Pierre Hillard : sionisme et mondialisme, le sionisme de ses origines au IIIè Reich 1895-1941

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Après Atlas du mondialisme (Tome 1) et Archives du mondialisme (Tome 2), la parution de Sionisme et mondialisme (Tome 3) poursuit l’objectif d’étudier le sionisme, celui-ci n’étant qu’une excroissance du mondialisme, véritable messianisme en action. Cet ouvrage de 500 pages se subdivise en deux parties : 280 pages de rédaction de notre part et 220 pages d’annexes. Celles-ci au nombre de 27 sont des pièces d’archives essentiellement en allemand. Le reste est constitué de documents en anglais et en latin. Tous ces textes sont entièrement traduits en français d’où le caractère « épais » de cet ouvrage. Afin de donner au lecteur une idée générale de ce livre, nous présentons les points essentiels le caractérisant. Dans une première partie, nous traitons des carnets complets du fondateur du sionisme, Theodor Herzl. Dans une deuxième partie, nous étudions les relations entre nazisme et sionisme de 1933 à 1941 avec le fameux Accord de la Haavara d’août 1933.

Pierre Hillard, docteur en science politique, est un essayiste français spécialiste de l’étude historique du mondialisme et de ses répercussions matérielles et spirituelles. Il critique ce qu’il interprète comme un processus technocratique de décomposition des nations et d’unification du monde, passant par la constitution de « grands blocs continentaux ». En raison du transfert de compétences politiques, économiques et monétaires à ces blocs continentaux en voie d’unification, les États vidés de leur substance sont appelés à se disloquer. Ce processus en cours partout sur la planète permettra à ces blocs de constituer l’architecture de la gouvernance mondiale.

  • Première partie : les carnets complets de Theodor Herzl

Theodor Herzl (1860-1904) et ses carnets complets (5 volumes soit 2000 pages), présentés et expliqués pour la première fois en France dans Sionisme et mondialisme, doivent être vus sous trois aspects : a) Qui est Theodor Herzl ? ; b) Qu’est-ce que le sionisme et quel est le contexte politique dans lequel il évolue du vivant de l’auteur ? c) Quels sont les obstacles à l’idéal sioniste selon Theodor Herzl ?

a) Qui est Theodor HerzL ?

La connaissance des origines sociales d’une personne est essentielle. L’origine sociale prime sur le compte en banque. Theodor Herzl est issu de la bourgeoisie aisée germanophone de Budapest. Installé ensuite à Vienne avec toute sa famille, capitale de l’Empire austro-hongrois, il fait des études supérieures pour devenir docteur en droit. En 1889, il épouse une femme de son milieu social, Julie Naschauer (1868-1907). Ce mariage est un échec complet et l’idée d’un divorce lui traversa l’esprit plus d’une fois. Cependant, la chose ne se fit pas en raison du contexte de l’époque désapprouvant largement ce type de comportement. Ce fait est très important à souligner car Herzl trouva, d’une certaine manière, un substitut au raté de son couple. La cause sioniste consistant à favoriser la création d’un foyer juif en Palestine, prélude à la naissance d’un État, fut sa véritable compagne à qui il réserva ses plus grandes ardeurs. Ceci explique qu’Herzl a passé des années à sillonner des pays européens sans oublier l’Égypte et l’Empire ottoman pour y rencontrer des hommes politiques, des financiers et des journalistes capables de promouvoir sa cause. Ce phénomène fut d’autant plus accentué que son épouse devînt hystérique pour mourir, en 1907, à l’hôpital psychiatrique de Vienne. Entre-temps, il eut le temps et la possibilité d’avoir trois enfants (Pauline, Hans et Margaritha). En s’intéressant à leur vie, on constate qu’ils moururent tous dans des circonstances tragiques. Pauline meurt d’une overdose. Son frère Hans, apprenant sa mort, se suicide. Enfin, Margaritha, après s’être mariée à Richard Neumann, tombe elle aussi dans la folie. Elle meurt folle au camp de Theresienstadt en pleine guerre mondiale. Elle eut auparavant un fils, Stephen Theodor Neumann. L’unique petit-fils de Theodor Herzl se suicida en 1946. Cerise sur le « corbillard », l’unique ami de Herzl, le Juif allemand Heinrich Kana, se suicida lui aussi. Le sionisme a démarré au sein d’un milieu familial psychologiquement complètement désaxé. C’est donc dans ce milieu psychologiquement trouble qu’Herzl se lança à corps perdu au service de la cause sioniste tout en partageant cette activité comme journaliste littéraire au prestigieux journal viennois la Neue Freie Presse. Il fut même le correspondant de ce journal à Paris pendant cinq ans. Précisons qu’il parlait admirablement bien le français, langue que l’on retrouve largement émaillant ses carnets écrits de 1895 à 1904.

b) Qu’est-ce que le sionisme et quel est le contexte politique dans lequel il évolue du vivant de l’auteur ?

