Civilisation ou ténèbres absolues. Au-delà du libéralisme et du marxisme
Source : voxnr.fr – 19 juin 2026 – Alexandre Douguine
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Nous ne sommes pas simplement en guerre contre l’Occident. Nous sommes en guerre contre l’Occident moderne (et postmoderne) — contre cet Occident qui, dès le XIe siècle, s’est écarté de notre chemin chrétien commun et n’a cessé de s’en éloigner davantage, s’efforçant d’atteindre la fin de la nuit, s’enfonçant de plus en plus profondément dans le crépuscule extérieur.
Les conditions métaphysiques d’une trêve sont les suivantes :
- Soit l’Occident, tout en restant moderne (et postmoderne) — exactement tel qu’il souhaite être et tel qu’il est actuellement — nous laisse en paix (mais cela est exclu, impossible, et n’est sérieusement envisagé par personne là-bas — Satan ne s’arrête pas) ;
- Soit l’Occident change radicalement de cap et, suivant la voie de l’Éternel Retour, revient résolument vers ses propres racines (chrétiennes, gréco-romaines). Ces racines nous sont communes à tous les deux (c’est simplement que l’Occident s’en est très, très éloigné, alors que nous ne l’avons pas fait). Cela est hautement improbable, mais pas théoriquement impossible (après tout, Nietzsche, Husserl, Spengler, Heidegger, Guénon et Evola représentent eux aussi l’Occident — uniquement le bon Occident, celui qui est sain d’esprit, non possédé par le progrès, le libéralisme et les perversions).
Un point important concernant l’approche civilisationnelle. Nous avons désormais franchi le cap : l’approche civilisationnelle est enfin prise au sérieux, sans les railleries et les moqueries d’autrefois. Mais il y a ici une nuance subtile. Tout le monde a été contraint de l’accepter — mais uniquement en tant qu’approche. Autrement dit, il est désormais permis d’affirmer que les civilisations existent au pluriel, qu’elles sont différentes, uniques, et que chacune agit à sa guise dans le cadre de sa propre production (tant de choses que de sens). Il s’agit désormais d’une approche officiellement autorisée.
Mais réfléchissons-y : à quoi ressemblerait n’importe quelle autre approche ?
Et c’est là que l’on découvre le plus intéressant : une approche non civilisationnelle consiste à croire en l’universalité et au caractère obligatoire de la voie de développement occidentale — en d’autres termes, à prêter serment d’allégeance à une vision du monde centrée sur l’Occident. En Occident aujourd’hui, le libéralisme (le capitalisme bourgeois sous sa forme postmoderne — d’où l’idéologie LGBT, l’immigration de masse, etc., toutes interdites en Russie) règne en maître, avec une domination assurée, voire totalitaire. Par conséquent, une approche non civilisationnelle signifie aujourd’hui l’adhésion à l’hégémonie occidentale et, dans les conditions actuelles, au libéralisme. Puisque nous sommes en guerre contre l’Occident dans le cadre de l’opération militaire spéciale, une approche non civilisationnelle n’est rien d’autre qu’une cinquième colonne de l’ennemi dans la guerre cognitive pour la conscience publique des Russes.
Bien sûr, le marxisme classique reste une autre option non civilisationnelle (avec sa théorie de la succession universelle des formations socio-économiques — exactement comme en Occident). Mais il ne fait pour l’essentiel que constituer un obstacle et faire le jeu des libéraux. Marx lui-même était, après tout, aligné sur la bourgeoisie aux étapes où celle-ci renversait le christianisme, les ordres sociaux et les valeurs traditionnelles. Il croyait qu’ensuite, le prolétariat (« nous ») renverserait la bourgeoisie (« eux »). Nous savons comment cela s’est terminé. Pendant un certain temps, cela a même semblé fonctionner (grâce à la grandeur du peuple russe et au pouvoir essentiellement impérial et centralisé de Staline). Mais ensuite, l’accumulation primitive du capital a refait surface : les années 1990, le capitalisme sauvage, les vestes framboise,1 les voleurs, les tueurs à gages et les agents de la CIA au sein du gouvernement russe.
Ainsi, la relativisation de l’approche civilisationnelle est :
- Soit une tentative de justifier le libéralisme mondialiste totalitaire (c’est le cas le plus courant) — en d’autres termes, une opération à grande échelle menée par les services de renseignement occidentaux dans le cadre de la guerre cognitive. Au cours des trente dernières années, nos chercheurs en sciences humaines ont franchi toutes les étapes d’un recrutement systématique : subventions, conférences, offres qu’ils ne pouvaient refuser, publication dans des index de citation occidentaux, réformes de l’éducation, etc. ;
- Ou bien un marxisme par inertie — la douleur fantôme d’une idéologie chimérique à demi effacée.
