévalorisée, désormais on va nous dire qu’elle en parle parce qu’elle l’a entendu à l’école. Le risque est là.

 

Au-delà du traumatisme de ces gamins, dont on va perturber l’exploration de leur propre corps – cette espèce d’éveil très progressif et très particulier de l’enfance à la sexualité – en faisant irruption avec la sexualité adulte dedans, c’est-à-dire de façon tout à fait prématurée. Au-delà de ce danger-là, cela peut être du pain béni pour des pédocriminels: «Je vais te montrer ce que tu as appris à l’école.» D’un seul coup, des gestes peuvent devenir plus légitimes, précisément parce qu’on en a parlé à l’école, avec le fait que les enfants ont envie, par-dessus le marché, de faire plaisir aux adultes et de faire comme les grands.

 

On commence seulement à avoir un peu conscience des dégâts considérables que fait l’exposition des jeunes enfants à la pornographie, ainsi que de la criminalité que cela génère chez ces jeunes enfants. Il y a de plus en plus d’agressions de mineurs par des mineurs, avec des gamins qui vont s’amuser, par exemple, à vouloir faire des films de gang-bang ou de viol collectif. Qui reproduisent ce qu’ils ont vu. D’un côté, il y a une prise de conscience là-dessus et de l’autre, on veut les éduquer à la sexualité adulte. C’est très dangereux et cela peut être extrêmement utile pour la défense des prédateurs, ainsi que pour faciliter leurs actions. Après la théorie, ce sera quoi? Les travaux pratiques?

 

Que vous a inspiré le scandale dans le périscolaire à Paris, où on a engagé des gens sans vérifier leurs antécédents? Résultat: 78 personnes suspendues pour des suspicions de violences sexuelles?

 

Cela ne m’étonne pas. Comme je le disais tout à l’heure: même si on trouve des pédocriminels dans toutes les strates de la société et dans tous les milieux sociaux, il y en a beaucoup qui privilégient évidemment les professions qui les mettent en contact avec des enfants. L’absence de contrôle dans l’Éducation nationale, c’est à peu près la même chose. Tout cela est dénoncé depuis vingt ans par les associations.

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Innocence en danger, par exemple, s’est constituée partie civile dans ce type d’affaires à de multiples reprises, pas seulement à Paris. Parce que cela existe à peu près partout. Là c’est sorti parce que nous sommes à l’approche des élections municipales, parce que l’équipe sortante était fautive. Mais j’aurais bien aimé demander à Rachida Dati – à qui on doit ces révélations – pourquoi elle n’en a pas parlé avant?

 

J’ai constaté que mes articles sur la pédocriminalité étaient parmi les moins lus. N’y a-t-il pas une certaine limite à ce que le cerveau humain peut accepter? Quand c’est trop dur, on se ferme et on fait l’autruche.

 

Bien sûr qu’il peut y avoir de ça. C’est un sujet anxiogène. Ce sont des histoires qui ne sont pas agréables, évidemment. Et puis ça demande des efforts, parce que c’est un peu technique.

Mais, d’un autre côté, deux adultes sur trois sont parents, même si les chiffres sont en train de baisser. C’est donc aussi que le déni génère du déni. Parce qu’on se dit que ce n’est pas si grave. Alors que si on commence à se rendre compte que le risque que ça tombe sur son propre enfant est très loin d’être minime…

pédocriminalité

(Re)lire notre article: Pédocriminalité, un combat perdu d’avance?

Les familles peuvent faire quelque chose à condition qu’elles sachent ce qui se passe. Il n’y a que les citoyens qui peuvent demander des comptes pour protéger leurs enfants, exiger et obtenir du politique qu’il mette enfin des moyens. N’importe quel enfant est susceptible d’avoir la malchance de faire la mauvaise rencontre au mauvais moment. Et dans ces cas-là, les risques que le gamin il ne dise rien sont considérables, alors qu’il en subira les conséquences toute sa vie. Même quand il parle, les chances d’obtenir justice sont infimes.

Vous citez dans votre livre le cas d’une mère qui a dit: «Si j’avais su, je n’aurais pas porté plainte.»

Oui, c’était du temps de Zandvoort. Son enfant a d’abord été placé, puis remis au père. C’est uniquement lorsqu’elle a arrêté de parler qu’elle a pu le récupérer. On lui disait: «Écoutez, madame, vous allez arrêter de nous embêter avec vos allégations, vos histoires de viol.»

Et ce, malgré le fait qu’il y avait des signalements de médecins, de pédopsychiatres. Le gamin, âgé de 3 à 5 ans, avait fait un dessin sur lequel on voyait distinctement un petit bonhomme qui se faisait sodomiser par un grand bonhomme, avec des appareils photo sur un trépied. De plus, l’enfant avait contracté une maladie sexuellement transmissible et il avait été reconnu sur le CD-ROM de Zandvoort. Évidemment, la justice française a dit qu’il n’y avait aucun enfant français dans ces fichiers…

 

On parle beaucoup de mères en fuite et de pères abuseurs qui viennent se réfugier en Suisse. Quel rôle tient la Suisse là-dedans? Et avez-vous connaissance de l’existence de réseaux pédophiles en Suisse?

 

Il y en a qui viennent en Suisse parce que c’est le pays le plus proche qui ne fait pas partie de l’espace Schengen. Il y en a qui partent beaucoup plus loin, mais aussi beaucoup qui restent et qui en prennent plein la tête. Il n’y a pas de phénomène massif d’expatriation.

