L’endiguement de la Russie est l’unique objectif restant de l’Otan

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Source : observateurcontinental.fr – 6 octobre 2021 – Fiodor Loukianov

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Des événements intéressants se déroulent dans la région du monde qu’il est convenu d’appeler Occident. Le résumé de la situation donne un tableau assez contradictoire. 

D’un côté, avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche la communauté occidentale tente activement de rétablir son unité selon le modèle de la Guerre froide de la seconde moitié du XXe siècle. A cet effet, un accent est mis sur l’idéologie. En parlant de différends avec la Chine, Washington souligne l’aspect des valeurs, et non géopolitique ou économique, – la lutte contre les autocraties, qui cherchent à saper les fondements de l’ordre mondial libéral. À cette catégorie s’ajoute également la Russie, et dans l’ensemble Moscou et Pékin créent, selon les États-Unis, une image suffisamment effrayante pour rassembler autour de l’Amérique les Européens un peu désemparés. C’était précisément l’objectif de toute la tournée de Joe Biden en juin: recruter des alliés et des amis idéologiques pour combattre la Chine, même si personne sur le Vieux Continent ne souhaite se jeter sur ces barricades. 

D’un autre côté, Washington traite ses alliés européens de manière assez sévère. Le retrait des troupes d’Afghanistan, qui a tourné à une confusion totale pour tous les acteurs du contingent international, a été organisé sans consulter les alliés. Ces derniers ont été mis devant le fait accompli. Le pacte trilatéral entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie sur une nouvelle alliance militaro-technologique dans l’océan Pacifique était préparé par les Anglo-Saxons dans le dos de tous les autres. 

La France est la plus vexée, car elle a perdu, entre autres, un immense contrat. Mais toute l’Europe continentale a pu voir à quel point son avis n’intéresse pas les États-Unis. Et ce, de manière démonstrative. L’Europe a évoqué de nouveau la nécessité de préparer un “plan B” au cas où les États-Unis renonceraient définitivement aux garanties de sécurité du Vieux Continent. Mais il n’y a toujours aucune idée claire pour savoir à quoi ce plan pourrait ressembler. 

De toute évidence, Washington part pragmatiquement du principe que l’Europe n’a pas d’autre choix. Et ce, à raison. Les discussions concernant une éventuelle “autonomie stratégique” de l’Europe s’accompagnent d’un mantra obligatoire que ce n’est pas une alternative à l’Otan. Mais dans ce cas, de quoi peut-on parler? Soit l’alliance militaire existe et s’occupe d’une planification à part entière des mesures et ressources nécessaires, soit ce ne sont que des paroles. Mais il est impossible de s’imaginer en Europe une structure militaire qui existe en parallèle avec l’Otan et coïncide pratiquement avec l’Otan de par sa composition (sans les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada). Au moins parce que les Européens dépensent déjà avec réticence de l’argent pour l’Otan et ne payeront certainement pas pour une autre. Alors que les discussions sur l’autonomie stratégique de l’Otan sont absurdes: dans une organisation militaro-politique doit être une discipline et une gestion unifiée. 

Bref, rien ne menacerait l’Otan s’il n’avait pas un “mais”. L’unique fonction commune restante de l’Otan est l’endiguement de la Russie. Tout le reste, y compris faire face à la Chine, n’unit pas et désunit plutôt. 

L’hypothèse que l’unité atlantique n’est pas éternelle et que le partenaire principal pourrait se réorienter sur une autre région (Indopacifique) engendre une nervosité grandissante en Europe. D’autant que les principales puissances européennes traversent des transformations internes complexes, sur fond desquelles elles ont particulièrement besoin de stabilité sur le contour extérieur. 

L’Allemagne, où des législatives viennent de se terminer, mettant un terme à la longue ère d’Angela Merkel, est confrontée à la nécessité de re-songer à sa place en Europe et dans le monde. Mais elle ne veut pas le faire. L’ancien modèle de vie confortable dans l’arche européen sous un parapluie atlantique convenait parfaitement aux Allemands. Ils voudraient tout laisser tel quel, or la réalité devient floue. 

C’est encore plus compliqué pour la France, où des élections cruciales sont attendues au printemps. Il y a de nombreux problèmes intérieurs, mais sur le front extérieur Paris s’est retrouvé dans une phase de frustration – du contrat rompu avec l’Australie aux déclarations des autorités du Mali, un pays considéré par la France comme son arrière-cour. Et dans l’ensemble le pays doit régler ses problèmes sur la scène internationale par ses propres forces et compter seulement sur lui-même, ces problèmes ne concernent les alliés que très indirectement. 

L’Occident en tant que système rodé d’intérêts communs basé sur les institutions euro-atlantiques semble être sur le point de disparaître.

Fiodor Loukianov, journaliste et analyste politique

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