Quand la France abandonnera-t-elle l’atlantisme?

Source : geopolitika.ru – 22 aout 2025 – Raphael Machado

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Il est peu probable que la France puisse imprimer un renouveau stratégique à l’Union européenne, compte tenu de la récente capitulation de Bruxelles face au chantage tarifaire de Trump.

Un nouveau rapport politique français est passé inaperçu de la plupart des analystes géopolitiques, mais il représente un document stratégique fondamental qui pourrait déterminer des changements significatifs dans l’orientation internationale de l’Élysée.

Il s’agit du rapport n°1588 de la Commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale française, consacré aux relations entre l’Union européenne et la Chine. Ce document, élaboré avec la contribution de représentants de tous les partis de l’Assemblée, vise à analyser les relations UE-Chine à la lumière du contexte géopolitique actuel et à suggérer des changements dans leur évolution.

La France, l’un des principaux pays de l’UE, aura tout naturellement une influence plus importante sur la politique étrangère du bloc si l’Élysée adopte les recommandations de la commission de l’Assemblée nationale.

Le point de départ du rapport est le constat que les relations entre l’UE et la Chine n’ont jamais été aussi tendues. Si l’UE a initialement salué l’ouverture économique de la Chine dans les années 1970 et cherché à développer ses relations commerciales bilatérales, aujourd’hui, malgré des échanges importants, la diplomatie est ternie par des déclarations hostiles prononcées par des responsables euro-bruxellois à l’égard de Pékin, comme celle qualifiant la Chine de « rival systémique » en 2019.

Le rapport attribue cette position à l’adhésion aveugle de l’Europe à une politique atlantiste dans le Pacifique, dirigée par Washington et servant principalement ses intérêts. Cette politique a été marquée par le « pivot stratégique » vers l’Asie sous le mandat de Barack Obama, approfondi sous le premier mandat de Donald Trump, l’administration de Joe Biden et le second mandat de Trump, qui a lancé une guerre commerciale avec la Chine par le biais de droits de douane élevés. Par exemple, lors d’un sommet tenu en 2021 au Royaume-Uni, l’UE et les nations du G7 ont publié un communiqué ouvertement sinophobe. Alors que les États-Unis, sous le Parti démocrate, entretenaient des relations plus fluides avec l’UE, Biden a orienté Bruxelles de façon à ce que l’UE traite Pékin comme étant un « défi systémique ».

En outre, le rapport souligne la tendance de Bruxelles à adopter un ton moralisateur à l’égard de la Chine sous prétexte de défendre les soi-disant « droits de l’homme ». Il existe également de profondes divisions autour de l’Ukraine et de Taïwan.

Cependant, d’une manière que l’UE n’avait jamais prévue, la Chine a connu une croissance rapide, devenant un acteur mondial incontournable. Bien que 21% des importations européennes proviennent de Chine, le pays n’est plus seulement « l’usine du monde »: il est désormais le plus grand centre de R&D en science et technologie de la planète et le principal moteur du développement mondial des infrastructures grâce à l’initiative « Belt and Road », qui inclut même certains pays de l’UE.

Pour l’UE elle-même, le retour de Trump à la Maison Blanche a été un retour forcé à la réalité.

Le rapport souligne : « Les politiques de l’administration Trump ont marqué une rupture forte avec les fondements du multilatéralisme commercial et diplomatique ». Il souligne comment les États-Unis ont imposé des droits de douane élevés à la Chine et à l’UE, contournant les règles de l’OMC, voire menaçant de quitter ce cadre. Mais ce qui choque vraiment les auteurs, c’est le silence de Bruxelles lorsque Trump a menacé d’annexer le Groenland (territoire danois), sans émettre aucune critique quant à ce projet annexionniste et sans exprimer de la solidarité avec Copenhague. Cela soulève des doutes quant à la possibilité de continuer à considérer les États-Unis comme un « allié » et la Chine comme un « rival ».

À la lumière de toutes ces considérations et d’autres encore, la Commission propose 50 recommandations pour orienter la politique étrangère française et, plus précisément, pour que la France exerce une pression sur la politique étrangère européenne.

Parmi ces dizaines de recommandations, certaines se distinguent par un revirement à 180 degrés par rapport à la politique européenne actuelle envers la Chine.

Sur le plan géopolitique direct, par exemple, la recommandation n°11 propose de remplacer l’actuelle stratégie atlantiste appliquée dans la région indo-pacifique par une coopération avec la Chine; la recommandation n°13 propose de remplacer les institutions financières mondiales actuelles par une structure dans laquelle tous les pays seraient représentés de manière égale; la recommandation n°14, quant à elle, préconise la dédollarisation de l’économie mondiale par la création d’un étalon monétaire commun à l’échelle planétaire, afin de faciliter les échanges et le financement des économies nationales.