Les pédocriminels sont domiciliés en Suisse comme ailleurs, pourquoi voulez-vous que la Suisse soit épargnée par la pédocriminalité? Je suis certaine qu’il y a aussi des cas d’inceste en Suisse. Je rappelle que la Suisse a servi d’asile à quelqu’un comme Roman Polanski, qui a drogué et violé une gamine de 13 ans.

 

Vous avez aussi un couple emblématique de détournement de mineurs à la tête de l’État français, un ancien ministre de la Justice qui a contribué à dégommer des enfants lors du procès d’Outreau… quel message cela envoie?

 

Pendant la campagne du couple Macron et après, quand j’ai vu qu’il était élu, je n’en revenais pas de l’espèce de storytelling romancé, avec les références au film Mourir d’aimer, avec Annie Girardot. Pas un journaliste pour demander comment ça se fait que cette dame n’ait pas été poursuivie en justice.

«Le message envoyé du sommet de l’État est un message d’impunité, de banalisation, et de justice de classe absolument désastreux»

Ce qu’on nous relatait – en enjolivant avec des petites fleurs et des petits cœurs – c’était l’histoire d’une prof qui avait séduit un élève au collège. Enfin, mince! Elle avait autorité sur lui. Rappelons que la majorité sexuelle est à 18 ans quand il y a une position d’autorité. Développer une relation amoureuse avec un élève, c’est interdit. Point.

Le message envoyé du sommet de l’État est un message d’impunité, de banalisation, et de justice de classe absolument désastreux. J’aimerais bien qu’on me dise comment cela a été possible. Si ce n’est par la propagande, la campagne de communication énorme pour faire gober ça aux gens.

Dans votre livre, vous vous demandez en quoi protéger un enfant d’un père présumé incestueux contreviendrait à la présomption d’innocence? Avez-vous obtenu une réponse?

Non. La présomption d’innocence est devenue un outil de chantage utilisé contre les parents protecteurs. Le collectif Incesticide a raison de parler d’une torture généralisée des mères dans l’indifférence générale, parce que ce qui est utilisé pour les faire taire est ignoble. Quand on parle de présomption d’innocence, c’est parce que, d’une certaine façon, on assimile le fait de protéger l’enfant à une sanction pénale contre son père. Or, ce n’est pas ça. On glisse du droit de l’enfant au droit à l’enfant. Évidemment que personne ne m’a jamais répondu là-dessus.

Que pensez-vous de l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs? Notre chroniqueur numérique, Fabrice Epelboin, nous expliquait récemment qu’un des dangers de cette histoire était de faire disparaître les lanceurs d’alerte, parce que plus personne ne pourra cacher son identité.

C’est un système qui va nuire aux libertés fondamentales de tout le monde, sauf des criminalités organisées, qui savent parfaitement contourner les obstacles et développer des stratégies. Sans parler du fait qu’en ce moment, il n’y a quasiment pas une journée qui passe en France sans fuites massives de données. Je rappelle quand même que c’est un gamin de 15 ans qui a réussi à hacker un site gouvernemental. Et après on s’imagine que c’est en lui demandant une identité numérique qu’on va l’empêcher d’aller sur les réseaux sociaux s’il le souhaite. Tout cela en prenant le prétexte de la pédocriminalité et de la protection des enfants. C’est une véritable insulte à l’intelligence des citoyens! C’est réellement prendre les gens pour des imbéciles.

Évidemment, les pédocriminels sauront contourner cela. Évidemment, cela va être totalement inefficient pour la protection des enfants. Est-ce que l’interdiction de vendre de l’alcool aux enfants empêche les gamins de se bourrer la gueule? Évidemment que non. On prend la protection des mineurs comme prétexte à une mise en place totalitaire et dangereuse. C’est d’un cynisme insupportable.

laurence beneux
Pédocriminalité: l’hypocrisie française, Laurence Beneux, mars 2026, Éd. Le Cherche Midi.

Une pensée sur “«L’éducation sexuelle? Les pédocriminels en rêvaient, l’école l’a fait!»

