Le Cours Racine à Legé (44) : ces parents qui ont décidé de rebâtir l’école hors du système [Interview]
Source : breizh-info.com – 14 avril 2026
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À Legé, au sud de Nantes, des parents ont fait un choix que beaucoup jugeraient insensé : créer de toutes pièces une école hors contrat, avec leur propre argent, sans subventions publiques, en assumant une ligne pédagogique exigeante et une identité catholique claire.
Derrière l’aventure du Cours Racine, il y a bien plus qu’un projet scolaire : le refus d’un système éducatif jugé à bout de souffle, la volonté de reprendre en main l’instruction des enfants, et le pari, risqué mais concret, de reconstruire localement ce que l’école officielle ne parvient plus, selon eux, à transmettre. Entre obstacles administratifs, sacrifices financiers, pressions diverses et espérance d’un renouveau éducatif, cette immersion donne à voir une France de parents bâtisseurs, décidés à ne plus subir.
Rencontre avec Maxime Le Guénic, un père de famille impliqué dans cette aventure.
Breizh-info.com : Vous avez fait le choix radical de créer une école hors contrat à partir de rien. À quel moment vous vous êtes dit : “ça ne fonctionne plus, il faut reprendre les choses en main” ?
Maxime Le Guénic : Le déclic n’a pas été le même pour tous, mais il y a eu un moment commun : après le COVID, nous avons ouvert les yeux.
Nous nous sommes rendu compte que nous confiions nos enfants à un système où ils n’étaient plus la priorité.
Aujourd’hui, l’école ne transmet plus vraiment, elle gère des flux, des lignes budgétaires.
Des classes à 30, des absences non remplacées, des professeurs épuisés… et au milieu de tout ça, nos enfants qui passent de plus en plus souvent à côté de leur scolarité sans que personne ne s’en aperçoive.
Le plus frappant, c’est que nous ne savions même plus vraiment ce que faisaient nos enfants à l’école.
Quand des parents engagés en arrivent là, c’est qu’il y a un problème profond.
L’école se dégrade depuis des années, mais depuis peu, nous sentons une accélération très nette.
À un moment, nous ne pouvons plus faire semblant.
Nous ne nous sommes pas dit “nous allons changer le système”.
Nous nous sommes dit : “nous ne pouvons plus laisser nos enfants dedans en l’état.”
Breizh-info.com : Concrètement, qu’est-ce qui, dans l’école classique aujourd’hui, ne correspond plus à ce que vous souhaitez pour vos enfants ?
Maxime Le Guénic : Je vous remercie pour cette question, mais la vraie question est l’inverse : qu’est-ce qui fonctionne encore aujourd’hui dans l’école ?
Il y a des professeurs formidables, il faut le dire. Mais le problème n’est plus individuel, il est devenu structurel : l’école ne sait plus clairement quelle est sa mission.
L’ascenseur social est en panne. L’école n’instruit plus, elle n’élève plus.
Pour nous, l’école, c’est autre chose.
C’est la poésie, où les mots s’envolent de beauté.
Ce sont des problèmes où l’on se retrousse les manches aux côtés de nos enfants.
Ce sont des textes de littérature, parfois ardus, qui leur donnent envie de se plonger dans les livres.
C’est un lieu qui instruit et qui donne les clefs du monde aux enfants.
Aujourd’hui, on veut apprendre la programmation à des enfants qui ne maîtrisent pas leurs tables de multiplication.
On met des écrans très tôt, et on s’étonne ensuite des difficultés d’écriture et de concentration.
On demande à des enfants fragiles de “co-construire leurs apprentissages”.
On marche sur la tête.
Vous avez vu les classements Pisa ? Le niveau sombre lentement mais sûrement.
Et dans tout ça, le professeur a perdu sa place.
Il a perdu le respect qu’il avait par le passé, il est devenu un animateur.
Or, sans autorité et sans transmission, il n’y a plus d’école.