Dans le premier cas, cela frôle l’espionnage pur et simple. On le constate dans les cas d’agents étrangers comme Sineokaya et Shulman.2 Tout est clair ici. Un libéral est un ennemi du peuple, pratiquement un terroriste tout fait.
Dans le second cas, il s’agit des hallucinations de l’ancienne génération, envers lesquelles nous devons faire preuve de tolérance, mais qu’il ne faut pas prendre au sérieux. Et s’il s’agit de nouveaux marxistes, alors il s’agit très probablement encore d’espionnage — ce qui signifie qu’il faut rechercher un responsable étranger (homme ou femme).
Par conséquent, l’approche civilisationnelle n’est pas simplement une approche parmi d’autres. C’est le seul paradigme possible si la Russie est un État-civilisation, et Poutine ainsi que les autorités affirment que c’est exactement ce qu’elle est. Par conséquent, le pluralisme ne doit pas être recherché en dehors du paradigme civilisationnel, mais au sein même de celui-ci. Il y a largement de la place tant pour la droite que pour la gauche, mais uniquement si ce sont des partisans de droite civilisationnels (russes, eurasiens) et des partisans de gauche civilisationnels (russes, eurasiens). En fait, pour tout le monde — mais à l’intérieur du paradigme. En dehors de celui-ci se trouve l’obscurité totale. Le crépuscule extérieur. Il ne faut pas s’y aventurer. Le mal y rôde.
Alexandre Douguine.
(Traduit du russe)
1 Note du traducteur (NT) : Les « vestes framboises » (малиновые пиджаки) sont une référence symbolique aux blazers voyants, d’un rouge vif, portés par les « nouveaux Russes » (nouveaux riches) — souvent des criminels ou des hommes d’affaires louches —, emblème stéréotypé de la vulgarité et du capitalisme criminel effréné des années 1990.
2 NT : Yulia Sineokaya et Ekaterina Shulman sont des intellectuelles libérales russes bien connues que l’État russe a désignées comme « agents étrangers ». Elles incarnent la « cinquième colonne » : des libérales qui ont été systématiquement recrutées par l’Occident par le biais de subventions, de conférences et de réseaux universitaires, et qui œuvrent activement à saper la souveraineté civilisationnelle de la Russie de l’intérieur. Toutes deux sont aujourd’hui en exil et sont considérées, dans les milieux patriotiques, comme des représentantes typiques de l’opposition idéologique pro-occidentale.


Un « Plan » à Long Terme : Coïncidence, Fake news, Conspiracy ?
Après le siècle des « lumières » et des révolutions « spontanées », la Subversion allait avoir la « chance » inouïe de trouver un « allié » puissant qui allait, jusqu’à aujourd’hui, user du droit d’intervention dans les affaires intérieures des autres pays : au nom d’un nouveau principe de solidarité internationale, celui des états nationalistes et démocratiques s’entraidant à secouer le joug des prétendues tyrannies traditionnelles. Jadis les hommes se sacrifiaient pour ce qu’ils aimaient. Aujourd’hui, rendus « libres » à la faveur de la démocratie, ils sont désormais contraints de se faire tuer au besoin pour le diable en personne ou pour l’intérêt du Capitalisme, ce qui revient au même.
La démocratie est le vêtement dont se pare le pouvoir sous le prétexte qu’existe une représentation populaire, mais cette représentation est, dans les faits, c’est-à-dire concrètement, non pas populaire mais contrôlée par des partis politiques sous influence des « puissances d’argent ».
Le Marxisme paraît défendre les travailleurs parce qu’il semble vouloir tout remettre au pouvoir de l’État afin d’assurer une meilleure répartition des biens et des fortunes, alors qu’en réalité son but est, en conquérant les masses ouvrières par la ruse, de tout accumuler entre les mains (encore et toujours) des « puissances d’argent », dissimulées et camouflées derrière des partis politiques qu’elles contrôlent, qu’ils soient socialistes ou communistes. La doctrine du Marxisme rejette le principe aristocratique observé par la nature, et le remplace par la domination du nombre.
« Le communisme soviétique a été l’œuvre de très hautes sociétés secrètes. Est-ce à dire que ce régime politique constitue leur objectif dernier, l’état définitif dans lequel elles abandonneraient le monde, comme si elles bornaient là leur ambition ? Certainement pas. Malgré la menace de le voir se retourner contre elles, elles ne voient en lui qu’un instrument de désorganisation du vieux monde, et de l’Occident en particulier, pour organiser sur ses ruines leur gouvernement mondial. » (P. Virion)
Les pays se sont ruinés sans s’en apercevoir. Comme personne n’apporte de solution miracle (c’est impossible au niveau actuel du Plan), les hommes qui sont au pouvoir visible tentent de créer l’illusion que tout va bien. C’est la raison pour laquelle tout a été fait pour corrompre la classe politicienne. Et les peuples continuent de flatter, pour le temps qui leur reste, ceux qui donnent l’impression d’écarter d’eux toutes les calamités. Inutile de vous dire que cette espérance est et sera trompée. Tous les accords de paix dont vous avez entendu parler depuis la « guerre du Golfe », tous les évènements de Russie faisant croire à une nouvelle ère où le Communisme serait renvoyé au cimetière sont des « composantes » du Plan. Pensez-vous réellement que cette « Organisation » qui a financé Lénine, qui a donné la moitié du monde à Staline avec la complicité des dirigeants de l’époque accepterait de tout arrêter alors qu’elle est si proche du but ? Croyez-vous sérieusement que tous les montages secrets qui ont permis au Socialisme d’être planétaire vont s’arrêter là ?
