Le Yi Jing et la sagesse de la réforme économique : l’expérience chinoise

Par le professeur Hei Sing Tso, président, Guiguzi Stratagem Learning, Hong Kong.

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Dans la Chine ancienne, outre le confucianisme et le taoïsme, il existait une école de
pensée connue sous le nom de légalisme, qui prônait des réformes politiques et
économiques visant à renforcer la puissance nationale. Au cours de la longue
histoire, quelques hommes d’État ont mis en œuvre des mesures légalistes pour
mener à bien des réformes, mais la plupart d’entre eux ont finalement échoué. Le I
Ching, ou Livre des changements, est un texte classique de la Chine ancienne. Il se
compose de 64 hexagrammes. Deux hexagrammes sont liés aux réformes politiques
et économiques. Le premier est l’hexagramme 49 Ko (Révolution). Cependant, pour
les réformes, nous ne pouvons pas nous contenter d’appliquer cet hexagramme à
titre de référence, car Ko ne traite que de l’abolition. Si nous voulons réformer, de
nouvelles institutions doivent être mises en place. C’est pourquoi l’hexagramme 49
Ko est suivi de l’hexagramme 50 Ting (Le Chaudron). Si une nation veut réussir ses
réformes, elle doit s’inspirer de l’hexagramme Ting.
Le commentaire figurant dans les textes du I Ching pour l’hexagramme Ting est le
suivant :
Le chaudron est l’image d’un objet. Lorsque l’on fait pénétrer le bois dans le feu, la
nourriture cuit. Le saint homme cuisine afin d’offrir un sacrifice à Dieu et au
Seigneur, et il prépare des festins afin de nourrir les saints et les dignes.
Grâce à la douceur, l’oreille et l’œil deviennent aiguisés et clairs. La souplesse
progresse et s’élève. Elle atteint le milieu et trouve sa correspondance dans la
fermeté ; d’où le succès suprême.
Le « Ting » est un objet de cuisine chinois similaire à un bol. L’essence de cet
hexagramme est la nourriture. Après la destruction des anciennes institutions, nous
devons en construire de nouvelles pour nous nourrir, sinon la réforme ne pourra pas
durer. Comment se nourrir pour une réforme efficace ? Voici plusieurs points clés.

  1. Dieu, saint et digne
    La réforme doit être assimilée dans une théologie ou une idéologie officielle. Avant
    de réformer l’économie chinoise, Deng Xiaoping avait élaboré une théorie selon
    laquelle la Chine se trouvait encore à un stade préliminaire sur la voie du
    communisme final. Cette théorie s’inscrit dans la continuité de la vision socialiste. Le
    fondement de l’idéologie n’a pas changé. De plus, nous avons besoin de « saints et
    dignes », c’est-à-dire d’un groupe d’élites issues de toute la société qui soutiendront
    la réforme. La politique doit donc motiver leur soutien par tous les moyens, y

compris l’idéologie et les intérêts matériels. Dans l’histoire chinoise, certains
réformateurs ont échoué faute de soutien de la part des élites. Cela peut nécessiter
des compétences politiques telles que le lobbying et la négociation.