  • 29 mai 2026 à 15 h 00 min
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    Une crise terrible fermente en ce moment, parce que le dogme de la « Chute » masque les plus grands problèmes philosophiques.
    Mais au fait, c’est quoi la « Chute » ?
    Tout le monde connaît la légende biblique du serpent et de la pomme, mais personne ne sait comment cette histoire a été inventée. Dans l’original du livre fameux, cette histoire n’existe pas. Elle a été introduite dans la version grecque faite deux siècles avant notre ère, on ne sait par qui, quoique l’on nous dise qu’elle fut faite par 70 docteurs (en réalité 72, comme le nombre de grammairiens ayant révisé les poèmes homériques, œuvres originales de la déesse Hemœra), mais on préféra admettre un nombre rond, d’où son nom de « Version des Septante ». Il s’agissait de cacher sous un langage équivoque un épisode se rapportant à la vie sexuelle. L’original disait brutalement que l’ardeur sexuelle, qui régnait dans toute la nature, tourmentait les hommes. C’est de cela qu’on fera le serpent, l’esprit tentateur qui va séduire Eve et l’entraîner avec lui, vers ses œuvres basses. Mais tout cela va être retourné : c’est la femme qui sera la tentatrice, ce n’est plus l’homme, c’est elle qui va l’inviter à mordre à la « pomme » de luxure. Pourquoi cette pomme ? Parce que, dans le texte primitif, le péché de l’homme entraîne une déchéance morale, trouble son cerveau, l’incite au mal. Tout cela est exprimé en latin par le mot « malum ». Ouvrez un lexique latin et vous verrez que ce mot signifie « mal », « péril », « fléau », « calamité », « malheur », « châtiment », « peine » ; « malum habere » (être puni du plaisir) ; « tort », « dommage », « préjudice », « faute », « vice », « pernicieux », « funeste », etc.
    Mais, si « malum » veut dire tout cela, il signifie aussi « pomme ». « malum punicum », « grenade » ; et en général « graines », « semence » contenue dans la pomme (« malus », arbre, pommier).
    C’est sans doute parce que cette « graine », sacrifiée par l’homme, a été l’origine de toutes sortes de malheurs, que « malus » (pomme) est devenu le symbole de la discorde (« Malum discordiæ »), mais aussi la source de la Mélancolie.
    En 1995, dans son ouvrage « Les Protocoles de Toronto », Serge Monast (1945-1996) écrit : « Pour achever l’éclatement de la famille, du système d’éducation, donc de la Société en général, il est primordial d’encourager la « Liberté Sexuelle » à tous les échelons de la Société Occidentale… Il faut réduire l’individu, donc les masses, à l’obsession de satisfaire leurs instincts primaires par tous les moyens possibles. Nous savons que cette étape représente le point culminant par lequel toute Société finira par s’effondrer sur elle-même. N’en a-t-il pas été ainsi de l’Empire Romain à son apogée, et de toutes civilisations semblables à travers l’histoire ?… Par des hommes de Science et des laboratoires financés par nos Loges, nous avons réussi à faire mettre au point un procédé chimique qui révolutionnera toutes les Sociétés Occidentales, et reléguera aux oubliettes pour toujours, les principes moraux et religieux Judéo-Chrétiens. Ce procédé, sous forme de pilule, ouvrira la voie toute grande à la « Liberté Sexuelle » sans conséquences, et poussera les « Femmes » des Nations à vouloir briser avec ce qui sera alors perçu comme étant le joug du passé (l’esclavage des femmes soumises à l’homme et à la famille traditionnelle Judéo-Chrétienne)… Jadis « Centre et pivot de la cellule familiale », la femme moderne, maintenant en tant qu’individu indépendant, voudra briser avec son rôle traditionnel, se détacher de la famille, et mener sa vie selon ses propres aspirations personnelles. Rien de plus naturel, nous le savons, mais là où nous interviendrons fortement, ce sera d’infiltrer tous les nouveaux « Mouvements de Contestation Féminins » en poussant leur logique jusqu’à ses extrêmes limites de conséquence (l’éclatement définitif de la famille traditionnelle et de la Société Judéo-Chrétienne)… Cette porte ouverte pour l’encouragement à la « Liberté sexuelle », au « Divorce », à « l’Avortement » sur demande, à la reconnaissance légale des diverses formes d’homosexualité nous aidera à modifier en profondeur les bases historiques du « Droit Légal » des Sociétés. Elle sera un atout majeur pour pousser l’ensemble des individus à un relâchement général des mœurs ; pour diviser les individus les uns par rapport aux autres, selon leur instinct et leurs intérêts propres ; pour détruire l’avenir de la jeunesse en la poussant aux expériences néfastes de la sexualité hâtive et de l’avortement ; et pour briser moralement les générations futures en les poussant à l’alcoolisme, aux drogues diverses, et au suicide. Décevons la jeunesse des Nations en lui montrant ses parents comme étant irresponsables, irréligieux, immoraux ; ne cherchant, en définitive, que le plaisir, l’évasion et la satisfaction effrénée de leurs instincts au prix du mensonge, de l’hypocrisie et de la trahison. Faisons du divorce et de l’avortement une nouvelle coutume sociale acceptée par tous. Poussons-la ainsi à la criminalité sous toutes ses formes, et à se réfugier en groupes distincts, hors d’atteinte du milieu familial qu’elle percevra, inévitablement, comme étant une menace pour sa propre survie. »
    Pour rappel, l’année 2017 c’est 420 millions de pages « porno » sur internet, 4.2 millions de sites Web « porno », 68 millions de requêtes « porno » dans les moteurs de recherches chaque jour, et 116 000 sur la pornographie infantile.