Tout d’abord, il faut souligner que le mot sionisme fut inventé par un Juif autrichien, Nathan Birnbaum (1864-1937). Herzl n’a fait que reprendre ce mot pour servir son idéal. Il est vrai aussi qu’il n’était que le énième d’une longue liste d’ardents promoteurs messianistes à saisir le flambeau de la cause juive et le rétablissement de la gloire d’Israël. À la lecture de ses carnets, il est possible de dire qu’Herzl fût, d’une certaine manière, le « Messie » de la cause juive et de son retour sur ses terres. Même si celui-ci ne prenait pas totalement au sérieux cette expression, certains passages de ses carnets révèlent une sorte de fierté, dissimulée cependant, à l’octroi d’un tel titre de la part de certains Juifs. Il faut rappeler que, depuis la destruction du Temple en 70 ap. J-C par les troupes romaines de Titus, les Juifs se sont répandus en Afrique du Nord mais aussi en Europe. La montée en puissance de l’Église catholique, dont l’existence spirituelle fut reconnue officiellement par l’empereur Constantin en 313 (Édit de Milan), représentait une véritable menace pour ces Juifs rebelles à reconnaître la messianité du Christ souffrant. Cette expression « souffrant » est capitale à retenir afin de mieux comprendre le comportement de certains représentants juifs face au nazisme comme nous allons le voir dans la deuxième partie. La conversion en masse au catholicisme des païens mais aussi de nombreux Juifs faisait prendre conscience à la synagogue aveugle qu’elle était en train de perdre des parts du marché spirituel face à Rome. Fort de ce constat, les élites rabbiniques élaborèrent un nouveau judaïsme entre 100 et 500 ap. J-C, le Talmud (code civil et religieux), pour maintenir les Juifs dans l’attente d’un « Messie » dont la seule mission serait de donner à Israël le droit et la gloire de dominer les nations. D’un point de vue historique et chronologique, on ne peut comprendre l’engagement dans cette voie de la synagogue aveugle en rappelant que ce nouveau judaïsme s’est construit (de 100 à 500 ap. J-C) uniquement en opposition au catholicisme s’affirmant dans l’Empire romain et non à l’islam qui, à cette période de temps, n’existait pas. En attente de ce « Messie », certaines factions juives prônaient l’idée qu’il fallait humainement tout faire pour permettre à la diaspora de retourner vers Eretz Israël. En revanche, une autre faction défendait le principe que seule une intervention divine rendait possible cet idéal. Ce dernier fut codifié dans un texte, le traité Ketoubot 111a. Ces oppositions internes au monde judaïque ont perduré au fil des siècles jusqu’à nos jours. Theodor Herzl, chef de file du sionisme, appartient à cette longue liste de représentants d’une faction juive estimant qu’il faut braver l’interdit de la faction rivale. Ce fait est capital à retenir. En effet, le premier Congrès sioniste de 1897 devait avoir lieu en Allemagne, plus précisément à Munich. Cependant, l’opposition horrifiée de nombreux rabbins, fidèles à l’idée que seule une intervention divine pouvait rendre possible le retour sur la terre d’Israël, bloqua l’entreprise munichoise. Herzl dut se rabattre sur la ville de Bâle en Suisse pour lancer les ambitions sionistes. Ces ambitions furent proclamées d’une manière prophétique par Herzl dans ses carnets tout juste après la clôture de ce premier Congrès :

« À Bâle, j’ai fondé l’État juif. Si je disais cela publiquement aujourd’hui, la réponse serait un rire universel. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans sûrement, tout le monde le reconnaîtra1. »

Par la suite, toute l’habileté de Herzl a consisté à jongler en permanence entre les deux grandes puissances et rivales de cette époque : l’Empire thalassocratique britannique et l’Empire terrestre allemand. Peu importe l’opinion que l’on porte concernant cet homme, on ne peut qu’admirer une intelligence et une opiniâtreté hors norme dont l’objectif était de mener à bien son idéal d’implantation juive en Palestine. En effet, à la lecture des carnets, on se rend compte qu’Herzl sut jouer des rivalités germano-britanniques. Le pétrole, remplaçant le charbon, était largement présent en Mésopotamie, plus précisément du côté de Kirkouk et de Mossoul (actuel Irak), partie intégrante de l’Empire ottoman. Des voies ferrées devaient être construites, le fameux Bagdad-Bahn, afin de quadriller cette zone géographiques avec une Palestine servant de plaque tournante concernant la production et l’acheminement des hydrocarbures. Herzl proposa qu’une implantation juive sur ce territoire permit au pays assurant cette colonisation d’être le maître d’œuvre de l’ensemble. Dans cette affaire, l’Allemagne et l’Angleterre se disputaient cet honneur. En raison de cette rivalité, le fondateur du sionisme va littéralement pratiquer la politique de « la danse du ventre » pour se vendre au plus offrant avec, toutefois, des difficultés non négligeables. Certes, il obtient un soutien réel de la part de certaines élites politiques allemandes et anglaises. Cependant, il se rend compte que la rivalité entre ces deux mondes risque de compromettre les ambitions sionistes. Dans une lettre adressée au Grand duc de Bade acquis à sa cause et conseiller intime de l’empereur Guillaume II, Herzl émet l’espoir d’une entente germano-anglaise sans pour autant s’illusionner2. Fait capital, ses propos révèlent aussi une rivalité farouche au sein du monde sioniste, partagé entre une faction au service de Berlin tandis qu’une autre appuie Londres. Un pays protecteur encadrant la création d’un foyer juif en Palestine, assurant la production des hydrocarbures et sécurisant les voies de communication de la péninsule arabique se révèle nécessaire dans cette lettre du 15 décembre 1898. Les rivalités germano-anglaises sur cette question ne pouvaient que mal se finir. Ce fut la guerre de 1914-1918 avec la victoire britannique qui mit fin à ces oppositions farouches. Les germes conduisant à ce moment fatal étaient pressentis par Herzl :