Comprenez que le Communisme ne sera réellement mort que le jour où son « père nourricier », à savoir le Capitalisme ultra libéral de la Haute Finance, ne sera, lui-même, plus de ce monde !
Les méthodes de production capitaliste tendent à la concentration dans des mains de moins en moins nombreuses des moyens de production qui sont devenus le monopole de la classe capitaliste.
L’aboutissement final de cette évolution sera la réunion entre les mains d’une seule personne ou d’une seule société par actions, qui en disposera arbitrairement, de tous les moyens de production d’une nation et même de la terre entière. Alors toute l’activité économique se trouvera concentrée dans une unique entreprise monstrueuse, où tout obéira à un maître unique, où tout lui appartiendra. La propriété privée des moyens de production aboutit dans la société capitaliste à dépouiller de toute propriété la totalité des individus à l’exception d’un seul. Et c’est ainsi qu’elle conduit à sa propre suppression, les hommes ne possédant plus rien et étant tous réduits à l’état d’esclaves. Telle est la situation vers laquelle nous nous acheminons.
On comprend que la « main cachée » qui dirige le monde ait permis la destruction du « rideau de fer » : il n’était vraiment plus nécessaire d’interposer un écran entre la révolution capitaliste et la révolution communiste. Tout est désormais en place pour la grande synthèse du socialisme et du capitalisme qui permettra d’installer, sur les ruines des nations, le gouvernement mondial prévu de longue date.
Il y avait, chez ceux qui entreprenaient de réaliser ce « Plan », un extraordinaire esprit de patience. Car la réussite de celui-ci ne saurait être accompli que grâce à de bien longues périodes d’années.
Petit à petit, les aigles pygargue et bicéphale font le nid de l’Oligarchie…
NB : Supprimer la mémoire collective dissout la nation, laquelle fait alors place au troupeau. Peut-être est-ce cela que cherchent les meneurs occultes du jeu, aux fins d’assurer plus facilement leur domination sur les ilotes modernes dont ils rêvent ?
« Naomie Klein, dans son livre “La Stratégie du choc”, explique qu’un état de choc ne survient pas seulement après un drame, mais également quand on perd nos repères, notre mémoire collective, ce qui nous a charpentés et qui nous permet de rester vigilants. Or, depuis des années en Europe occidentale, on est prié d’oublier l’État-nation en même temps que notre héritage commun que sont l’hellénisme, la romanité et le christianisme, sous peine d’être suspectés de fascisme ou de racisme par une pseudo-intelligentsia qui roule pour nos prédateurs, les seuls qui ont un intérêt dans le mondialisme.
« Coupés de Dieu, de la nature, de la famille et du savoir, que nous reste-il comme certitude pour tenir debout ? Les travaux de l’armée américaine sur la privation sensorielle prouve que cela produit une monotonie extrême qui entraîne la perte de toute capacité critique. Donald Hebb, qui a dirigé ces recherches, dira plus tard : “Je n’avais aucune idée de l’arme vicieuse que ça allait devenir.” Le Dr Cameron a poursuivi ces travaux en cherchant à déstructurer l’esprit de ses patients, effaçant tout leur passé, de façon à pouvoir le reconstruire à partir de zéro et y implanter de nouvelles idées. Évidemment, il n’a pas fallu longtemps à la CIA pour s’emparer des résultats et les mettre en pratique !
« Et il n’est pas besoin d’être Einstein pour se rendre compte que c’est exactement le régime qui nous est appliqué de plus en plus ouvertement. » (Claire Séverac, La Guerre secrète contre les peuples)
« Comprenez-le d’avance. Nous allons vous écraser jusqu’au point où il n’y a pas de retour. Vous ne guérirez jamais de ce qui vous arrivera, dussiez-vous vivre un millier d’années. Jamais plus vous ne serez capable de sentiments humains ordinaires. Tout sera mort en vous. Vous ne serez plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité. Vous serez creux. Nous allons vous presser jusqu’à ce que vous soyez vide puis nous vous emplirons de nous-mêmes. » (George Orwell, 1984)
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/introduction-livres-de-femmes.html
Le totalitaire qui s’ignore, aveuglé par un nationalisme étroit t absolutiste, n’est pas seulement le plus drôle… il peut être aussi le plus dangereux.