Le rôle historique de la France dans la construction des monarchies pétrolières du Golfe

Par Cyrano des Saint Saëns

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Illustration : Le Louvre Abu Dhabi

Le contexte précolonial et la pénétration française au Moyen-Orient
La présence française au Moyen-Orient et dans la région du golfe Persique trouve ses racines
dans une longue tradition d’expansion impériale qui précède de loin l’ère du pétrole. Dès le
XVIe siècle, la France avait noué des relations privilégiées avec l’Empire ottoman par le biais
des Capitulations de 1536, qui conféraient à la Couronne française un rôle de protectrice des
communautés chrétiennes au Levant. Cette tradition d’engagement oriental, bien que
historiquement concentrée sur les provinces levantines et nord-africaines, a donné naissance à
un habitus diplomatique et culturel qui allait orienter la politique française vers le Golfe au
cours du XXe siècle.
La concurrence européenne pour l’influence dans la péninsule arabique au XIXe siècle a vu
la France occuper une position relativement subalterne par rapport à l’hégémonie britannique,
laquelle avait progressivement consolidé sa présence grâce à un réseau de traités avec les
émirats côtiers – les « États de la Trêve » – à partir des traités de paix générale de 1820 et du
traité d’exclusivité de 1892. La France n’en conserva pas moins des intérêts commerciaux et
missionnaires dans la région, notamment grâce à la présence des Missions lazaristes en Perse
et à l’activité des compagnies commerciales marseillaises qui faisaient le commerce du café
yéménite et des produits de l’océan Indien.
Le redécoupage géopolitique qui a suivi la Première Guerre mondiale, et en particulier les
accords Sykes-Picot de 1916, a formellement défini les sphères d’influence franco-
britanniques au Mashrek, laissant le Golfe sous contrôle britannique. Cet équilibre, tout en
confirmant la marginalisation structurelle de la France dans la péninsule arabique, n’empêcha
pas Paris de cultiver des relations commerciales et culturelles avec les élites des villes
portuaires du Golfe, notamment grâce à la présence d’agents commerciaux à Bassorah,
Mascate et, plus tard, à Koweït.

L’ère pétrolière et le repositionnement français (1920–1970)
La découverte de gisements pétroliers en Irak en 1927, puis en Arabie saoudite en 1938 et au
Koweït en 1938, redéfinit radicalement les enjeux stratégiques de la région. La France, par
l’intermédiaire de la Compagnie Française des Pétroles (CFP) – fondée en 1924 sous
l’impulsion du gouvernement Poincaré – s’assura une participation de 23,75 % dans le
consortium Iraq Petroleum Company, devenant ainsi l’un des acteurs privilégiés de l’amont
pétrolier au Moyen-Orient. Cette participation, négociée dans le cadre des accords de San
Remo de 1920 puis officialisée par le Red Line Agreement de 1928, constitue le premier
pilier structurel de l’implication française dans l’économie des hydrocarbures du Golfe.
La période de la décolonisation et de la crise de Suez de 1956 marqua un tournant décisif. La
France, impliquée dans l’opération militaire conjointe avec la Grande-Bretagne et Israël
contre l’Égypte de Nasser, subit les conséquences de son humiliation internationale et se
trouva contrainte de redéfinir sa position dans le monde arabe. La politique gaulliste des cinq

années 1958-1969 a constitué la réponse structurelle à cette crise : le général De Gaulle a
entrepris une stratégie de désengagement de l’atlantisme et de construction d’une politique
arabe autonome, qui allait constituer le fondement des relations franco-golfiques pour les
décennies suivantes.
La vente d’armements aux États du Golfe, que la France a lancée dans les années 1960,
souvent en concurrence avec les livraisons britanniques et américaines, fut emblématique à
cet égard. Total – successeur de la CFP – étendit progressivement ses concessions aux
émirats du Golfe, tandis que le gouvernement français négociait des accords de coopération
technique et militaire avec l’Arabie saoudite, le Koweït et, après son indépendance en 1971,
avec les Émirats arabes unis. Le retrait britannique de l’« Est de Suez » en 1971 a ainsi ouvert
un espace géopolitique que la France a été l’une des premières puissances européennes à
occuper systématiquement.