« (…) Afin que cela ne devienne pas fastidieux, je donnerai, arrivé à ce point, la conclusion de ces diverses successions d’idées la question est : Devons-nous obtenir une protection allemande ou anglaise? Le protectorat de toute autre puissance est à présent hors de question. Aujourd’hui, notre mouvement est orienté vers un protectorat allemand. Compte tenu de la bonne fortune qui m’a permis de prendre contact avec Votre Altesse Royale, ceci a été une pensée constante chose à laquelle je suis naturellement enclin de par mon éducation et de par ma qualité d’homme de lettres allemand que nous devons axer nos efforts afin d’obtenir la protection de l’Empire allemand et de la loi allemande. L’inclination de la politique allemande, récemment reconnue, de prendre pied plus à l’Est ; l’intérêt religieux et politique de la part de sa Majesté l’empereur concernant la terre de nos pères ; le fait notoire que l’influence allemande en Turquie est devenue prédominante tout cela a renforcé, au sein de notre mouvement, l’opinion que je représente en opposition avec ceux qui considèrent une protection anglaise comme souhaitable (ndla : Herzl souligne un point capital : les dissensions sionistes entre pro-allemands et pro-anglais). Il convient de prendre une décision à brève échéance. Maintenant, je crois fermement que même dans l’éventualité de l’établissement d’une société foncière, en vertu du droit civil, avec son siège en Angleterre ; cela n’exclut pas la possibilité d’avoir un règlement établi sous l’égide d’une protection allemande dans le cadre du droit international et, à une date ultérieure peut-être une sorte de co-protectorat germano-anglais ; mais qui peut prévoir les complications et les difficultés qui pourraient alors surgir ? Toute cette entreprise oscillerait entre deux, voire plusieurs, puissances (ndla : souligné par nous)3.

Concernant ces complications et ces difficultés, Herzl ne croyait pas si bien dire. Tous ses écrits soulignent une bagarre interne au sein du sionisme entre les partisans de l’Allemagne opposés à ceux préférant l’Angleterre, plus précisément la City de Londres.

c) Quels sont les obstacles à l’idéal sioniste selon Theodor Herzl ?

On ne peut comprendre les obstacles à l’idéal sioniste qu’en s’appuyant sur l’histoire mouvementée et tourmentée du peuple juif en attente de son « Messie ». En effet, comme nous l’avons souligné, des factions juives se bagarrent entre elles depuis 2000 ans s’opposant sur la manière d’agir sous la bannière divine ou non en vue de la restauration d’Israël. Les carnets complets de Theodor Herzl ne font que rappeler ces luttes intracommunautaires entre clans juifs, l’ensemble étant lié à de multiples bouffées messianiques. Le fondateur du sionisme est tellement fatigué des coups reçus de la part de certains de ses coreligionnaires qu’il n’hésite pas à exprimer des sentiments que les médias officiels et le milieu universitaire politiquement corrects se gardent bien de répercuter :

« De sorte que je vais commencer à avoir le droit d’être le plus grand de tous les antisémites4. »

En dehors de ces guerres internes avec leur lot de trahison et de retournement, à la lecture des carnets, on prend vite conscience que pour Herzl et ses collaborateurs proches un ennemi unique barre la route du sionisme. Avant de le nommer et de rapporter des passages ne laissant aucun doute sur l’obstacle cité à maintes reprises et mettant à mal l’idéal sioniste, il faut rappeler les points essentiels suivants. La Bible hébraïque est le socle de référence qui, dans sa traduction en grecque au milieu du IIIè siècle av. J-C, donne naissance à la Septante. C’est ce document de référence qui est appelé Ancien Testament dans le monde chrétien. Cet Ancien Testament peut être considéré de trois manières : 1) Il est entièrement d’inspiration divine ; 2) Il n’est en aucun cas d’inspiration divine et 3) Certains textes sont d’inspiration divine tandis que d’autres ne le sont pas. Peu importe les trois possibilités d’interprétation, nous devons relever le fil directeur de ce document. Le point clef est l’annonce d’un Messie, vrai homme et vrai Dieu. Désigné sous le nom de Jésus, Il est considéré de trois manières selon les croyants. Pour les chrétiens, Il est le Fils de Dieu incarné à la fois homme et Dieu parachevant les annonces messianiques égrenant cette Bible hébraïque prolongée par la Septante. C’est l’union hypostatique. Pour la communauté juive, ce Jésus n’est en aucun cas reconnu comme le Messie attendu par les Juifs depuis Moïse. Le monde rabbinique, comme nous l’avons indiqué au début de ce texte, a élaboré un nouveau judaïsme (le Talmud) entre 100 et 500 ap. J-C et voue aux gémonies ce Jésus en le condamnant à macérer dans une marmite bouillante remplie d’excréments. Enfin, l’islam reconnaît Jésus comme un prophète honorable et honoré. Le judaïsme talmudique et l’islam ont à l’égard de Jésus une divergence et un point commun. Les musulmans honorent ce prophète tandis que les Juifs portent à son égard les propos les plus blasphématoires. Cependant, les Juifs comme les musulmans sont d’accord sur un point clef. À la différence du monde chrétien, ces deux mondes ne reconnaissent pas Jésus comme le Fils de Dieu incarné. Pour la synagogue aveugle, il y a par conséquent une hiérarchie dans l’opprobre. La synagogue aveugle s’est construite dans le cadre du Talmud entre 100 et 500 ap. J-C dans l’attente de son « Messie » au service seul de la gloire d’Israël en opposition farouche au monde chrétien proclamant la messianité de Jésus. La chose s’est faite, nous le rappelons une nouvelle fois, dans une période de temps où l’islam n’existait pas. Par conséquent, outre le fait de s’être construit en opposition au caractère messianique du Christ, principe abhorré par la synagogue aveugle, celle-ci établit une hiérarchie dans ses rapports à l’égard du christianisme et de l’islam. Le christianisme présente un degré d’horreur absolu en affirmant le caractère messianique du Christ, caractéristique que n’affiche pas la religion mahométane. L’islam n’a pas l’outrecuidance de reconnaître ce phénomène et voit en Jésus, certes un prophète honoré, un homme et rien qu’un homme, mais pas le « Fils » d’Allah incarné. L’Église, en affirmant le caractère messianique du Christ, injurie littéralement la synagogue aveugle dont le fond de commerce – sous-entendu l’attente pour elle du vrai « Messie » au service seul de la gloire d’Israël ‒ prend un sacré coup. Au moins, selon les thuriféraires rabbiniques, les musulmans n’ont pas l’audace d’une telle affirmation. Par conséquent, ils sont relégués en deuxième division si ce n’est la troisième. En raison de cette revendication messianique reconnue et affirmée de la part de l’Église, l’unique et suprême ennemi de la synagogue, c’est Rome et le monde chrétien en général (Edom) pas l’islam. La présentation de ces faits permet de comprendre automatiquement certains passages des carnets complets de Herzl. Lors d’un entretien avec l’ambassadeur ottoman à Vienne, Mahmud Nedim, ce dernier n’hésite pas à lui rappeler en toute logique cette réalité historique et religieuse :