  1. Douceur, avec de bons yeux et de bonnes oreilles
    Les yeux et les oreilles signifient l’observation, l’étude et l’évaluation de l’opinion
    publique. Pour être doux, les mesures et les politiques doivent suivre régulièrement
    l’opinion. Le nouveau mécanisme doit prévoir une marge de manœuvre et une
    certaine discrétion pour permettre des ajustements. Il est recommandé de mettre
    en place des périodes d’essai et des points de test. La Chine a d’abord créé des zones
    économiques spéciales à des fins d’expérimentation. Comme ces zones sont petites,
    toute conséquence négative peut être maîtrisée. Si certaines mesures prises dans
    ces zones s’avèrent efficaces, elles peuvent être étendues à d’autres villes et régions.
    De plus, au début de la réforme, de nombreuses lois et réglementations n’étaient
    que temporaires et faisaient l’objet d’un examen régulier afin d’être améliorées.
  2. Céder du terrain et progresser
    La réforme doit se dérouler de manière fluide et progressive. La patience est
    essentielle. La thérapie de choc n’est pas recommandée. Elle pourrait ne pas être
    acceptée par certains économistes libéraux traditionnels qui préfèrent des méthodes
    chirurgicales pour soigner l’économie. La réforme se déroule en deux étapes. La
    première est l’abolition (hexagramme Ko), la suivante consiste à planter du nouveau
    (hexagramme Clarton). Beaucoup de gens pensent à tort que ces deux étapes
    doivent être rapides et radicales. Ce n’est pas le cas selon la sagesse de
    l’hexagramme Clarton. Les responsables doivent faire preuve de prudence et de
    circonspection lorsqu’ils mettent en place de nouvelles institutions et de nouveaux
    mécanismes après l’abolition. En effet, les gens ont besoin d’un certain temps pour
    se reposer et se remettre après l’abolition violente de l’ancien ordre.
  3. Atteindre le milieu et trouver la correspondance
    Je ne vais pas expliquer ces mots en détail, car cela impliquerait des théories
    complexes pour interpréter le I Ching. La réforme nécessite une équipe de personnes
    compétentes, sinon elle ne peut pas relever les défis actuels. De plus, ces
    professionnels doivent faire preuve d’intégrité et ne pas se laisser facilement
    distraire par d’autres intérêts et idées. Deng Xiaoping disposait d’une équipe de
    conseillers et de fonctionnaires composée à la fois de conservateurs et de libéraux
    pour le soutenir et l’assister. Cette combinaison est bonne, car elle permet de
    réfléchir ensemble à une transition en douceur vers de nouvelles institutions.
    La réforme peut se dérouler à différentes échelles, allant de politiques spécifiques
    aux institutions principales. J’espère que cette sagesse ancienne, associée à
    l’expérience pratique, pourra servir de référence stratégique aux décideurs de
    différents pays.

Une pensée sur “Le Yi Jing et la sagesse de la réforme économique : l’expérience chinoise

