De Pétain à Macron : Bernanos contre leur France robotisée – Nicolas Bonnal

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Bernanos publie sa fastueuse France contre les robots en 1945. Il rêve d’une France qui serait reine
de la Liberté dans le futur, mais nous savons ce qu’il en est. Pour le reste il ne se trompe sur rien ; il
voit un monde déjà unifié (le monde multilatéral est un simulacre sur le plan du réalisme) :
« Car, à la fin du compte, la Russie n’a pas moins tiré profit du système capitaliste que l’Amérique ou
l’Angleterre ; elle y a joué le rôle classique du parlementaire qui fait fortune dans l’opposition. Bref,
les régimes jadis opposés par l’idéologie sont maintenant étroitement unis par la technique. »
Il résume le monde moderne :
« Un monde gagné pour la Technique (qui) est perdu pour la Liberté. »
Il voit déjà un monde fermé, comme celui de nos passes vaccinaux et politiques (voyez les émissions
de l’avocat Pierre Gentillet) :

« Jamais un système n’a été plus fermé que celui-ci, n’a offert moins de perspectives de
transformations, de changements, et les catastrophes qui s’y succèdent, avec une régularité
monotone, n’ont précisément ce caractère de gravité que parce qu’elles s’y passent en vase clos. »

Le monde moderne est le fils de la civilisation capitaliste anglo-saxonne ; les démocraties et les
dictatures ne sont pas très différentes :
« Ce qui fait l’unité de la civilisation capitaliste, c’est l’esprit qui l’anime, c’est l’homme qu’elle a
formé. Il est ridicule de parler des dictatures comme de monstruosités tombées de la lune, ou d’une
planète plus éloignée encore, dans le paisible univers démocratique. Si le climat du monde moderne
n’était pas favorable à ces monstres, on n’aurait pas vu en Italie, en Allemagne, en Russie, en
Espagne, des millions et des millions d’hommes s’offrir corps et âmes aux demi-dieux, et partout
ailleurs dans le monde — en France, en Angleterre, aux États-Unis — d’autres millions d’hommes
partager publiquement ou en secret la nouvelle idolâtrie. »

Bernanos résume son époque de pétainistes de 1945 :

« …contre de Gaulle cette poignée de nobles dégénérés, de militaires sans cervelle et sans cœur,
d’intellectuels à la solde des spéculateurs, d’académiciens sans vergogne, de prélats serviles… »

Les seuls à défendre la tyrannie vaccinale sont d’ailleurs les gaullistes (il est vrai qu’en Gaule
éternellement occupée tout le monde se réclame de lui). Bernanos aussi souligne une « coalition
d’ignorance et d’intérêts… ». On est bien d’accord.

Pour le reste il rappelle :
« Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c’est le citoyen qui fait la République. Une
démocratie sans démocrates, une République sans citoyens, c’est déjà une dictature. »
Depuis la Révolution Française on a créé le citoyen docile :
« Tel est le résultat de la propagande incessante faite depuis tant d’années par tout ce qui dans le
monde se trouve intéressé à la formation en série d’une humanité docile, de plus en plus docile, à
mesure que l’organisation économique, les concurrences et les guerres exigent une réglementation
plus minutieuse. »
Bernanos a été marqué par une pièce du méprisé Courteline :
« Il y a vingt ans, le petit bourgeois français refusait de laisser prendre ses empreintes digitales,
formalité jusqu’alors réservée aux forçats…Ce n’était pas ses doigts que le petit bourgeois français,
l’immortel La Brige de Courteline, craignait de salir, c’était sa dignité, c’était son âme. »
Ce résistant annonçait un monde sinistre :
« Le petit bourgeois français n’avait certainement pas assez d’imagination pour se représenter un
monde comme le nôtre si différent du sien, un monde où à chaque carrefour la Police d’État
guetterait les suspects, filtrerait les passants, ferait du moindre portier d’hôtel, responsable de ses
fiches, son auxiliaire bénévole et public. »
Avant le marquage numérique, le marquage digital n’est guère acceptable ; mais il fut accepté par
tout le monde :
« Depuis vingt ans, combien de millions d’hommes, en Russie, en Italie, en Allemagne, en Espagne,
ont été ainsi, grâce aux empreintes digitales, mis dans l’impossibilité non pas seulement de nuire aux
Tyrans, mais de s’en cacher ou de les fuir ? »
Brève allusion au code QR ou au Nombre de la Bête :
« Et lorsque l’État jugera plus pratique, afin d’épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de
nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser marquer au fer, à la
joue ou à la fesse, comme le bétail ? L’épuration des Mal-Pensants, si chère aux régimes totalitaires,
en serait grandement facilitée. »
La civilisation de la liberté sous l’Ancien Régime (que Bernanos reconnaît, mais pas Foucault – par
exemple) a disparu car le monde de l’Ancien monde est mort. Ce qui reste c’est le bobo acidulé ou le
retraité téléphage que Bernanos décrit dans ses termes :
« Une civilisation ne s’écroule pas comme un édifice ; on dirait beaucoup plus exactement qu’elle se
vide peu à peu de sa substance, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que l’écorce. On pourrait dire plus
exactement encore qu’une civilisation disparaît avec l’espèce d’homme, le type d’humanité, sorti
d’elle. »
Le service militaire a joué son rôle (la France toujours est responsable…) :