« Les musulmans, dit-il, sont plus proches des Juifs que des chrétiens. Parmi nous, quiconque fait une remarque insultante au sujet de Moïse ou d’Abraham a la tête coupée. Nous sommes aussi circoncis, comme vous mêmes. Vous pouvez passer pour un mahométan, moi, pour un Juif. Nous ne reconnaissons pas le Christ comme le Fils de Dieu (ndla : caractéristique essentielle de l’islam qui tranquillise le judaïsme talmudique) (…). Pour nous, ce sont tous des prophètes5. »

Il va de soi que Theodor Herzl ne fut pas offusqué par ces propos tenus par ce musulman. Il est utile de rappeler qu’il n’y a pas un paragraphe, pas une ligne de la part de Herzl contre l’islam dans les 2000 pages de ses écrits. C’est même tout le contraire. Il veut favoriser la création d’une grande banque ottomane constituée uniquement de musulmans et de Juifs. L’unique adversaire du sionisme est le catholicisme avec l’orthodoxie qui n’est mentionnée qu’une seule fois. Toutes les autres religions, protestantisme compris, sont tolérées par Herzl et ses collaborateurs. Nous pouvons relever de nombreux passages anti-catholiques comme la volonté de démonter le Saint-Sépulcre pierre par pierre, de rappeler que « le sionisme est bon contre le christianisme » ou encore de souligner le conflit ouvert entre Rome et Jérusalem. Le bouquet final peut être relevé lors d’un entretien avec l’ambassadeur juif américain, Oscar Strauss. Considérant « uniquement Rome comme l’adversaire », Herzl précise ses propos, reflets typiques de l’inversion accusatoire de la synagogue aveugle depuis 2000 ans :

« Rome est le frère riche qui hait son frère pauvre [le judaïsme]6. »

C’est donc avec cet arrière-fond de révolte spirituel face à l’unique ennemi du sionisme qu’Herzl et ses collaborateurs s’engagent dans cette volonté farouche de rendre viable une ambition multi-séculaire en favorisant un courant migratoire juif vers Eretz Israël. Le chemin pour y parvenir est semé d’embûches. Il n’empêche qu’Herzl compte sur le caractère abruti de nombreux goyim pour mener à bien ses projets. Comme il l’écrit lui-même dans son ouvrage L’État des Juifs (Der Judenstaat) :

« Il ne sera guère nécessaire de faire de grands efforts pour intensifier le mouvement d’émigration. Les antisémites s’en chargeront pour nous (ndla : souligné par nous)7. »

On peut dire que les nazis furent, en ce domaine, de parfaits agents.

  • Deuxième partie : les relations entre nazis et sionistes et l’Accord de la Haavara (« Transfert »)

On ne peut comprendre l’entente conclue entre nazis et sionistes en août 1933 aboutissant à l’Accord de la Haavara ou « Décret 54/33 » qu’en rappelant certains faits. C’est pourquoi, nous traiterons cette deuxième partie en deux points : a) Aux origines de l’Accord de la Haavara et b) Les conséquences de cet Accord.

