La France face à la crise d’Ormuz et à la crise énergétique
Par Cyrano de Saint-Saëns
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Un impact imminent, ou peut-être est-il déjà trop tard
La fermeture du détroit d’Ormuz aurait pour la France un impact surtout indirect mais
significatif, car elle affecterait non seulement les importations de pétrole et de gaz, mais aussi
les frais de transport maritime, les assurances, les coûts industriels et la compétitivité des
exportations. La France importe encore une part importante de son énergie : en 2024, les
importations de pétrole brut s’élevaient à 45 millions de tonnes, celles de produits pétroliers à
38 millions de tonnes, tandis que la totalité du gaz consommé est importée ; en 2024, les
importations de gaz ont baissé à 42 milliards de mètres cubes, avec une part de GNL
d’environ 57 %. Les importations françaises de « combustibles minéraux, huiles et produits
de distillation » ont atteint 95,68 milliards de dollars en 2024, confirmant la forte exposition
du pays aux marchés énergétiques internationaux.
Sur le plan commercial, un blocage du détroit d’Ormuz tend à provoquer des perturbations
tout au long de la chaîne logistique mondiale, avec des répercussions sur les délais de
livraison, les primes d’assurance et les coûts de transport. La presse internationale a signalé
que les exportations agricoles françaises, telles que les céréales, le vin et les spiritueux,
pourraient également subir les conséquences des perturbations régionales, tandis que les flux
de matières premières comme l’ammoniac, les phosphates et le soufre sont vulnérables, car
une part importante de ces marchandises transite par le Golfe. Parallèlement, la présence de
navires français ou de compagnies françaises dans la région, comme CMA CGM, montre que
l’exposition n’est pas seulement énergétique, mais aussi maritime et commerciale.
L’impact sur les prix en France dépendrait de la durée du blocage, de l’ampleur de la
réduction des flux et de la réaction des marchés pétroliers. Les projections les plus récentes
de la Banque de France indiquent une inflation moyenne de 1,7 % en 2026, en hausse par
rapport aux 0,9 % de 2025, principalement en raison de la hausse des coûts énergétiques. La
banque centrale a donc déjà intégré dans sa trajectoire de base une détérioration des prix liée
au contexte géopolitique.
Concrètement, un choc prolongé sur le détroit d’Ormuz pourrait pousser l’inflation française
bien au-delà de la trajectoire de base, notamment dans les carburants et les transports, avec
des répercussions sur l’alimentation et les biens industriels. Dans un scénario de blocage
grave mais non total, et pendant quelques mois, une augmentation supplémentaire de
l’inflation annuelle d’environ 0,5 à 1,0 point de pourcentage par rapport au scénario de base
serait plausible ; en d’autres termes, le taux pourrait évoluer vers une fourchette comprise
entre 2,2 et 2,7 % en 2026, avec des pics temporaires plus élevés pour l’énergie et les
transports. Si, en revanche, la perturbation était plus brève et que les marchés réagissaient
rapidement, l’effet resterait plus modéré mais néanmoins visible sur les prix à la pompe et les
coûts logistiques.
Les premiers canaux de transmission seraient les carburants, le gaz naturel liquéfié et
l’électricité, indirectement influencée par les coûts marginaux du système énergétique
européen. Les données de mars 2026 montrent déjà que l’inflation énergétique en France a
bondi à 7,3 % en glissement annuel, alors que les prix du gaz ne se sont pas encore
pleinement répercutés sur les consommateurs en raison des contrats en cours. Cela signifie
qu’une fermeture du détroit d’Ormuz pourrait entraîner une deuxième vague d’inflation
lorsque les contrats d’approvisionnement seront renégociés ou lorsque les stocks
s’amenuiseront.
L’industrie alimentaire serait également exposée, non seulement en raison des coûts de
transport, mais aussi parce que le Golfe est un carrefour important pour les engrais et les
matières premières chimiques. Si les engrais et les intrants agricoles deviennent plus chers,
l’effet peut se répercuter avec un certain retard sur les rayons des magasins, amplifiant
l’inflation des produits alimentaires et réduisant le pouvoir d’achat des ménages. Dans ce
contexte, la France subirait non seulement une hausse des prix de l’énergie, mais aussi une
pression plus générale sur les coûts de production de l’économie réelle.