    2017, c’est aussi 3 milliards d’internautes ayant visité des sites « porno ». 25% de toutes les requêtes des moteurs de recherche était en relation avec la pornographie, et le terme le plus recherché était le très sobre et implicite « sex ».
    En France, en 2022, c’est 2,3 millions de mineurs qui, chaque mois, fréquentent des sites pornographiques ; un chiffre en augmentation chaque année. Dès 12 ans, plus de la moitié des garçons se rend en moyenne chaque mois sur ces sites, ils sont près des deux tiers à s’y rendre entre 16 et 17 ans. En moyenne, 12% de l’audience des sites adultes est réalisée par les mineurs.
    Soulignons qu’à elle seule, la production américaine de « porno » rapporte près de 3 milliards de dollars par an.
    LA CHUTE : PRÉLIMINAIRE
    La crise de l’adolescence, rapide dans la vie actuelle, eut une longue durée dans l’évolution de la primitive humanité.
    À partir de ce moment, des différences considérables se produisirent entre la vie psychique et mentale de la jeune fille et celle du jeune homme.
    Pendant les premiers siècles de son évolution, l’Homme primitif ne se préoccupa pas des différences sexuelles, c’est seulement au premier éveil du sens génésique que l’attention de ces deux Enfants fut attirée sur cette loi merveilleuse de la Nature ; c’est alors que s’éveilla en eux la première curiosité.
    La période pendant laquelle la vie sexuelle se prépara dut avoir une longue durée, car elle se développa par lentes étapes, parce que, dans cette humanité primitive, il n’y a pas de génération antérieure à imiter, pas de souvenirs ataviques pour inciter l’homme à des actes déjà accomplis avant lui, tout est nouveau, tout est à trouver.
    En même temps, les premières lueurs de l’amour s’annoncent, c’est l’aurore d’un sentiment qui devait grandir, mais qui ne fut au début qu’une impression faible et fugitive, qui se confond avec l’altruisme de l’enfance. C’est pendant cette période que se préparent les caractères nouveaux, qui vont changer le corps de l’adolescent en lui faisant perdre les caractères de l’enfance.
    Lorsque dans les Ecritures de l’antiquité on voulait indiquer qu’un homme était fort jeune dans la vie de l’humanité, on disait « qu’il était encore d’ivoire » (eburneus), c’est-à-dire blanc, délicat et glabre. Cette idée, si conforme à la véritable évolution humaine, contredit celle d’une évolution animale. Rien dans cet « homme-enfant » ne ressemble au singe velu et grossier.
    L’amour naissant pousse l’un vers l’autre ces deux adolescents.
    Une mystérieuse attirance les rapproche, ils se cherchent et facilement se trouvent dans la solitude des bois, dans le silence des soirs d’été, dans la vie en commun des cavernes.
    Dans l’enthousiasme des premiers élans, des premiers désirs, il soupire, il chante, il exhale son âme aimante et joyeuse, sans entraves sociales, sans atavisme générateur d’une timidité annihilante, sans ennemis encore, il marche en avant dans ses passions naissantes sans savoir où elles le mènent, sans crainte d’un danger inconnu. L’enthousiasme poétique de la jeunesse le saisit tout entier. C’est le premier éveil des sentiments qui vont envahir le Cœur de l’homme et bientôt jaillir comme un fleuve impétueux.
    Pendant que la jeune fille grandissait en beauté, en esprit, elle prenait aux yeux de l’adolescent primitif un prestige infini. Il voyait en elle un Etre très supérieur à lui, un Etre bien au-dessus de la nature masculine. Elle était donc sur-naturelle à lui. Il l’adorait, il l’admirait, un immense désir de se rapprocher d’elle le tourmentait, il lui semblait que près d’elle sa vie s’intensifiait. (C’est un fait connu que la jeune fille de 12 à 18 ans progresse en intelligence et en beauté plus que le jeune homme ; elle dépasse le garçon retardé dans son évolution par la crise de l’adolescence)
    La jeune fille était resplendissante de grâce et de beauté, telles nos adolescentes modernes qui repassent par ce stade de la vie ancestrale. Elle entrait en possession d’une intelligence lucide, d’un esprit élevé ; la Nature la captivait, elle l’observait, son intuition féminine lui en faisait découvrir les lois, elle se perdait en contemplations célestes dans les belles nuits étoilées, elle arrivait à connaître le ciel et à comprendre le principe des forces universelles qui régissent les mondes… Alors, dans les conversations du soir, elle versait dans l’esprit du jeune homme cette première Science, en même temps qu’elle faisait naître en son Cœur les premiers bonheurs.
    Lui, l’écoutait, il l’admirait, il l’adorait. Elle était SA DÉESSE. Elle fut la première forme de la suprématie intellectuelle et morale qui apparut à l’adolescent. C’est pour cela que l’homme porte gravé au plus profond de son Cœur l’empreinte féminine, empreinte spirituelle, parce que la première femme qui a éclairé sa pensée ne représentait pas le sexe, mais l’Esprit.
    Sa pureté lui inspirait cette crainte respectueuse que résume le mot « red-ligio » et qui devint le respect divin ; sa gloire l’éblouissait, il la voyait bien haut et, soumis, il écoutait attentif son enseignement.
    Les révoltes de l’orgueil mâle n’étaient pas encore nées, pas non plus ses jalousies. Dans son esprit, encore droit, avec son imagination qui commençait à s’exalter, il rendait hommage à celle qui était sa Directrice spirituelle, sa Maîtresse suprême.
    Cet hommage fut le premier de tous les cultes, il est à l’origine de la Religion ; bien plus, il en est le fonds. La religiosité naît avec la sexualité, mais elle se manifeste différemment dans chaque sexe.
    C’est ainsi que l’homme adolescent et la belle jeune fille vivaient au sein de la grande Nature, essayant le premier bégaiement d’amour et établissant entre eux le lien sacré qui devait les unir.