a) Aux origines de l’Accord de la Haavara

Cet Accord trouve son premier point d’appui avec la Déclaration Balfour de 1917 qui, sous l’égide du gouvernement britannique, reconnaît l’existence d’un foyer juif en Palestine. Comme l’a prouvé le célèbre universitaire américain Carroll Quigley dans son livre Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine8, le véritable rédacteur de ce texte s’appelle Alfred Milner (1854-1925), fils spirituel de Cecil Rhodes agent des Rothschild de Londres. Après la défaite allemande en 1918, le siège de l’Organisation Sioniste Mondiale (OSM) migra en 1920 de Berlin à Londres. En raison de ce déménagement, on comprend que le Royaume-Uni prenait la tête du mouvement sioniste au dépens de l’Allemagne. Cette caractéristique fut accentuée par le fait que le premier Haut-Commissaire britannique en Palestine s’appelait Herbert Samuel, juif anglais, mais surtout neveu du banquier Samuel Montagu, collaborateur proche de Theodor Herzl. Nous pouvons tout simplement constater la parfaite continuité de la politique sioniste avançant dans ses ambitions. La création de l’Agence juive en 1929 sous l’égide de l’OSM et de sa représentation à Berlin en raison de l’appui de Max Warburg, président de la Banque éponyme, fut une étape décisive permettant de préparer le terrain en vue d’un flux migratoire juif organisé et puissant en direction de la Palestine. La crise de 1929, partie des États-Unis, bouleversa les économies européennes en priorité l’Allemagne. La montée en flèche du chômage et la famine touchant de nombreux Allemands propulsèrent le parti nazi comme une des représentations politiques les plus importantes du pays. Nommé par le maréchal Hindenburg, Adolf Hitler assoit son pouvoir le 30 janvier 1933. La réaction des instances juives anglo-saxonnes est immédiate face au nazisme même si, par la suite, nous pouvons constater un double jeu et des divergences propres à ce milieu. En tout cas, un boycott fut lancé contre l’Allemagne nazie et proclamée dans le Daily Express, le 4 mars 1933, avec un titre à la « Une » implacable : « La Judée déclare la guerre à l’Allemagne ». Les instances juives eurent un comportement variable dans l’intensité du boycott à appliquer à l’Allemagne. En effet, une frange de ce milieu s’illustra par son refus de martyriser l’avenir économique allemand : le sionisme. Pour les sionistes, et plus particulièrement la Fédération sioniste allemande, il ne fallait surtout pas abattre économiquement l’Allemagne d’Hitler. Une Allemagne abattue ruinait une politique de soutien financier en faveur du monde sioniste dans sa politique de colonisation juive de la Palestine. C’est pourquoi, les sionistes allemands vont s’évertuer à combattre les membres de la communauté juive désireux de rabaisser l’Allemagne. Une véritable politique de collaboration s’engage entre sionistes allemands et nazis. Cependant, au sein même de ce sionisme des rivalités se font sentir concernant le degré de collaboration et d’engagement à l’égard du nouveau régime. Nous laissons au lecteur le soin de lire dans notre livre les multiples rivalités et coups bas caractérisant ce milieu, en particulier la lutte entre Sam Cohen et Chaïm Arlosoroff. Les enjeux de ces débats, conduisant à l’Accord de la Haavara, étaient la mise sur pied de tout un système économique et financier consistant à créer des camps de formation agricole, horticole et de l’artisanat sur l’ensemble du Reich en vue d’envoyer ensuite une main-d’œuvre juive allemande formée en Palestine. Il fut même lancé en avril 1939 la création d’un Kibboutz en Allemagne à l’instigation de Pino Ginzburg9. C’est ce corps embryonnaire économique qui allait constituer le socle du jeune État israélien à sa création en 1948. Pour y parvenir, l’ensemble de cette politique reposait sur une mainmise complète des avoirs juifs allemands afin que ces derniers alimentent financièrement ce fameux courant migratoire juif en direction de la Palestine. Dans cette collusion germano-sioniste, l’Allemagne d’Adolf Hitler défendait le principe de la pureté raciale germanique. Il en était de même pour le mouvement sioniste désireux de conserver intact les caractéristiques du judaïsme. Il y a cependant une précision à apporter concernant le mosaïsme et le nouveau judaïsme (le Talmud), ce dernier étant lié à différents degrés à la Kabbale et à son excroissance, le sionisme. Cette idée de préservation raciale conduisant à l’interdiction des mariages avec des non-Juifs se trouve à l’origine dans le livre d’Esdras (1er Livre d’Esdras IX et X sans oublier aussi le Deutéronome VII) quand ce dernier ordonne, après le retour d’exil de Babylone, le renvoi des épouses non-Juives et de leurs enfants. Cette mesure ne peut être comprise qu’en raison de l’annonce du Messie (entre autres par Isaïe) devant naître au sein d’un peuple coupé de toute influence païenne, sous-entendu satanique. Le fait pour un Israélite de se marier à cette époque avec une non-Juive, c’était introduire au sein du mosaïsme des éléments païens (donc sataniques selon les explications de saint Paul, 1er Épître aux Corinthiens X, 20-21)) altérant cette religion et interdisant de fait l’accomplissement messianique. Le peuple juif de l’Ancien Testament devait être en quelque sorte la « couveuse » débarrassée de tout influence païenne (désinfectée spirituellement en quelque sorte) pour permettre l’arrivée du Messie. Après la naissance du Christ issu de la maison royale de David par sa Mère (la Vierge Marie), sa Passion et sa résurrection en vue de la Rédemption de l’ensemble de l’humanité, ce principe de protection raciale initialement réservé au peuple juif n’avait plus sa raison d’être. Pour les chrétiens, le Christ parachève les promesses messianiques énoncées dans le mosaïsme. L’existence de barrières entre un peuple (les Juifs) annonciateur et porteur du Messie et les autres peuples appelés à se convertir sous l’égide de la Nouvelle Jérusalem, sous-entendu l’Église, faisaient que ces mesures de protections raciales à finalité spirituelle devenaient obsolètes. Cependant, pour les Juifs violemment rebelles à la messianité du Christ, il fallait conserver cette caractéristique de protection raciale à finalité spirituelle dans le but d’attendre l’arrivée de leur « Messie » au service uniquement d’Israël, celui-ci soumettant les nations à son joug. Le sionisme, sous des apparences laïques, a conservé cet idéal messianique sur fond de racialisme. En raison de cette apologie de la pureté raciale du côté juif, celle-ci ayant déteint sur la pensée racialiste nazie nourrie par une mystique plongeant ses racines dans des lieux obscurs (Thulé, château de Wewelsburg, …), un terrain d’entente était possible entre ces frères ennemis. Cette entente fut officialisée par l’envoi d’un mémorandum par la Fédération sioniste allemande au Führer le 21 juin 1933. L’extrait ci-dessous est particulièrement révélateur :

« (…) Nous voulons insérer notre communauté dans la configuration globale sur le sol du nouvel État qui a mis en place le principe des races afin qu’il nous soit également possible d’avoir une activité fructueuse pour la patrie dans la sphère qui nous est attribuée. Nous croyons que c’est justement la nouvelle Allemagne qui, grâce à une décision audacieuse quant au traitement de la question juive, peut faire un pas décisif pour surmonter un problème qui, en réalité, doit être traité par la plupart des peuples européens, même par ceux qui nient aujourd’hui, dans leur prise de position sur la politique extérieure, l’existence d’un tel problème dans leurs propres rangs. (…) Notre engagement pour la notion de peuple juif établit un rapport sain et honnête avec le peuple allemand et sa situation nationale et raciale. C’est justement parce que nous ne souhaitons pas falsifier ce fondement, parce que nous sommes nous aussi contre les mariages mixtes et pour le maintien de la pureté de nature juive et refusons les transgressions dans le domaine culturel, que nous pouvons, alors que nous avons été élevés dans la langue et la culture allemandes, participer avec admiration et empathie aux œuvres et valeurs de la culture allemande (ndla : souligné par nous)(…)10. »