Breizh-info.com : Monter une école sans financement public, avec votre propre argent, c’est un pari risqué. Quelles ont été les principales difficultés, notamment financières et administratives ?
Maxime Le Guénic : La première difficulté, c’est de trouver un lieu adapté. Une école est une structure ERP, avec des contraintes très strictes, et peu de bâtiments correspondent réellement au cahier des charges.
Ensuite vient la question des finances : acheter ou louer, rénover, payer les professeurs, le matériel…
Tout cela avec des effectifs qui, au départ, ne permettent pas d’atteindre l’équilibre.
Les premières années sont forcément déficitaires.
Nous avons fait des choix forts : nous avons accepté de réduire nos revenus et de prendre des risques sur nos épargnes. Plusieurs centaines de milliers d’euros ont été investis pour offrir aux enfants un lieu neuf, fonctionnel et entièrement équipé.
Nous avons passé des mois à éplucher les PLU. Très vite, nous comprenons que nous ne rentrons dans aucune case. Administrativement, nous avançons en terrain inconnu, et nous devons parfois trouver des solutions là où elles n’existent pas.
Il faut aussi être lucide : ouvrir une école indépendante, et qui plus est avec une identité catholique assumée, n’est pas toujours bien accueilli. Cela peut compliquer certaines démarches et allonger des délais.
Concrètement, nous avons déjà été bloqués pour un simple droit de passage. Ce sont des détails, mais ce sont eux qui peuvent arrêter un projet.
Au début, nous dormons peu.
Nous sortons complètement de nos compétences habituelles pour endosser une multitude de rôles.
Tout est à construire, c’est un chantier permanent.
Et forcément, au départ, beaucoup de gens nous regardent comme si nous étions fous.
Breizh-info.com : Trouver un lieu, le rénover, recruter des enseignants… On imagine un parcours semé d’obstacles. Qu’est-ce qui a été le plus compliqué dans cette aventure ?
Maxime Le Guénic : Le plus compliqué… les finances et le mental !
L’argent est une dimension centrale : une école coûte très cher. Nous reprenons une mission qui relève normalement du service public, par ailleurs que nous finançons aussi. C’est un modèle associatif, mais qui se pilote comme une entreprise, avec une vraie prise de risque.
À l’image d’un entrepreneur qui doit gagner la confiance de ses clients et les fidéliser, nous devons attirer de nouveaux élèves et les accompagner sur la durée, du cours préparatoire à la 3ᵉ.
Et puis il y a le mental.
Nous devons tenir dans la durée, avoir les reins solides, rassurer en permanence, même lorsque nous enchaînons les nuits courtes parfois blanches. Évènements, communications, recherche de fonds, fête de l’école, tombola, soirée dansante, soirée mécénat, cela repose entièrement sur un petit groupe de quelques parents qui donnent tout depuis deux ans.
En réfléchissant davantage à cette question, nous avons aussi découvert une réalité plus dure : des personnes que nous ne connaissons pas cherchent à nous nuire, à faire capoter le projet. Critiques, pressions, parfois même insultes…
Nous n’étions pas préparés à cela, surtout lorsque nous agissons avec en tête les enfants et le bien commun.
Breizh-info.com : Vous insistez sur un mélange entre pédagogie traditionnelle et méthodes alternatives. Pourquoi ce choix, et en quoi cela répond-il selon vous aux lacunes actuelles du système éducatif ?
Maxime Le Guénic : Une bonne pédagogie s’adapte aux besoins d’un élève. Elle n’est pas figée mais vivante. Elle donne du sens. Et ce bon sens manque cruellement aujourd’hui.
La pédagogie explicite transmet un apprentissage clair, solide, éprouvé. Les pédagogies alternatives viennent l’incarner, lui donner corps et permettre à l’élève de l’ancrer durablement.
Car apprendre prend du temps. Nous travaillons le rituel, la mémoire, l’apprentissage par l’action.
Nous cherchons l’efficience, guidés par le bon sens. Nous développons l’esprit critique.