La construction étatique assistée : expertise française et nation-building dans le Golfe
Un aspect souvent négligé dans la littérature anglophone concerne la contribution de
l’expertise institutionnelle et technique française à la construction des appareils étatiques des
pays du Golfe au cours de la période post-indépendance. La France a fourni des conseillers
juridiques, des urbanistes, des ingénieurs et des fonctionnaires qui ont contribué à la
rédaction des codes civils, à l’urbanisme et à l’organisation des forces de sécurité. Au Qatar,
par exemple, l’implication de conseillers français dans la structuration du système judiciaire
et la formation de la Gendarmerie nationale constitue un chapitre significatif, bien que peu
documenté, de l’histoire institutionnelle de l’émirat.
Le modèle napoléonien d’administration publique, avec son accent mis sur la centralisation,
la codification du droit et le rôle stratégique de l’appareil d’État dans la conduite de
l’économie, a exercé une influence notable sur les élites technocratiques formées dans les
universités françaises – en particulier Sciences Po Paris, l’École nationale d’administration et
l’École polytechnique. Une part importante des hauts fonctionnaires des ministères de
l’Économie et des organismes pétroliers parapublics des pays du Golfe a suivi sa formation
dans les grandes écoles françaises, créant ainsi des réseaux de dépendance intellectuelle et
d’affinités institutionnelles qui ont orienté les choix de politique économique de ces pays.
La «politique arabe» de la France constitue l’un des traits les plus caractéristiques et durables
de la politique étrangère de la Ve République. Inaugurée par De Gaulle et systématisée par
ses successeurs, cette politique se distingue par trois éléments fondamentaux : une tendance à
l’indépendance vis-à-vis des positions américaines et britanniques sur les questions moyen-
orientales ; la recherche d’un dialogue privilégié avec les monarchies du Golfe, perçues
comme des interlocuteurs stables et pragmatiques ; et la volonté de dissocier la coopération
bilatérale des questions relatives aux droits de l’homme et à la gouvernance interne.
Cette orientation a donné lieu à des relations privilégiées avec l’Arabie saoudite et les
Émirats arabes unis, qui constituent les principaux partenaires stratégiques de la France dans
la région.
Le cas saoudien est emblématique : malgré des tensions diplomatiques périodiques – telles
que celles générées par l’affaire Khashoggi en 2018 ou par les politiques yéménites de Riyad

–, la France a constamment maintenu ouvert le canal des relations bilatérales, privilégiant la
continuité stratégique plutôt que la critique publique. Les contrats d’armement avec l’Arabie
saoudite, qui comprennent la vente de chasseurs Rafale, de frégates FREMM, de systèmes de
missiles Crotale et Mistral, ainsi que de véhicules blindés Leclerc, représentent un chiffre
d’affaires qui a dépassé les 18 milliards d’euros pour la seule période 2010-2022.
Les relations avec les Émirats arabes unis ont pris au XXIe siècle une importance
particulièrement stratégique, culminant avec l’accord de partenariat de défense de 2009 qui a
conduit à l’ouverture de la base militaire française permanente d’Abou Dhabi – baptisée
Camp de la Paix –, première base militaire française sur le territoire du Golfe et la toute
première ouverte par la France en dehors de sa zone d’influence traditionnelle depuis
l’époque coloniale. Cette présence militaire, officialisée par un traité de coopération en
matière de défense, confère à la France un statut de garant de la sécurité qui lui assure un
levier diplomatique et commercial de premier plan dans la concurrence avec les autres
fournisseurs de sécurité occidentaux et orientaux.