Fort de ces propos, il n’est pas étonnant de trouver cette permanence de pensée dans le Jüdische Rundschau du 17 septembre 1935 approuvant les lois raciales de Nuremberg. Nous avons publié l’intégralité de l’article du journal avec sa traduction à l’annexe XIV de notre livre. Nous présentons néanmoins quelques passages savoureux de la Fédération sioniste allemande approuvant les lois de Nuremberg :

« (…) Le Congrès sioniste international vient de se tenir en Suisse(ndla : Congrès tenu à Lucerne du 20 août au 4 septembre 1935), congrès au cours duquel il a été également mis fin très clairement au bavardage prétendant que la judéité n’était qu’une religion. Les intervenants lors du Congrès ont constaté que les Juifs sont un peuple en soi et que les prétentions de peuple de la judéité sont de nouveau exprimées. L’Allemagne n’a fait qu’en tirer les conséquences pratiques et accède aux demandes du Congrès sioniste international, lorsqu’elle fait des Juifs vivant aujourd’hui en Allemagne une minorité nationale. Le fait que la judéité soit taxée de minorité nationale rend le rétablissement de relations normales entre la germanité et la judéité possible. La minorité juive en Allemagne, grâce aux nouvelles lois, a désormais le droit de vivre sa propre vie culturelle, sa propre vie de peuple(ndla : souligné par nous). Elle peut créer ses propres écoles, ses propres théâtres, ses propres clubs de sport, en bref organiser son avenir lui-même dans tous les domaines de la vie de peuple. D’autre part, il va toutefois de soi que toute ingérence dans les questions gouvernementales du peuple allemand, toute ingérence dans les intérêts de peuple de la nation allemande doit être désormais abandonnée pour toujours. Le peuple allemand est persuadé que ces lois constituent un acte salutaire et utile pour la judéité en Allemagne elle-même. Le fait que l’Allemagne donne à la minorité juive l’occasion de vivre sa propre vie et accorde à cette vie propre à la minorité juive la protection de l’État, favorise l’évolution de la judéité vers un peuple et participe à rendre le rapport entre de nombreuses nations de nouveau plus supportable. (…) En même temps que la loi sur la nationalité, une autre mesure a été prise, qui met fin de façon soudaine à un phénomène de l’ère libérale : les mariages mixtes entre Juifs et Allemands seront interdits à l’avenir, même les relations extraconjugales seront punies(ndla : souligné par nous). (…) Cette liberté de la vie amoureuse, comme aussi dans les temps anciens, a fait sortir de nombreuses personnes de la communauté juive. Au cours des dernières décennies, il était même question que, dans certains pays, la judéité soit sur le point de disparaître à cause des mariages mixtes. C’est pourquoi, les cercles versés dans le judaïsme ont pris position, depuis de nombreuses années, contre la multiplication des mariages mixtes (ndla : souligné par nous) (…)11.

En raison d’une compréhension mutuelle s’agissant de la préservation de la pureté raciale parallèlement à des arrangements financiers bien précis, l’Accord de la Haavara fut publié dans l’équivalent du « Journal officiel allemand » le 28 août 1933. Le journal de la Fédération sioniste allemande, le Jüdische Rundschau, fit de même dans son édition du 5 septembre. Nous avons présenté l’intégralité de ces deux textes dans Sionisme et mondialisme avec la traduction complète. En raison de cet accord, une politique de collaboration s’ensuivit. Émaillée de tensions, il n’empêche que cette collaboration a perduré jusqu’en avril 1941. Nous pouvons présenter les points essentiels dans le paragraphe suivant.

b) Les conséquences de cet Accord

C’est fort de cette alliance si peu révélée et expliquée par les milieux universitaires et journalistiques qu’une politique de collaboration s’instaura entre ces deux mondes. Comme il a été auparavant écrit, de nombreux camps de formation ouvraient leurs portes aux Juifs germanophones pour les former aux techniques agricoles, horticoles et aux métiers de l’artisanat. Cette formation se faisait sous la surveillance active des autorités nazies comme le souligne le rapport adressé par le SS Karl Hasselbacher aux responsables de la police politique, la Gestapo, énonçant les points clefs à prendre en compte pour le bon déroulement de ces formations :

  1. « Dénomination des lieux de formation.
  2. Quelle organisation juive entretient le camp ?
  3. Qui est le propriétaire du terrain ? (Au cas où cela appartiendrait à une organisation : des données afin de savoir si celle-ci est sioniste ou assimilationniste)
  4. Combien de personnes peuvent-elles être logées ?
  5. Caractéristiques de ces effectifs.
  6. Objectif de cette formation.
  7. Est-ce que cette formation a pour but l’émigration ou le maintien en Allemagne ?
  8. À qui l’installation de ce camp a été déclarée et auprès de quelle autorité l’autorisation a-t-elle été déposée12 ? »