Chez nous, des élèves que nous remettons à niveau lisent Virgile, Hésiode, Dante Alighieri, Alexandre Dumas, Victor Hugo.
En primaire, ils savent expliquer pourquoi on parlait autrefois de “Loire-Inférieure” : une histoire qui commence bien avant 1790, avec Jules César et une bataille navale qui tourne mal. Nos emplois du temps intègrent des rythmes différents : on ne mobilise pas un élève à haute intensité toute la journée.
Enfin, nous travaillons avec les familles. Elles éduquent et exercent leur autorité. Elles ont un rôle à jouer.
Nous devons regarder dans la même direction.
Nous sommes une équipe autour de l’enfant. Nous le portons.
Pendant que le système s’éparpille dans les effets de mode et les réformes stériles, nous faisons un choix simple : une méthode cohérente, incarnée, structurée. Une éducation en 3D.
Breizh-info.com : Aujourd’hui, dans votre école, qu’est-ce qui change concrètement pour les enfants au quotidien, par rapport à un établissement classique ?
Maxime Le Guénic : Et bien, ils ont le sourire !! Ils sont heureux !! Et cela se voit : c’est toujours la première chose que remarquent les personnes extérieures.
Certains sont arrivés écorchés et retrouvent peu à peu l’insouciance, l’innocence propre à leur âge.
Nous avons en moyenne cinq élèves par classe. (Il nous en faut davantage, on a de la place)
Une institutrice et des professeurs assurant un suivi individualisé de chaque élève. Étude accompagnée, aide personnalisée, emplois du temps parfois sur mesure : chacun avance à son rythme.
Je souhaite apporter un témoignage personnel, à travers mon expérience et celle de ma fille, aujourd’hui en 6ᵉ.
Dès 2019, nous avions décelé une potentielle dyslexie, mais cela avait été écarté : “tout va bien, tout est normal”, selon les maîtresses d’une école privée du secteur. Lors du Covid, en faisant l’école à la maison, j’ai rapidement compris qu’il y avait un problème.
Un bilan a ensuite confirmé notre intuition : dyslexie et dysorthographie.
Les signes étaient là, mais n’avaient pas été identifiés, le niveau d’exigence étant trop faible pour les faire apparaître clairement. Récemment, elle m’a ramené un 20/20 en mathématiques et un 17,5/20 en français. Elle rattrape son retard et progresse.
Avec des effectifs surchargés, l’enfant performant n’atteindra jamais son plein potentiel, et celui qui rencontre des difficultés est laissé de côté.
Je m’adresse donc aux parents qui me lisent : souhaitez-vous des classes à taille humaine, pour que votre enfant progresse et devienne demain un adulte libre et indépendant ? Si oui, posez-vous une question simple : comment votre enfant passe-t-il réellement son temps dans son établissement actuel ?
J’en profite aussi pour souligner l’implication de nos professeurs.
Eux aussi ont fait des sacrifices importants, notamment sur leur rémunération.
Ils donnent du temps, parfois bénévolement, parce qu’ils croient profondément en ce projet.
Breizh-info.com : Votre projet comporte aussi une dimension spirituelle assumée. Est-ce aujourd’hui devenu difficile, en France, d’intégrer cette dimension dans l’éducation ?
Maxime Le Guénic : C’est une question difficile, qui pose problème à deux niveaux. Le premier est scolaire. La laïcité n’est pas l’athéisme. En cherchant à gommer toute dimension religieuse, on se prive d’une clé essentielle de compréhension du monde.
La France s’est construite historiquement comme un pays catholique, qui a profondément irrigué sa culture, son histoire et ses repères.
Le second problème est celui du respect. Certains enfants arrivent d’établissements, parfois même catholiques sous contrat, où ils ont été moqués, stigmatisés, parfois humiliés parce qu’ils sont croyants.
Ici, ils peuvent poser leurs questions librement, sans crainte. Ils trouvent un cadre serein, respectueux.
Pendant le Carême, nous avons vécu des moments forts et émouvants.