    C’est aussi dans ce décor magique de la grande Nature, encore vierge, que va se dérouler le prélude du grand drame humain.
    Leurs premières tendresses, leurs premières caresses font naître un charme qu’ils veulent exprimer, leurs regards seuls ont trahi jusque-là le trouble naissant de leur cœur, mais bientôt ils vont créer un langage sentimental, qui, avant ce moment, n’eût pas eu d’objet. L’expression d’un sentiment nouveau naît du sentiment même. Ils veulent se communiquer leurs premiers désirs, ils commencent à rêver un inconnu encore irréalisé. Cependant, l’Amour est un grand maître qui leur indiquera les voies… Ils essayent des frôlements d’épiderme, des serrements de mains, des effleurements de joues, ils arrivent ainsi à trouver le baiser, y reviennent et s’attardent en cette ineffable communion des lèvres.
    Ces moments de premiers bonheurs, fugitifs dans la vie actuelle, où tout se précipite, furent longs dans la vie ancestrale. Cette découverte d’une volupté naissante dut les absorber, les dominer. Ce dut être la grande, l’unique pensée du moment. Tout le reste devait disparaître devant l’extase de l’Amour, leur seul désir devait être de s’y plonger, de s’y attarder. Ils étaient au début d’un jour nouveau et allaient marcher en aveugles dans cette dangereuse voie ouverte devant eux.
    Enfin, de tâtonnements en tâtonnements, ils allaient arriver au moment suprême de l’union… suivi de sa terrible réaction.
    LA CHUTE : RÉACTION
    La femme, comme l’homme, possède dans l’enfance des facultés sensitives et motrices équilibrées. La petite fille partage les jeux remuants, bruyants, du petit garçon. Elle a, à peu de chose près, le même degré de motricité, elle court, saute, danse, se livre à des exercices de gymnastique comme son petit frère.
    Quand la vie sexuelle commence à se manifester chez l’enfant, elle le fait entrer dans une phase nouvelle qui est l’adolescence.
    Les conditions physiologiques des deux sexes vont se modifier ; chacun d’eux étant régi par une polarité inverse, ils vont commencer à suivre des voies divergentes, et leur donner des caractères psychiques qu’ils n’avaient pas eu jusque-là.
    Si nous suivons l’évolution sexuelle de l’homme depuis l’enfance, nous voyons que c’est dans la période qui précède l’adolescence que l’esprit prend son plus grand développement ; la multitude d’idées que l’enfant acquiert, en quelques années, demande un travail cérébral qui dépasse de beaucoup l’effort que l’homme adulte pourrait faire.
    Quel est celui qui ne se souvient d’avoir traversé, dans son enfance, cette période de grande lucidité, pendant laquelle il observait la Nature, il cherchait la cause des phénomènes qui se produisaient autour de lui et essayait de résoudre les grands problèmes de la philosophie naturelle ?
    Quelle est la mère qui n’a constaté, chez son enfant, cette grande curiosité de la Nature qui se révèle par d’incessant pourquoi ?
    Suivons-le et voyons-le arriver à l’âge ingrat de la première jeunesse. Ce n’est plus la Nature qui va le préoccuper, c’est la femme. Ses facultés intellectuelles sont amoindries, mais ses sens sont développés ; il a perdu le jugement droit de l’enfant, mais il va le remplacer par l’imagination ; en même temps il acquiert une audace qui lui tient lieu de logique.
    Les suites fatales de la sexualité masculine, c’est-à-dire les conséquences de l’union des sexes, font apparaître en lui les germes des 7 faiblesses humaines dont la Théogonie fit les 7 péchés capitaux :
    – L’orgueil qui va lui insinuer des idées de supériorité vaine.
    – L’égoïsme qui lui conseillera de prendre aux autres ce qu’ils ont, leur avoir, leurs places dans la vie, leurs privilèges et les honneurs qui leur sont dus.
    – L’envie qui va lui souffler ses premières haines.
    – La colère qui le jettera dans des disputes, des violences et des crimes.
    – La luxure qui fera apparaître en lui la bête humaine.
    – L’intempérance qui altérera sa santé et troublera sa raison.
    – La paresse qui l’amollira et fera de lui un être inutile, à charge aux autres.
    Ajoutons à cela l’invasion du doute, père du mensonge, du mensonge, père de l’hypocrisie génératrice de la ruse.
    Son esprit a des éclipses, des moments de torpeur. Chacune de ses « œuvres basses » lui fait perdre une parcelle de l’étincelle de vie ; c’est une brèche par laquelle entre peu à peu la déraison, si vite envahissante. C’est alors qu’il commence à renverser l’ordre des idées, que son jugement perd sa droiture, qu’il se fausse. Des intérêts personnels, des entraînements sexuels commencent à le guider. C’est l’âge de la perversion qui apparaît. Puis sa force musculaire qui augmente lui donne de l’audace et sa sensibilité qui s’atténue le rend dur et méchant, il ne sent plus autant la souffrance des autres.
    « L’homme est un loup pour ses semblables », a dit Hobbes. C’est que la haine naît en lui dès son entrée dans la vie sexuelle. Le petit garçon commence à détester la vie dans les autres en attendant que l’homme déteste les hommes. Faire souffrir ses petits camarades, ses petites sœurs, les vexer, les narguer, les taquiner est déjà un plaisir pour lui. Cette haine de la vie se manifeste aussi envers les animaux, envers les insectes qu’il torture pour le plaisir de les torturer. On dirait qu’il veut se venger sur l’univers tout entier des conditions physiologiques et psychiques qui s’imposent à lui. Le jeune adolescent prend en haine le genre humain, qu’il considère comme un témoin de sa déchéance. Il cherche la solitude parce qu’il lui semble que, parmi les autres, il va se trouver humilié. La misogynie naît aussi en lui, à ce moment, et la première femme sur laquelle tombe sa haine de sexe, c’est souvent sa mère ; il ne veut plus l’embrasser, il la craint et la fuit.