« L’institution du service militaire obligatoire, idée totalitaire s’il en fut jamais, au point qu’on en
pourrait déduire le système tout entier comme des axiomes d’Euclide la géométrie, a marqué un
recul immense de la civilisation. »

Il ne faut pas s’étonner de la passivité et de la collaboration de la population. L’homme hait la
Liberté :
« Des millions et des millions d’hommes ne croyaient plus à la liberté, c’est-à-dire qu’ils ne l’aimaient
plus, ils ne la sentaient plus nécessaire, ils y avaient seulement leurs habitudes, et il leur suffisait d’en
parler le langage. Depuis longtemps, l’État se fortifiait de tout ce qu’ils abandonnaient de plein gré.
Ils n’avaient que le mot de révolution à la bouche, mais ce mot de révolution, par une comique
chinoiserie du vocabulaire, signifiait la Révolution Socialiste, c’est-à-dire le triomphal et définitif
avènement de l’État, la Raison d’État couronnant aussi l’édifice économique… »

Et notre écrivain ajoute magnifiquement :
« Ils le savaient bien, ils souhaitaient en finir le plus tôt possible avec leur conscience, ils souhaitaient,
au fond d’eux-mêmes, que l’État les débarrassât de ce reste de liberté, car ils n’osaient pas s’avouer
qu’ils en étaient arrivés à la haïr. Oh ! ce mot de haine doit paraître un peu gros, qu’importe ! Ils
haïssaient la liberté comme un homme hait la femme dont il n’est plus digne… »

Je vous laisse redécouvrir ce texte inoubliable et inutile.

https://www.youtube.com/watch?v=RJ6xLA0LQqk
https://fr.wikisource.org/wiki/La_France_contre_les_robots
https://fr.wikisource.org/wiki/Boubouroche_et_autres_pi%C3%A8ces/L%E2%80%99Article_330

Nicolas Bonnal

Né en 1961 à Tunis, Nicolas Bonnal étudie beaucoup, voyage plus encore et commence à publier en 1995 : Mitterrand le grand initié. Il publie ensuite aux belles lettres le Coq hérétique sur l’exception française, la première étude en français sur Tolkien et Internet novelle voie initiatique. Il publie aussi des romans (les territoires protocolaires) et un recueil de contes (les mirages de Huaraz) après une vacance de cinq ans en Amérique du sud. Il revient vivre en Andalousie, puis publie des livres sur le cinéma (le paganisme, Kubrick, Ridley Scott, sans oublier les westerns). Anarchiste réactionnaire,  proche des libertariens américains et des traditionalistes européens, Nicolas Bonnal  se réclame aussi du genre pamphlétaire (un livre sur Céline) et décidément antimoderne. Il a publié des textes sur une dizaine de sites dont France-courtoise.info, bvoltaire.fr, dedefensa.org, fr.sputniknews.com et pravdareport.com. Plusieurs de ses livres ont été traduits (russe, brésilien, ukrainien, espagnol). Son blog : nicolasbonnal.worpress.com

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