Les tensions : le cas du Qatar et les dynamiques de différenciation
Si les relations avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont constitué l’axe central de
la politique française dans le Golfe, les relations avec le Qatar ont présenté une complexité
particulière, marquée par des tensions intrarégionales qui ont mis à l’épreuve la capacité de
Paris à gérer simultanément des relations avec des acteurs en conflit les uns avec les autres.
Au cours de la crise diplomatique du Golfe de 2017–2021, lorsque l’Arabie saoudite, les
Émirats, Bahreïn et l’Égypte ont imposé un blocus diplomatique et économique au Qatar, la
France s’est retrouvée dans la position délicate de devoir concilier ses intérêts avec ceux de
tous les acteurs en présence.
La solution adoptée par Paris a été celle d’un pragmatisme ambivalent : tandis que le
président Macron se proposait comme médiateur et maintenait ouvertes les voies de
communication avec Doha, les industries de défense françaises – en particulier Dassault et
MBDA – continuaient de conclure des contrats avec toutes les parties belligérantes sur le plan
diplomatique. Le Qatar, dont le fonds souverain QIA figure parmi les principaux
investisseurs institutionnels en France avec des participations dans Vinci, Total, LVMH et de
nombreux biens immobiliers parisiens, a acquis au fil du temps une position de levier
économique sur Paris qui complique toute posture purement alignée sur l’axe saoudo-émirati.
Les relations franco-iraniennes constituent le contrepoids de cette architecture. La France,
tout en entretenant des relations commerciales importantes avec Téhéran avant les sanctions
internationales post-2012, s’est progressivement alignée sur les positions occidentales visant
à contenir le programme nucléaire iranien, en participant activement aux négociations de
l’E3+3 (devenu par la suite le JCPOA). Ce positionnement a inévitablement compliqué les
relations avec les États du Golfe à direction sunnite, qui considèrent avec une profonde
inquiétude le réalignement occidental potentiel vis-à-vis de Téhéran, mais a en même temps
permis à la France de conserver un rôle de médiateur dans les dynamiques de sécurité
régionale du Golfe.

La francophonie et la coopération culturelle comme instruments d’influence
La dimension culturelle et linguistique de la présence française dans le Golfe mérite une
analyse à part entière, car elle constitue un vecteur d’influence qui s’inscrit dans des
temporalités plus longues que les dynamiques diplomatiques contingentes. La création
d’écoles françaises, d’antennes de l’Institut français et d’accords de coopération universitaire
a créé, au fil des décennies, un substrat d’affinités culturelles avec les élites du Golfe qui se
traduit par des préférences institutionnelles, des orientations de consommation et des réseaux
de relations ayant des conséquences politico-économiques importantes.
Le Louvre Abu Dhabi, inauguré en 2017, représente l’expression la plus visible de cette
stratégie de soft power culturel. L’accord trentenal conclu entre la France et Abu Dhabi pour
l’utilisation de la marque Louvre – structuré comme un contrat de licence d’environ 400
millions d’euros comprenant la cession de la marque, le prêt d’œuvres d’art et la fourniture
d’une expertise en matière de conservation – constitue un modèle innovant de diplomatie
culturelle ayant des retombées économiques directes. Des partenariats similaires dans les
secteurs des musées, de l’enseignement universitaire et de la mode de luxe ont
progressivement transformé le Golfe en l’un des principaux marchés de l’industrie culturelle
et créative française.

Une pensée sur “Le rôle historique de la France dans la construction des monarchies pétrolières du Golfe