    Notons qu’il existe deux espèces de misanthropie : À côté de celui qui s’isole par haine des hommes qu’il croit supérieurs à lui, il y a celui qui cherche la solitude pour fuir le contact du vice ou de la bêtise humaine. La misanthropie du vice n’existe réellement que chez l’adolescent ; elle se perd vite dans les sociétés où l’abaissement moral est général. Quand les hommes dégradés se trouvent nombreux, ils ne se cachent plus, le nombre leur sert d’excuse ; ils se soutiennent mutuellement, et loin de cacher leur déchéance dans la solitude ils affirment leurs vices et s’en font des vertus.
    Rappelons encore que l’élément sanguin, générateur des muscles et de la force musculaire, n’est pas donné, par l’homme, à la génération ; c’est une réserve qu’il garde pour l’édification de son propre corps, contrairement à la femme chez qui l’élément sanguin est donné à la génération (dans les menstrues et dans l’ovulation), tandis que l’élément sensitif, qui est « le principe de vie », qui n’y participe pas, contrairement à l’homme, et qui entretient les fonctions intellectuelles, constitue une réserve individuelle.
    Aussi, l’homme est poussé par le besoin qu’il ressent d’éliminer l’élément sensitif, à s’enfoncer dans une voie décroissante qui lui donne des caractères physiques qui le rapprochent de l’animal, de l’Anthropoïde (la « bête humaine »). C’est pourquoi il affirme que le singe est son ancêtre, pour justifier cette ressemblance.
    Donc, si, chez l’homme, la fonction sexuelle diminue ses facultés sensitives, elle ne diminue pas ses facultés motrices.
    La force musculaire de l’homme suit une progression ascendante, de l’enfance à l’âge viril, dans la même proportion que l’accomplissement de ses fonctions sexuelles. Précisons encore que le principe albuminoïde, alcalin, tiré du sang, qui génère et nourrit le système nerveux moteur est un principe de destruction qui use l’organisme ; Claude Bernard, médecin français au XIXème siècle, l’appelait : le « ferment moteur » (qui engendre « le principe de mort »). Si la motricité augmente, le principe de la destruction augmente avec elle ; chaque effort est suivi d’une réaction morbide. C’est parce que la force musculaire a augmenté, dans l’évolution humaine, que la vie de l’homme s’est constamment raccourcie dans le passé. Aussi, nous pouvons constater que, dans la série zoologique, ce sont les êtres dont les facultés motrices sont le plus développées qui vivent le moins longtemps. De plus, si nous prenons la vie humaine comme exemple, nous voyons, par les chiffres que la statistique nous fournit, que, encore et toujours, les femmes, dont les facultés motrices sont toujours moins intenses que celles des hommes, vivent plus longtemps que ces derniers.
    À propos du mot « viril », rappelons qu’il sert actuellement à indiquer tout ce qui est masculin, et exprime surtout une idée de force, mais de force génératrice. Or, le mot « viril » ne signifie pas seulement « force », il signifie aussi « vertu », la vertu masculine, c’est-à-dire le contraire de la force génératrice : la continence. Mais cette signification du mot s’est altérée et on a confondu « VIR » avec « VIS », (force). Le mot « vertu » du latin « virtus » dérive du mot « vir » (homme), et forme le mot « virilité » qui indique le courage MORAL de l’homme. La base de la vertu, était pour l’homme, la résistance à son instinct ; il faisait acte de courage moral s’il résistait à l’entraînement sexuel ; pour cela il lui fallait mettre en jeu la volonté. De là, courage, volonté, vertu, étaient considérés comme des actions viriles, morales, parce que c’est chez l’homme seulement que les impulsions de l’instinct ont de fatales conséquences.
    À l’époque reculée où l’homme n’avait encore pour mœurs que ses instincts, on avait remarqué combien sa nature le portait à l’opposition, à la contradiction, à la domination.
    C’est pour enrayer ses mauvais instincts que les Mères instituèrent une discipline élémentaire qui est toujours restée depuis dans la société, et qu’on désigne encore par les mots « éducation », « convenance », « savoir-vivre », « manières comme il faut ».
    La discipline maternelle a formé les hommes, c’est par elle qu’ils se sont ÉLEVÉS au-dessus de leur nature masculine, et nous soulignons le mot élevé pour faire comprendre que s’ils avaient suivi les instincts de leur nature, sans ce correctif, ils n’auraient pas grandi dans la civilisation, ils seraient tombés tout de suite dans la vie grossière des dégénérés et dans la folie qui en est la conséquence.
    C’est cette retenue des mauvais instincts qui fut d’abord la Religion. La connaissance que l’on avait des lois qui régissent la nature humaine avait fait comprendre que l’homme doit être discipliné, « apprivoisé », pourrait-on dire, afin de pouvoir vivre dans la société des femmes, des enfants et même des autres hommes.
    On institua donc une règle de vie commune, dont l’homme comprenait la nécessité, car il s’y soumettait volontairement. C’est dans cette vie calme et bien organisée qu’on élevait son esprit vers la pensée abstraite et qu’on lui donnait les moyens de vaincre les sens dont on sut bientôt que l’usage abusif mène à la folie.