Formés aux diverses techniques (agricoles, artisanales, …) nécessaires pour créer les bases d’une économie fonctionnelle, ces Juifs germanophones voyaient leur formation couronnée par un certificat. C’est nanti de ce document prouvant leur formation qu’ils pouvaient prétendre se rendre en Palestine sous l’étroite collaboration entre nazis et sionistes. Le voyage se faisait essentiellement par voie fluviale (le Danube) pour descendre ensuite vers le Sud ou par bateau à partir des côtes yougoslaves. Il faut insister sur cette entraide entre nazis et sionistes. En effet, celle-ci fut célébrée par la frappe d’une médaille commémorative sur l’ordre du ministre de la propagande Joseph Goebbels en 1934 avec d’un côté, l’étoile de David et, de l’autre, la croix gammée. Cette réalité historique dérangeante pour beaucoup n’est jamais évoquée. Nous nous sommes fait le devoir d’apposer cette médaille recto/verso sur la couverture de notre livre avec l’adresse du centre numismatique en page intérieure pour ceux qui voudraient se la procurer13. Ce flux de Juifs formés et envoyés vers la Palestine tenue par un mandat britannique déplaisait fortement à Londres. En effet, en raison de l’augmentation démographique constante des Juifs de Palestine allant de pair avec l’accaparement des terres agricoles, les populations arabes étaient vent debout contre cette immigration. La politique britannique consciente des difficultés croissantes entre ces deux populations avait instauré un quota de Juifs pouvant s’installer en Palestine jusqu’en 1944, soit 75 000 personnes. Au-delà de cette date, il fallait obtenir l’assentiment des Arabes pour continuer à favoriser ce courant migratoire. Compte tenu de l’état d’esprit chauffé à blanc des populations musulmanes, on peut deviner sans peine la réponse apportée. Ce frein britannique à l’immigration juive en Palestine ulcérait les sionistes qui renforcèrent leur collaboration avec les nazis afin de contourner le blocus anglais sur les côtes de Palestine. Pour la réussite de l’entreprise, Adolf Hitler donna son accord afin de persévérer dans cette voie de colonisation juive auparavant formée en Allemagne. Suite à de multiples réunions, les représentants du Führer donnèrent leurs instructions qui furent présentées dans un rapport rédigé par Carl Clodius, le représentant de 1937 à 1943 de la section politico-économique du ministère des Affaires étrangères. Nous y présentons un extrait en sachant que l’intégralité de ce rapport est publié dans notre livre. Il est à noter que des dissensions existaient au sein des dirigeants nazis, certains craignant que ce flux migratoire ne favorisât la création d’un État juif :

« Après le communiqué du Bureau de politique étrangère, le Führer a de nouveau décidé très récemment, après un nouvel exposé du Reichsleiter Rosenberg [théoricien du nazisme], que l’émigration des Juifs hors de l’Allemagne devait toujours être encouragée par tous les moyens (ndla : souligné par nous). L’ambiguïté, qui existait peut-être encore jusqu’ici, quant au fait de savoir si, de l’avis du Führer, cette émigration devait se faire en priorité vers la Palestine, a été levée dans le sens positif. Au vu de cette situation, il est proposé de répondre au courrier adressé au ministère de l’Intérieur du Reich à peu près comme suit :

Le ministère des Affaires étrangère est toujours d’avis que la fondation d’un État juif autonome en Palestine n’est pas souhaitée (ndla : souligné par nous). Le Gouvernement allemand continuera à combattre, par conséquent, la fondation d’un tel État par tous les moyens politiques à sa disposition. Toutefois, au vu de l’évolution récente, il semblerait que la fondation d’un tel État soit de toute façon un échec à cause d’autres résistances. La question de l’émigration de Juifs hors d’Allemagne vers la Palestine a été tranchée, depuis, par une décision du Führer, de nouveau dans le sens où il faut continuer à encourager l’émigration (ndla : souligné par nous)14.

Afin de contrer le blocus britannique, les sionistes décidèrent de créer en 1937 un Comité chargé de favoriser une émigration juive illégale en direction de la Palestine (le Mossad Le’aliyah Bet). Ce dernier était composé de personnes provenant essentiellement de la Haganah (« Défense » en hébreu), organe s’activant dans le domaine de la surveillance et du renseignement. Ce Comité fixé à Paris avait des représentations à Berlin et à Vienne pour traiter directement avec les instances nazies pour s’entendre sur la politique migratoire juive au dépens du blocus britannique. Ce phénomène fut merveilleusement bien expliqué par un Juif autrichien, Ehud Avriel, qui, devenu quelques années plus tard citoyen israélien, fut ambassadeur de l’État d’Israël à Rome mais aussi membre actif au sein de la Commission de la défense du parlement israélien (la Knesset). C’est dans un ouvrage paru en 1975 relatant ses années de jeunesse et de guerre, Open the gates et préfacé par le Premier ministre israélien Golda Meir, qu’il évoque les coulisses d’un monde bien éloigné de la version autorisée dans les milieux « bien » pensants. En effet, une succursale de ce Comité fut installé à Vienne, en 1938, directement en face du siège de la Gestapo rue Marc Aurèle. L’auteur explique que cette collaboration se faisait d’une manière franche et directe :

« En Allemagne de l’avant-guerre, ces opérations n’étaient ni illégales ni secrètes. Le Bureau de la Gestapo situé juste en face du nôtre savait parfaitement où nous étions et ce que nous faisions. L’illégalité n’a commencé qu’aux côtes de la Palestine avec le blocus britannique (ndla : souligné par nous)15. »

Cette collaboration alla encore plus loin compte tenu que « l’assistant d’Adolf Eichmann »16, expression utilisée par Ehud Avriel pour décrire sa position dans l’appareil nazi, Berthold Storfer, était un Juif converti au catholicisme. C’est cet homme qui était l’agent de liaison entre Eichmann et le réseau du Comité pour l’émigration illégale des Juifs vers la Palestine17. Cette politique migratoire se poursuivit jusqu’en avril 1941 supervisée, côté sioniste en Allemagne, par l’Agence juive de Berlin chapeautant près de 22 agences éparpillées sur tout le territoire du Reich. Ainsi, en se référant au rapport de la Reichsvereinigung der Juden in Deutschland (« L’Association du Reich des Juifs en Allemagne ») publié en novembre 1941, près de 350 000 Juifs germanophones purent quitter le Reich de 1933 à 1941. Le tableau de ce rapport publié dans notre livre montre la diversité des pays d’accueil pour ces Juifs. Sur les 350 000 Juifs à quitter l’Allemagne, environ 80 000 formés aux techniques agricoles et autres s’installèrent en Palestine. Ils ont été le cœur économique du tout jeune État israélien à sa naissance en 1948.