  • 29 avril 2026 à 14 h 19 min
    Permalink

    Il y a longtemps que la France ne s’appartient plus !
    « Le monde occidental, depuis des temps qui remontent encore plus loin que le début de l’époque dite historique, et quelles qu’aient été les formes traditionnelles qui l’organisaient, avait d’une façon générale toujours entretenu avec l’Orient des rapports normaux, proprement traditionnels, reposant sur un accord fondamental de principes de civilisation. Tel a été le cas de la civilisation chrétienne du moyen âge. Ces rapports ont été rompus par l’Occident à l’époque moderne dont René Guénon situe le début beaucoup plus tôt qu’on ne le fait d’ordinaire, à savoir au XIVème siècle, lorsque, entre autres faits caractéristiques de ce changement de direction, l’Ordre du Temple, qui était l’instrument principal de ce contact au moyen âge chrétien, fut détruit : et il est intéressant de noter qu’un des griefs qu’on a fait à cet ordre était précisément d’avoir entretenu des relations secrètes avec l’Islam, relations de la nature desquelles on se faisait d’ailleurs une idée inexacte, car elles étaient essentiellement initiatiques et intellectuelles. » (Michel Vâlsan ou Mustafâ ‘Abd al-Azîz)
    Cette rupture des liens traditionnels est véritablement la première cause de toute la déviation intellectuelle du monde moderne.
    « après la destruction de l’Ordre du Temple, les initiés à l’ésotérisme chrétien se réorganisèrent, d’accord avec les initiés à l’ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction » (René Guénon, Aperçu sur l’initiation)
    NB : Depuis la fin du Moyen Âge, un changement considérable s’est produit dans la direction donnée à l’activité humaine.
    Ce changement est le résultat direct de la mentalité des peuples Anglo-Saxons. Celle-ci se confond avec l’esprit antitraditionnel, en lequel se résument toutes les tendances spécifiquement modernes.
    Ce n’est pas que cet « état d’esprit » antitraditionnel soit entièrement nouveau ; il a déjà eu, par le passé, des manifestations plus ou moins accentuées, mais toujours limitées, bien qu’aberrantes, et qui ne s’étaient donc jamais étendues à tout l’ensemble d’une civilisation comme elles l’ont fait en Occident au cours de ces derniers siècles.
    Par conséquent, ce qui ne s’était jamais vu jusqu’ici, c’est une civilisation édifiée tout entière sur quelque chose de purement négatif, sur ce qu’on pourrait appeler une absence de principe ; c’est là, précisément, ce qui donne au monde moderne son caractère anormal, ce qui en fait une sorte de monstruosité.
    Précisons avec l’« Encyclopédie de l’Histoire du Monde », que le terme d’« Anglo-Saxon » n’a, à l’origine, rien à voir avec une quelconque appartenance ethnique, et ne désigne que ceux qui avaient émigré des territoires germaniques vers l’île de Bretagne ; il semble (d’après cette encyclopédie) n’avoir été utilisé principalement qu’après 1066 et la conquête normande de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant et ses « compagnons », dont les futurs hauts Barons anglais dont nous reparlerons.
    La carence de la plupart des analyses géopolitiques, nous explique Valérie Bugault, dans son ouvrage « Demain dès l’aube… le renouveau », vient du fait que le paradigme d’étude ne prend, le plus souvent, pas en compte la réalité des acteurs en présence. Les rapports de forces sont, la plupart du temps, considérés au regard des seuls États. Or, depuis plusieurs siècles, s’est développé, dans l’ombre, un acteur géopolitique nouveau, anonyme et de nature privé, que Valérie Bugault appelle du terme générique de « banquiers-commerçants » et que nous nommerons « puissances d’argent ».
    D’un point de vue méthodologique, cet acteur, nouveau, est déroutant à plus d’un égard. Premièrement, il est anonyme, ce qui rend difficile son appréhension précise et la mesure de sa puissance, relative comme absolue, par rapport aux traditionnels États. Ensuite, cet acteur ne répond pas aux mêmes règles d’engagement que les États. D’une part, les « puissances d’argent » sont des acteurs privés, et non publics, qui répondent donc à des intérêts d’ordre strictement catégoriel, en aucun cas à un quelconque « intérêt général ». Mais, comme par essence ils sont anonymes, on a du mal à discerner leur présence autrement que par des déductions et recoupements d’informations. C’est ici que les questions méthodologiques peuvent apporter une importante plus-value aux analystes et géopolitologues. D’autre part, et peut-être surtout, ces acteurs, qui ne sont pas géographiquement délimités (pas de contraintes géographiques), ne fonctionnent fondamentalement pas selon la même logique que les États traditionnels. Alors que les États, quelle que soit leur taille, sont limités par des frontières et répondent à une logique d’ordre sédentaire, ces nouveaux acteurs politiques (que d’aucuns, tel que Peter Scott Dale, nomment « État profond ») répondent à une logique de type nomade. Or, les grilles d’analyses des géopolitologues sont très largement issues de concepts développés au sein des États dans une logique sédentaire. C’est la raison pour laquelle les analystes politiques ont du mal à concevoir le phénomène nomade élevé au rang d’acteur géopolitique.