L’accent est également mis sur la création d’entreprises mixtes franco-chinoises et d’associations de coopération, en particulier dans les secteurs de haute technologie, comme le montrent les recommandations 6, 34 et 37, ainsi que sur la proposition de promouvoir la langue chinoise dans les écoles françaises et les associations universitaires, comme le montrent les recommandations 46, 48, 49 et 50. Le document est empreint de réalisme et surprend donc à la lumière des décisions contre-productives prises en permanence par Bruxelles dans ses relations extérieures.

Toutefois, compte tenu du leadership eurocratique actuel, incarné par Ursula von der Leyen, il est peu probable que la France puisse imprimer un renouveau stratégique à l’Union européenne, compte tenu de la récente capitulation de Bruxelles face au chantage tarifaire de Trump.

(*) éditeur, analyste géopolitique et politique, écrivain spécialisé dans les questions latino-américaines.

2 pensées sur “Quand la France abandonnera-t-elle l’atlantisme?

  • 29 août 2025 à 15 h 48 min
    Permalink

    « Quand la France abandonnera-t-elle l’atlantisme ? »
    Réponse : Quand son Peuple remplacera la Démocratie par une Aristocratie de l’Esprit.
    Explication : Toute élévation du type humain demande un régime aristocratique. La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre, elle empêche les meilleurs de s’élever, elle abat les têtes qui dépassent le niveau des médiocres, empêchant ainsi l’éclosion des types supérieurs, elle supprime le respect et rend les petits insolents. C’est pourquoi la démocratie est intimement liée à la conception « égalitaire » si chère au monde actuel, c’est-à-dire à la négation de toute hiérarchie : le fond même de l’idée démocratique c’est qu’un individu quelconque en vaut un autre, parce qu’ils sont égaux numériquement, et bien qu’ils ne puissent jamais l’être que numériquement. Ce n’est donc pas pour rien que « démocratie » s’oppose à « aristocratie », ce dernier mot désignant précisément, du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite. Aussi, une élite véritable, qui ne peut être qu’intellectuelle, n’a rien de commun avec la « force numérique » sur laquelle repose la démocratie ; c’est pourquoi la démocratie ne peut s’instaurer que là où la pure intellectualité n’existe plus, ce qui est effectivement le cas du monde actuel.
    De plus, René Guénon dit, et explique (dans « La crise du monde moderne »), que la « démocratie », que l’on définit comme le gouvernement du peuple par lui-même, est là une véritable impossibilité, une chose qui ne peut pas même avoir une simple existence de fait, pas plus à notre époque qu’à n’importe quelle autre, mais que la grande habileté des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu’il se gouverne lui-même ; et le peuple se laisse persuader d’autant plus volontiers qu’il en est flatté et que d’ailleurs il est incapable de réfléchir assez pour voir ce qu’il y a là d’impossible. C’est pour créer cette illusion, dit-il, qu’on a inventé le « suffrage universel ».
    On comprend, alors, pourquoi le pouvoir politique se fonde volontiers sur l’ignorance du peuple et s’accroît d’autant que les esprits sont faibles, les gens incultes.
    Le « suffrage universel », rappelons-le, c’est l’opinion de la majorité qui est supposée faire la loi ; mais ce dont on ne s’aperçoit pas, c’est que l’opinion, issue de cette « masse » éminemment « plastique », est quelque chose que l’on peut très facilement diriger et modifier ; on peut toujours, grâce au « programme » scolaire ou universitaire « imprimé » dans les esprits, à l’aide d’une propagande et autres suggestions appropriées (démagogie, sondages), mais aussi et surtout par la PEUR, ce véritable « fonds de commerce » des « puissances d’argent » (crises économiques, chômage, violences, virus, guerres, terrorismes, attentats, pandémies, etc.), y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens déterminé. C’est ce qu’on appelle la « fabrication du consentement ». Et les médias de masses, pour la plupart subventionnés (stipendiés serait plus juste), tels que la presse écrite, la TV, radio, cinéma, jeux vidéo, publicité, affichage urbain, sites web, « Wiki », etc., aident grandement à la manœuvre en diffusant des mensonges et des hypocrisies à des doses tellement fortes et tellement fréquentes, que la majorité de la population n’est finalement plus à même de réagir, si ce n’est dans la direction voulue par ceux qui gèrent ses choix.
    NB : Ce ne sont pas les transformations extérieures qui produiront les véritables améliorations. C’est la mentalité humaine qu’on doit changer, c’est là qu’il faut faire la révolution.
    Aujourd’hui, la lutte est décisive : ou l’effondrement des nations dans la dégénérescence des masses, ou la brillante renaissance depuis si longtemps annoncée !
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/plusunenfantconnaitsamereplusillaime.html

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  • 29 août 2025 à 14 h 53 min
    Permalink

    Quand les Français décideront d’être souverains dans leur propre pays…et en eux -mêmes.

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