Il est frappant de voir un enfant non baptisé ne manquer aucun chapelet le vendredi, préférant y participer plutôt que de rester jouer dans la cour. Les cloches sonnent un peu plus depuis notre arrivée.
Elles sont une invitation. Elles rappellent que la foi est un chemin personnel. L’école affirme son identité, sans jamais l’imposer.
Les familles et les équipes reflètent cette pluralité, dans un respect réel et vécu.
Breizh-info.com : Avez-vous rencontré des résistances ou des pressions, que ce soit de l’administration, de l’environnement local ou même d’autres parents ?
Maxime Le Guénic : Nous avons été bien accueillis par la mairie de Legé, les commerçants et les entreprises locales. Nous travaillons avec la bibliothèque et les associations qui le souhaitent.
Les gens observent, s’étonnent, puis apprennent à nous connaître. Mais il y a aussi eu des moqueries, des insultes, des calomnies, avec un objectif clair : nous faire fermer. Ces attaques surprennent, notamment par leur provenance.
Le rectorat nous a inspectés deux fois en deux ans. Un rythme exceptionnel, y compris pour des enseignants qui, auparavant, n’avaient jamais été autant contrôlés. Nous avançons. Nous tenons.
Et nous restons concentrés sur l’essentiel : l’instruction des enfants.
Breizh-info.com : Deux ans après la création du Cours Racine, quel premier bilan tirez-vous ? Est-ce que le projet tient ses promesses ?
Maxime Le Guénic : En deux ans, nous avons transformé une maison d’habitation en école, constitué une équipe pédagogique solide, avec en moyenne neuf ans d’expérience, et trouvé notre place dans le paysage scolaire en la justifiant par nos actions.
C’est épuisant, mais quelle bonne fatigue !!
La dynamique est positive. Les promesses sont tenues… presque !
Nous avons beaucoup investi pour créer un lieu magnifique. Tant que les effectifs ne sont pas stabilisés, ce que nous pensons atteindre après cinq années pleines, tout peut s’arrêter du jour au lendemain si nous relâchons nos efforts. Et pourtant, nous pouvons encore faire mieux, et nous le devons aux enfants.
Les axes d’amélioration passent par l’augmentation naturelle des effectifs.
Dans le hors-contrat, chacun le sait : la troisième année est souvent la plus difficile. En France, les charges augmentent plus vite que la notoriété. Nous arrivons à une étape charnière.
Nous avons besoin de soutien financier pour franchir ce cap, atteindre les cinq années pleines et permettre à l’école de consolider durablement son équilibre.
Une campagne de dons est en cours : 👉 https://www.helloasso.com/associations/cours-racine/formulaires/3
Breizh-info.com : Votre initiative peut inspirer d’autres familles. Pensez-vous que ce type d’école est amené à se développer face aux difficultés du système éducatif français ?
Maxime Le Guénic : Oh là oui !!
Les écoles hors contrat ont de beaux jours devant elles. Elles sont une réponse à un effondrement que l’on ne peut plus dissimuler ni ignorer.
Les 158 fermetures annoncées en Loire-Atlantique et en Vendée à la prochaine rentrée en sont une illustration. On densifie, on compresse, on étouffe professeurs et élèves.
Les parents sont tenus à l’écart.
Créer ces écoles devient de plus en plus difficile. Tout est fait pour décourager, freiner, empêcher. Les contrôles se multiplient, se durcissent. C’est précisément pour cela que les parents doivent s’en emparer et que les maires doivent en faire un enjeu local.
L’école Saint-Hilaire de l’Île d’Elle, en Vendée, pourrait par exemple rester ouverte et maintenir ses professeurs si elle passait hors contrat.
Il appartient à chacun de se battre et de choisir ce qu’il veut pour ses enfants et pour sa commune.
Être une ligne comptable d’un ministère, ou le cœur battant d’un village ?
Car au bout du compte, lorsque les rires des enfants s’éteignent, ce sont nos campagnes qui meurent, et avec elles, une part de notre avenir.
Propos recueillis par YV