    Comprendre ce phénomène, nouveau dans son ampleur, car sa création remonte loin dans le temps, est pourtant fondamental car il permet de percevoir que ce nouvel acteur géopolitique a, in fine, un seul ennemi mortel : la présence d’États au sens politique du terme, c’est-à-dire d’États souverains. Ainsi, dans le contexte d’un rapport de force et de puissance, les États sont, par construction, les pires ennemis des « puissances d’argent ».
    Le premier pays à avoir intégré la caste des « puissances d’argent » en tant que nouvel acteur politique est l’Angleterre. Le choix d’Oliver Cromwell (1599-1658) de développer l’Empire britannique en adossant la puissance des armes à celle des banques a créé un nouveau paradigme politique. Dire cela ne signifie pas que l’Angleterre porte l’acte de naissance de cet acteur géopolitique nouveau, anonyme. Sa naissance est plutôt à rechercher dans les Républiques commerçantes de Gênes, de Florence ou de Venise.
    Certains auteurs d’ouvrages sur les Templiers ouvrent certaines perspectives sur le rôle que les rivalités financières du capitalisme naissant ont pu jouer dans la destruction de l’Ordre du Temple au XIVème siècle. Les Templiers étaient, à certains égards, des sortes de rivaux des banquiers italiens qui, de ce fait, les voyaient d’un mauvais œil. Régine Pernoud, dans son ouvrage « Les Templiers », souligne le fait que, déjà, en Palestine, les Templiers avaient eu affaire avec les intrigues des banquiers de Venise, de Gênes et de Pise. En effet, le pouvoir des Templiers contrebalançait celui de Rome, ils avaient avec eux des rois et des puissants. Les Templiers cherchaient à centraliser, dans le Temple de Londres, les annates (taxe « papale »). Ils auraient aussi centralisé les encaisses métalliques qui constituaient la richesse mobilière de la France ; s’ils avaient atteint ce but, la puissance de Rome aurait été remplacée par celle de Londres, et le « Catholicisme Jésuiste » aurait sombré devant le « Christianisme Johannite ». Ce furent les hauts barons anglais qui firent échouer ce projet. Aussi, l’origine des barons d’Angleterre doit être rappelée : Quand, en 1066, Guillaume le Conquérant amena avec lui, du continent, des aventuriers et des mercenaires, il y eut, parmi ses compagnons, des gens pratiques et rusés qui, pour spolier les biens des Saxons d’une façon qui semblait leur donner un caractère d’honnêteté, demandèrent simplement à épouser une Saxonne ; ainsi ils prenaient possession de la femme et des châteaux. C’est l’escroquerie au mariage ; leurs enfants légitimes par ces mariages se virent possesseurs du sol, et dès lors ces nouveaux barons rendirent inaliénable, dans leurs familles, la propriété de ces biens fonciers. L’origine de ces barons nous les montre donc comme des gens peu scrupuleux, ne voyant dans la femme qu’un moyen d’arriver à leurs fins, instituant des privilèges monstrueux, c’est-à-dire des gens qui étaient en tout l’opposé des Templiers, qui gardaient le principe de la Justice, de l’honnêteté et du respect de la Femme. Il devait donc y avoir lutte entre eux. Ces barons établirent donc, dans l’Angleterre traditionnelle, le régime masculiniste, c’est-à-dire l’asservissement de la femme par le mariage, qui laissait à l’homme l’administration de ses biens et tous ses droits.
    Notons que c’est lorsque les Templiers furent supprimés de l’échiquier politique que l’Église romaine cessa d’excommunier ceux de « ses enfants » qui pratiquaient l’« usure », c’est-à-dire le prêt à intérêt, dont on sait aujourd’hui les conséquences que la liberté ainsi accordée devait avoir sur l’évolution du monde Occidental.
    Cette première « dégénérescence de la monnaie » fut bien le début du « règne de Mammon ».
    Dans « René Guénon et les destins de la Franc-Maçonnerie », Denys Roman nous rappelle également que c’est lors des premières années du XIVème siècle que, dans l’Occident chrétien, d’autres « tournants » se produisirent : dislocation de la chrétienté, éveil du nationalisme, laïcisation de la pensée ou déclin des campagnes et essor des villes.
    Valérie Bugault dans « Les raisons cachées du désordre mondial », écrit que « La City de Londres, qui acquiert dès 1319 une autonomie politique (c’est-à-dire à peine 5 ans après la destruction de l’Ordre des Templiers), peut être considérée comme étant historiquement le premier paradis fiscal des temps modernes. Elle abrite les plus riches commerçants anglais qui ont obtenu d’Édouard II (souverain faible et/ou corrompu) un statut dérogatoire au droit public. La City est, depuis cette époque, une ville dans la ville, son activité financière échappe à la magistrature de l’État britannique tout en faisant bénéficier l’empire thalassocratique des largesses financières nécessaires à son propre développement. La City a opéré comme une sorte de poste de pilotage de l’Empire britannique conférant aux dirigeants britanniques qui se sont succédé les moyens financiers de développer leur autorité sur le reste du monde. ».
    Gardons néanmoins à l’esprit que l’argent n’est jamais qu’un moyen et non une fin. Aussi, Caché derrière d’immenses intérêts financiers et géopolitiques, l’enjeu réel est peut-être ailleurs.

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