    Chez la fille, une évolution contraire à celle de l’homme s’accomplit. Elle a grandi dans l’amour qui lui a fait acquérir les 7 vertus (altruisme, douceur, patience, sérénité, gaïté, modestie, sobriété) que les Écritures sacrées, notamment l’Avesta (le Livre sacré des anciens iraniens), opposaient aux 7 péchés. Mais sa force musculaire qui diminue va la rendre impropre à l’action. Son esprit s’élargit et ouvre devant Elle un brillant horizon de pensées nouvelles.
    Pendant que l’homme, poussé à l’action par sa force qui grandit, veut des exercices musculaires, des luttes ou des travaux qui mettent en activité ses facultés motrices, chez Elle c’est l’Esprit qui travaille, c’est la pensée qui s’impose et la domine.
    Un autre contraste est celui de la sérénité psychique de la jeune fille, comparée aux terreurs mentales du jeune homme. Rien, en elle, des reproches de la conscience qui obsèdent son frère. Son cerveau, loin de se troubler comme le cerveau masculin, acquiert, au contraire, une lucidité nouvelle. Seule, elle se plonge dans des rêves délicieux, en compagnie elle montre son bonheur de vivre, dans l’intimité elle bavarde avec audace, sans aucune crainte d’exprimer ses idées, avec ses compagnes elle chante, elle rit, elle prend des ébats pleins de gaîté qui manifestent sa plénitude de vie, son bonheur intime, sa parfaite sérénité.
    Cet état de l’âme a été analysé dans l’antiquité. On l’a défini comme un état de perfection de la spiritualité dans toute sa plénitude, état dans lequel on rencontre les indéfinissables délices où nous plonge la sensation d’un équilibre parfait, d’une paix complète et d’une harmonie générale dans le sein de laquelle nous sommes venus nous fondre, avec laquelle nous ne faisons qu’un. Les Hindous l’appelaient : le Nirvana. Les chrétiens l’ont appelé : la béatitude des élus.
    Cet état de conscience, qui ne peut être égalé en élévation spirituelle, vient de l’augmentation de l’intensité sensitive dans le système nerveux encéphalo-rachidien, augmentation qui se produit, chez la jeune fille, au moment où, chez le jeune homme, c’est une diminution qui commence. L’accroissement de la chevelure en est un témoignage extérieur. L’activité nerveuse du cuir chevelu reproduit extérieurement l’activité nerveuse du cerveau. Chaque cellule nouvelle de la moelle grise est, pour ainsi dire, représentée par un nouveau bulbe pileux.
    À ce sujet, rappelons que, au moment de la décadence des Mystères d’Isis, les prêtres qu’on appelait « Ision » se rasaient la tête parce qu’ils avaient appris jadis, dans l’enseignement des Prêtresses, que les passions sexuelles font tomber les cheveux de l’homme ; cet usage, se modifiant avec le temps, est devenu la tonsure. Rappelons également que c’est sur le mont « Calvaire » (mont des chauves, « Golgotha » en hébreu) que la femme avait pleuré les souffrances qui lui avaient été causées par les hommes dégénérés (les hommes chauves). C’est pour cela que ce lieu fut choisi par les Juifs, après leur retour de l’exil, pour être le lieu où l’on venait se tondre en souvenir d’Adonaï… principe du Mal. Là encore, la tonsure était destinée à masquer la calvitie. Notons enfin que, dans la légende de Samson, « l’Hercule » Israélite, il est dit que sa force résidait en une chevelure puissante, qui lui couvrait la tête. Faire de Samson, l’homme fort, un sage, est une première aberration, en même temps qu’une preuve de la mauvaise foi des historiens. Mettre la force dans les cheveux alors que c’est à l’homme chauve qu’on reprochait sa force, est une autre manière d’embrouiller les lois de la nature et de narguer ceux qui les enseignent.
    On sait que « Le Paradis Perdu », cette composition sublime de John Milton dont le pendant est la grande œuvre de Dante Alighieri, « La Divine Comédie », a pour sujet la Chute de l’homme et pour théâtre l’Eden, le Ciel et les Enfers.
    Le péché originel (le premier acte sexuel) a diminué la valeur morale de l’homme, il a donc été une cause de déchéance pour l’humanité tout entière.
    C’est ainsi que les conséquences premières de la Chute, accumulées par la répétition de cette action dans chaque individu, à travers les générations, ont pris des proportions effroyables et mené les races à la dégénérescence finale.
    Souvenons-nous que, suivant l’ancienne Loi qui régnait aussi bien chez les Celtes que chez les Israélites, le mot « AGAPE » désignait les réunions données le 7ème jour. Ce 7ème jour était un temps de repos ; c’était un jour CONSACRÉ, c’est-à-dire donné aux unions.
    Cette consécration du 7ème jour laissé aux divertissements, aux agapes et au sacrifice eucharistique, a joué un grand rôle dans le premier culte, puisqu’elle a été imitée et parodiée par toutes les religions.
    A propos des festins du vendredi et des noces qui étaient les agapes des Mystères, dans son ouvrage, « La République des Champs Elysées », Charles Joseph de Grave montre comment cette fête religieuse entra dans les mœurs : « Après avoir consacré les six premiers jours à des travaux et des devoirs, les législateurs ont proclamé le septième jour « libre ». « Vrydag », nom du vendredi, signifie « libre jour » (en allemand « Freytag », en anglais « Friday »). Le 7e jour était destiné à la célébration des noces. Sous ce rapport, l’amour présidait aussi à ce jour. C’est de là que le mot Vry a donné naissance au verbe Vryen (en Néerlandais) qui, dans l’usage du peuple moderne, signifie « faire l’amour ». Et on donne aussi le nom de « frayer », Vryen, à « l’amour des poissons ».
    Le vendredi s’exprime en latin par le mot « dies Veneris », « jour de Vénus », « jour de la Femme » car « Vénus » à la signification de Femme. Alors, sans doute, Femme Divine. Notons à propos de « dies Veneris », devenu « vendre-di », que « Port-Vendres », cette ville située au pied des Pyrénées orientales, s’appelait autrefois « Portus Veneris » : le port de Vénus.