Résilience énergétique
La stratégie française vise à réduire la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles
importés, tout en augmentant l’efficacité énergétique et la diversification des sources. Le plan
de relance et de résilience actualisé avec REPowerEU comprend des mesures visant à
accélérer les projets d’énergies renouvelables, à simplifier les autorisations, à renforcer
l’efficacité énergétique et à mieux coordonner les politiques publiques de transition
écologique. La Commission européenne indique en outre que le plan français consacre 49,5
% des ressources aux objectifs climatiques et qu’une part importante des investissements est
destinée à la rénovation des bâtiments, à la mobilité durable, à la décarbonisation industrielle
et à l’hydrogène.
Sur le plan structurel, la France conserve un avantage par rapport à d’autres pays européens
grâce au nucléaire, à la reprise de la production primaire en 2024 et à la croissance
progressive des énergies renouvelables. Toutefois, le pays reste vulnérable car une part
importante de la demande finale dépend encore du pétrole et du gaz importés, et la production
nationale de gaz a cessé depuis 2013. C’est pourquoi la résilience ne consiste pas seulement à
remplacer le pétrole du Moyen-Orient, mais à réduire la demande globale en combustibles
fossiles grâce à l’efficacité énergétique, à l’électrification et à des infrastructures plus
flexibles.
Amortissement des prix
Sur le plan conjoncturel, le gouvernement français a opté pour des mesures ciblées plutôt que
pour un nouveau « bouclier tarifaire » généralisé. En mars 2026, le ministre des Finances a
annoncé des mesures ciblées pour faire face à la hausse des prix de l’énergie, avec des aides
spécifiques pour les transports, la pêche et l’agriculture, incluant également une aide de 70
millions d’euros pour le mois d’avril et des réductions sélectives sur le carburant pour
certains secteurs. La logique est d’amortir le choc sur les secteurs les plus exposés sans trop
compromettre les comptes publics.
Ce choix indique que Paris souhaite atténuer l’impact social de la hausse, mais sans
neutraliser complètement le signal de prix. Concrètement, l’État intervient pour éviter une
répercussion immédiate et régressive sur les revenus les plus fragiles ou les secteurs
stratégiques, tandis qu’à moyen terme, il mise sur la réduction de la dépendance énergétique
et sur une plus grande efficacité du système. Le compromis est clair : moins de subventions
généralisées, davantage d’aides ciblées et plus d’investissements pour modifier la structure de
la vulnérabilité.
Une fermeture du détroit d’Ormuz constituerait pour la France un choc sérieux, mais surtout
un amplificateur des fragilités déjà existantes : dépendance vis-à-vis des marchés
énergétiques mondiaux, exposition aux coûts logistiques et sensibilité de l’inflation aux
hausses des prix des carburants. L’effet le plus probable serait une hausse des prix à la
consommation de l’ordre de quelques dixièmes de point jusqu’à environ un point de
pourcentage de plus par rapport au scénario de base, avec des effets plus marqués sur
l’énergie, les transports et l’alimentation. La réponse française combine donc résilience
structurelle, par le biais de la transition énergétique et des investissements, et amortissement
tactique, par le biais d’aides ciblées aux secteurs les plus touchés.


Qui croire ???
https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/dou-vient-le-petrole-brut-importe-en-france.
Sauf que… l’Union européenne n’achète quasiment pas (moins de 0,01%) une goutte de pétrole à l’Iran en raison de l’embargo en vigueur depuis 2012.
Explication simple des routes : le pétrole américain, norvégien et nigérian arrive par bateau via l’océan Atlantique ;
celui du Kazakhstan arrive par des pipelines terrestres.
Les États-Unis, premier fournisseur de pétrole de France
En 2023, le premier fournisseur de pétrole brut de la France était les États-Unis comme en 2022, alors que le Kazakhstan était le principal fournisseur en 2020 et 2021 (auparavant, c’était l’Arabie saoudite en 2019 et la Russie des années 1990 jusqu’à 2012).
En 2023, les principaux fournisseurs de pétrole brut de la France étaient :
1. les États-Unis (16,7% des importations françaises de brut) ;
2. le Nigeria (12,4%) ;
3. le Kazakhstan (12,0%) ;
4. l’Algérie (9,6%) ;
5. la Libye (8,7%) ;
6. l’Irak (7,6%) ;
7. l’Arabie saoudite (7,5%) ;
8. la Norvège (7,2%).
À eux huit, ces pays ont compté pour près 82% des importations françaises de pétrole brut en 2023.
« Sur le plan structurel, la France conserve un avantage par rapport à d’autres pays européens
grâce au nucléaire (??), à la reprise de la production primaire en 2024 et à la croissance
progressive des énergies renouvelables.(??) Toutefois, le pays reste vulnérable car une part
importante de la demande finale dépend encore du pétrole et du gaz importés, et la production
nationale de gaz a cessé depuis 2013.(Pourquoi ?, à développer…)