Conclusion

Un élément a retenu notre attention et confirmé une habitude séculaire propre au monde juif depuis des siècles. En effet, la lecture des carnets complets de Theodor Herzl puis de pièces d’archives allemandes traitant des relations entre nazis et sionistes révèlent les bagarres terribles entre factions juives. Ces rivalités sont à relier à des préceptes religieux pour certains, laïcs pour d’autres. Certains représentants du milieu juif sont restés acquis à l’idéal de réparation ou tiqoun préfigurant la rédemption du monde mais aussi d’affranchissement de la Loi (antinomisme). Cette mission dévolue au monde juif a été particulièrement développée par le rabbin Isaac Louria, le fameux « Lion de Safed » (1534-1572). Ses travaux ont eu un impact considérable sur le courant messianique juif dont nous trouvons de parfaits représentants comme Sabbataï Tsevi (1626-1676) et Jacob Frank (1726-1791) avec le développement d’un principe aux conséquences vicieuses : la rédemption par le péché. Ce concept part du principe que les désordres les plus divers (guerres, génocides, épidémies, valeurs morales déformées etc) peuvent aider à passer à une étape supérieure pour accélérer l’arrivée messianique. Les souffrances en tout genre sont des indicateurs, selon eux, de l’arrivée du « Messie ». Plus ces souffrances sont vives et variées, plus l’arrivée du « Messie » est proche. Qui plus est, si l’action de l’homme avive ces souffrances, le dénouement divin s’accélère encore plus. On peut dire que certains représentants de la communauté ne sont pas restés les bras croisés. L’expression propre à ce milieu pour désigner cette manière de raisonner est appelée « les souffrances de l’enfantement » du Messie ou « convulsions messianiques ». Nous laissons le soin au lecteur de méditer les propos du rabbin Stephen Wise, sioniste et héritier d’une pensée plongeant dans le lourianisme et les préceptes sabbatéo-frankistes en opposition au précepte du Christ souffrant, tenus en septembre 1933 lors de la deuxième Conférence juive mondiale à Genève :

« Encore une fois, le peuple juif semble appelé à jouer un grand rôle dans l’histoire, peut-être le plus grand rôle dans tous les âges de son histoire tragique. Encore une fois, le peuple juif est appelé à souffrir en tant que serviteur souffrant de l’humanité. Nous sommes appelés à souffrir afin que l’humanité et la civilisation puissent survivre et perdurer. Nous avons souffert avant. Nous sommes les éternels serviteurs souffrants de Dieu, de l’histoire du monde qui est le jugement du monde (ndla : souligné par nous). Nous ne nous rebellons pas contre ce rôle tragique que nous devons jouer si, en échange, les nations de la terre peuvent obtenir un plus, peuvent en profiter comme une conséquence de nos souffrances et peuvent comprendre à temps l’énormité du danger qu’elles affrontent face à l’ennemi commun de l’humanité qui n’a d’autre but que de nous conquérir et de nous détruire. Nous y sommes prêts à la seule condition que les choses précieuses et belles de la vie puissent survivre. C’est, encore une fois, la mission des Juifs18. »

En conservant cette manière de raisonner et pour finaliser la gouvernance mondiale but ultime du mondialisme, un terrible Ordo ab Chao est dans la logique de cette pensée d’essence satanique. Rappelons aussi qu’après ce discours, le rabbin Stephen Wise est retourné aux États-Unis pour se mettre à l’abri des événements européens. Il semble ne pas avoir voulu jouer le rôle de serviteur souffrant.

1Volume II des carnets complets de Theodor Herzl, p. 581-582. Nous avons publié l’original en allemand écrit de la main de Herzl dans notre livre « Sionisme et mondialisme », Éditions Nouvelle Terre, annexe IV, p. 305.

2Un autre conseiller intime de l’empereur Guillaume, le prince von Eulenburg, n’hésitera pas à dire à Herzl : « L’Allemagne n’ira pas faire la guerre pour la cause des sionistes » in Volume deux, livre six, p. 691. C’est justement ce qui s’est produit en 1914.

3 Ibid., pp. 775-776.

4Volume II, p. 482.

5 Ibid., p. 483.

6 Volume III, p. 899.

7Der Judenstaat, La Découverte, p. 77.

8Carroll Quigley, Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine, préface de Pierre Hillard, Éditions Culture et Racines, 2020, p. 263.

9Sionisme et mondialisme, p. 224

10Ibid., p. 320 et suivantes.

11Ibid., pp. 236-237.

12 Ibid., p. 221.

13Pour renforcer notre propos, nous rappelons au lecteur que nous avons publié dans Sionisme et mondialisme les informations publiées dans le Jüdische Rundschau du 25 août 1933 (annexe X) exposant et commentant deux tableaux au sujet des relations commerciales entre l’Allemagne nazie et la Palestine sous mandat britannique. On y observe les faits suivants. Durant le premier semestre 1933, les exportations allemandes baissent en direction de tous les pays du monde à l’exception de la Palestine. Les sionistes allemands étaient ravis.

14Ibid., p. 245.

15 Open the gates, Atheneum, préface de Golda Meir, 1975, p. 29. Dans sa version originale en anglais : « In pre-war Germany these operations were neither legal nor secret : the Gestapo office directly across the street from our own knew exactly where we were and what we were doing ; the illegality began only at the shores of Palestine with the British blocade. »

16Ibid., p. 72.

17Berthold Storfer termina sa vie à Auschwitz en novembre 1944.

18 Sionisme et mondialisme, op. cit, pp. 264-265.

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