    On a jeté tant de défaveur sur le vendredi, qu’il en est résulté un préjugé singulier contre ce jour, préjugé qui se soutient encore par l’effet d’une tradition sourde, quoiqu’on en ait perdu la raison. Dans l’opinion vulgaire, le vendredi est devenu un jour funeste et de mauvais augure. Et le vendredi, « jour de Vénus », a été remplacé par le dimanche, « jour du Seigneur ». Toujours la substitution des sexes accompagnée du renversement des idées. L’ancienne Loi donnait un jour sur sept à l’union ; la loi masculine fera du dimanche un jour d’abstinence et donnera à la licence masculine six jours sur sept.
    Relevons, enfin, que les Templiers, dont l’arrestation eut lieu un vendredi (le 13 octobre 1307), avaient une Divinité féminine représentant l’ancienne Déesse porte lumière, la « Vénus-Lucifer », que leurs ennemis ont ensuite ridiculisé et appelé le « Baphomet », caricature qui la représentait sous la forme d’une femme à tête de bouc.
    Dans la Loi morale, formulée par Myriam, surnommée « Ha-Thorah » (« La Loi »), le 3ème Commandement disait texto : « Rappelle-toi le jour du repos pour le sanctifier. Six jours tu travailleras et tu feras toute ton œuvre, le jour septième est le repos pour Hevah, ta Déesse. Non tu feras toute, aucune œuvre, toi et ton fils et ta fille, ton esclave et ta servante et ta bête et ton étranger, qui est dans tes portes, car en six jours (Jours solaires) a fait Ælohim les cieux et la terre et la mer et tout ce qui est en eux et il s’est arrêté au jour le septième (la 7ème manifestation phénoménique qui fut la génération). Ce pourquoi Hevah a béni le jour du repos et l’a sanctifié (en en faisant le jour consacré à la Femme pour la génération ; c’est l’origine du sabbat). »
    Le sabbat, qui était le samedi saint, était le jour sacré, attendu, où le désir de l’homme, contenu pendant les six jours de la semaine, allait enfin trouver une satisfaction légitime, approuvée, sanctifiée, attendue par la femme elle-même, heureuse de se donner à qui a su la mériter par une chaste attente. C’est la Loi morale réalisée, l’accord entre la Loi de nature qui veut et la Loi morale qui retient.
    Les relations sexuelles n’ayant plus été réglementées par LA RELIGION, la licence masculine, dès lors, entraîna un accroissement anarchique de la population mondiale. Ainsi, en cette fin de Cycle, l’explosion démographique planétaire inédite du XXème siècle a vu la population mondiale multipliée par 2,4, et passée de 2.5 milliards d’habitants en 1950, à 6 milliards en 1999 ; elle est de plus de 8 milliards en 2023.
    Robert McNamara, ancien secrétaire d’État à la Défense des États-Unis d’Amérique (celui qui ordonna le bombardement massif du Vietnam) et ancien président de la Banque Mondiale (qui imposa aux pays dits « en voie de développement » l’utilisation de moyens contraceptifs comme condition sine qua non pour obtenir des aides financières), membre également du « Council on Foreign Relations » (CFR), de la Commission « Trilatérale », du « groupe Bilderberg » et du « Lucis Trust », puissante association reconnue par l’ONU, et dont dépendent les mouvements pseudo spiritualistes du « New Age », déclarera : « On doit prendre des mesures draconiennes de réduction démographique contre la volonté des populations… Pour réduire la population terrestre il faut augmenter le nombre de décès et diminuer le nombre de naissances… Cela aura lieu, soit par le biais de mesures humaines soit par un coup d’arrêt malthusien ».
    Ainsi se développera, s’intensifiera et se banalisera l’usage des contraceptifs, des avortements, de la stérilisation et peut-être, bientôt, de l’euthanasie. Et pourquoi ne pas, dans le même temps, augmenter la souffrance des gens et les pousser au désespoir et au suicide, encourager la sodomie, défendre la pédophilie, provoquer des famines, des épidémies, voire même des pandémies fictives qui justifieraient un empoisonnement médical « scientifiquement correct », ou bien encore, comme tous les grands « bouchers » de l’histoire, déclencher des guerres ici où là, des conflits mondiaux… nucléaires… apocalyptiques ?
    Aussi, pour ce genre d’individu, la société c’est le malheur, c’est la misère, le néant, la mort ; ils la veulent ainsi.
    Nous, nous la voulons autrement. Nous voulons la vie et tout l’épanouissement de l’être.
    On le voit, le mystère de la Chute a une importance capitale, c’est le nœud de notre condition qui prend ses replis et ses retours dans cet abîme.
    Une preuve de plus de notre dégénérescence morale est celle-ci : L’ordre est partout, l’homme seul fait exception. L’Univers entier est ordre, l’homme seul est désordre.
    Et un vieux dicton allemand dit : « La nature est parfaite partout où l’homme n’y apporte pas son tourment. »
    Un choc perpétuel existe entre sa raison et son cœur, entre son entendement et son désir. Quand il atteint au plus haut degré des civilisations, il est au dernier degré moral ; il s’appauvrit en idées, en même temps qu’il s’enrichit en sentiments. Son péché s’étend comme un voile entre lui et l’Univers (et c’est ce qui cause la désunion de l’homme et de la femme). L’unité du monde a été vaincue et l’humanité doit en porter la peine.
    L’homme est tombé dans la conception misérable du fini, alors qu’il était né pour l’infini.
    C’est le problème fondamental, le problème humain et divin. C’est le dogme intérieur de l’humanité.
    Une crise terrible fermente en ce moment, parce que le dogme de la Chute masque les plus grands problèmes philosophiques.

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