  • 5 février 2026 à 10 h 31 min
    Permalink

    LE YI KING (2ème Livre sacrédes Chinois)
    Ce livre, très curieux, ne contient que des lignes. On les appelle les Trigrammes du Yi King.
    Ces lignes sont une représentation symbolique des deux principes de la philosophie chinoise : l’un masculin et ténébreux, le Yin, l’autre féminin et lumineux, le Yang.
    Souvent le Yin est placé sur une bande obscure, le Yang sur une bande claire. Ces deux principes, base de tout ce qui est social, se retrouvent partout chez les Chinois. Le principe masculin est divisé, ce sont les deux vies de l’homme (spirituelle et sexuelle) ; le principe féminin est indivis (1).
    __ (Yang)
    ‒ ‒ (Yn)
    Puis ces deux principes se divisent et vont former quatre images. La division féminine se fait par en haut, la division masculine par en bas.
    Ces lignes se combinent par 3 et forment 8 trigrammes. Par association, ces 8 trigrammes donnent naissance aux 64 hexagrammes qui constituent le Yi-King.
    Plusieurs savants se sont occupés de donner une signification à ces lignes, auxquelles les lettrés témoignent un profond respect en avouant, cependant, qu’ils n’en comprennent pas le sens.
    « Avouons simplement, disait Carl Gustav Jung qui lisait comme beaucoup la signification inversée de ces symboles, que nous comprenons mal l’immense portée psychologique du détachement du Monde professé dans le Yi King, ce livre qui fonde la trame millénaire de la pensée et de la sagesse chinoise. L’intellect devient un ennemi de l’âme quand il veut capter le lumineux héritage de l’esprit. »
    Quelques-uns font servir ces symboles aux pronostics et à la magie. Un lettré en a fait un instrument de musique. Tous en font grand mystère.
    Ce King, qui est appelé Livre des transformations, a été attribué à Fo-hi, le premier roi.
    On dira de lui « qu’il succéda au Ciel et sortit de l’Orient, qu’il était orné de toutes les vertus et qu’il réunissait ce qu’il y a de plus haut et de plus bas ».
    Il y eut donc deux opinions sur son compte : celle des hommes et celle des femmes.
    C’est à lui qu’on attribue le Livre qui explique la loi des sexes ; c’est le Trigramme du Yi King qui est devant lui et dont il indique les huit Koua.
    Faut-il ajouter que Fo-hi a renversé les sexes et mis le masculin à la place du féminin ; ce qui a fait dire dans le Yi King :
    « Le dragon s’est révolté, il a lieu de s’en repentir ; l’orgueil l’a aveuglé ; il a voulu monter dans le ciel et il a été précipité dans les abîmes ».
    C’est l’éternelle légende d’Icare.
    (1) À l’Ecole Pythagoricienne, on enseignait l’unité de la nature féminine, dont le principe de vie ne se divise jamais : c’était le nombre 1. Et la dualité de la nature masculine dont le principe de vie se divise en deux parties : l’une pour être conservée et l’autre pour être donnée à la génération : d’où le nombre 2.
    L’unité féminine était appelée la Monade, parce que la femme est l’être indivisé, d’où le mot individu.
    La dualité masculine était la dyade. En latin, on disait homo duplex pour désigner la contrariété du cœur et de la raison, la duplicité (le double), suprême mystère de l’existence de l’homme.
    Ce grand mystère, c’est la loi des sexes.
    (2) « Il importe de dire dès maintenant que Fohi n’est ni un homme ni un mythe, mais la désignation d’un agrégat intellectuel, comme fut ailleurs Hermès. » (Matgioi, La Voie Métaphysique, p.10)
    NB : Trois doctrines morales règnent en Chine :
    Celle de Confucius, adoptée par les gens instruits, les masses intellectuelles.
    Celle de Lao-Tseu, suivie par la bourgeoisie moins instruite, mais plus attachée aux traditions. Elle représente l’idéalisme, le spiritualisme philosophique.
    Et celle, de Fo, forme du Bouddhisme qui est suivie par les multitudes ignorantes. C’est un culte grossier comparable au Catholicisme.
    Une science très ancienne a précédé en Chine ces 3 doctrines.
    Confucius, que l’on croit, à tort, un auteur, ne fit que mettre dans un ordre nouveau les anciens documents de l’histoire primitive de la Chine, qui remontaient à plus de quinze siècles avant lui, et il vivait au VIème siècle avant notre ère ; la preuve, c’est qu’on parle du mari et de la femme et que le mariage n’existait nulle part dans les temps primitifs.
    Dans la rédaction masculine de Confucius, on sent régner la préoccupation d’effacer le plus possible le rôle de la femme, surtout celui de la mère.
    Adoptant les idées d’Hermès, il trouvait aussi que « la femme est devant l’homme comme le cheval est devant la voiture », c’est-à-dire pour le servir.
    Rappelons que le mot « Hermès » (prêtre) désigne le terme générique de la fonction nouvelle que l’homme prendra lorsqu’il renversera la religion primitive en Egypte.
    Partout on voit les noms masculins substitués aux noms féminins, le père à la mère dans la famille, et on insiste avec force sur le respect du fils pour le père. On sent que l’idée d’affirmer la paternité domine là, comme nous la verrons dominer dans tous les pays, à la même époque. C’est le droit paternel imposé et dont on fait déjà, alors, la base du régime social, sentant bien que c’est ainsi que l’on arrivera le plus sûrement au règne de l’homme.
    Les Livres réformés par Confucius n’eurent pas une longue existence. Au 3ème siècle avant notre ère, la Chine vit surgir un de ces hommes audacieux et énergiques, tels les César et les Napoléon, qui, tout d’un coup, s’imposent au pays, en l’agrandissant.
    Thsin-Chi-Hoang-ti fut ce brutal fondateur de l’unité chinoise.
    Il prit le titre de « 1er souverain absolu de la dynastie des Thsin ». C’est à partir de cette époque que les souverains de la Chine portent le titre d’Empereur, Ti. Jusque-là ils étaient appelés chefs (Héou) ou rois (Wang ou Ouang).
    C’est le nom du primitif petit Etat de Thsin qui resta au pays : Thsina (Chine).
    Ce règne de l’homme a valu à la Chine, comme à tant d’autres nations, une suite de troubles et de révolutions, qui venaient de ce que les empereurs ont toujours abusé du pouvoir et n’ont jamais considéré la puissance suprême dont ils s’étaient investis que comme un moyen de se livrer à toutes leurs « passions ».
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/chineetjapon.html

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