Union européenne : du « patriotisme constitutionnel » au « patriotisme géopolitique », la naissance d’une hydre à deux têtes, l’une globaliste, l’autre revanchiste.
Source : eurocontinent.eu – 27 juin 2026- Pierre-Emmanuel Thomann
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Afin de créer un sentiment de loyauté envers la construction européenne, une affection societatis européenne, l’Union européenne (UE) se repose aujourd’hui sur un alliage de deux courants idéologiques pour faire émerger un patriotisme européen[i] : la doctrine postnationale et plus récemment l’« Europe géopolitique » censée protéger les Etats-membres et les citoyens contre une soi-disant menace russe, donc une sorte de nouveau « patriotisme géopolitique européen ».
Doctrine postnationale et Europe géopolitique
La doctrine postnationale de l’UE suppose le dépassement des Etats-nations par la suppression du patriotisme enraciné aux nations qu’il soit à dominante républicaine et territoriale ou d’ordre ethnoculturelle et son remplacement par une loyauté aux normes de gouvernance universelles (démocratie -droits de l’Homme) qui dissocie citoyenneté et identité nationale territoriale. Cette doctrine est en grande partie l’héritière du concept allemand de « patriotisme constitutionnel ». Le « patriotisme constitutionnel » est une doctrine qui propose de remplacer le patriotisme classique envers la nation par le développement d’un attachement à la loi fondamentale allemande et ses valeurs universelles (la constitution allemande) selon une vision postnationale.
Plus récemment, une « Europe géopolitique », qui protégerait les citoyens contre une menace Russe, a été formulé par la présidente de la Commission européenne, l’allemande Ursula Von der Leyen[ii]. Selon cette nouvelle représentation, la Russie est érigée en menace et ennemi principal de l’UE à l’occasion de l’aggravation de la guerre en Ukraine, tandis que la Russie, héritière de l’URSS est placée sur le même plan que l’Allemagne nazie, selon une relecture et falsification de l’histoire
Ces représentations idéologiques et historiques véhiculées par l’UE sont en réalité ainsi largement issues de représentations allemandes. Elles ont émergé dans le cadre de la redéfinition de l’identité nationale allemande après la chute de l’Allemagne nazie et plus récemment la réunification, selon un processus de relecture de l’histoire transféré à l’UE. Le concept de « patriotisme constitutionnel » est d’abord un produit de l’occidentalisation de l’Allemagne, avec l’adoption par les Allemands après leur capitulation en 1945 de la démocratie libérale d’inspiration américaine, donc une américanisation, mais aussi les notions universelles issues de la révolution française, dans le contexte d’une dénazification de l’Allemagne exigé par les Alliés. Ce processus s’est réalisé dans le cadre du choix géopolitique délibéré de Konrad Adenauer, premier chancelier de l’Allemagne, d’ancrer la République fédérale allemande (Allemagne de l’Ouest) à l’Ouest (Westernisierung), afin d’éviter tout basculement d’alliance de l’Allemagne entre Est et Ouest et faire face à la menace soviétique, l’Allemagne de l’Est étant déjà sous contrôle de l’URSS.[iii]
Cette occidentalisation de l’Allemagne a ensuite ouvert la voie aux idées du philosophe allemand Jürgen Habermas, qui estimait que la République fédérale allemande était particulièrement propice au développement d’une vision postnationale en raison de son passé nazi, son ouverture à l’Occident, la partition du pays et une situation socio-économique favorable. Afin de solidifier ce nouveau système, le « patriotisme constitutionnel », selon Jürgen Habermas[iv] était nécessaire pour surmonter le nationalisme allemand, intégrer les migrants dans une société ouverte, multiculturelle et libérale et favoriser l’intégration européenne en développant d’une conscience postnationale dans la mondialisation car une identité européenne assumée serait nécessaire pour renforcer l’Europe en interne et sur la scène mondiale
Si le « patriotisme constitutionnel » avait pour objectif principal de débarrasser l’Allemagne et l’Europe de son atavisme nationaliste, la notion plus récente d’« Europe géopolitique » cherche à fonder une nouvelle loyauté européenne ancrée dans l’hostilité à la Russie suite à l’aggravation de la crise en Ukraine qui oppose la Russie à l’axe Washington-OTAN-UE-Kiev. La doctrine d « Europe géopolitique », du point de vue idéologique, a aussi émergé à l’issue d’un processus de relecture de l’histoire plus ancien qui a consisté à relativiser le nazisme par la mise sur le même plan l’URSS et l’Allemagne nazie, afin de faciliter le retour d’un patriotisme national allemand. La première étape de relecture de l’histoire a donc ouvert la voie à la promotion d’une « Europe géopolitique » qui se construit aujourd’hui contre la Russie.
La Querelle des Historiens, matrice du « patriotisme constitutionnel » et de l’ « Europe géopolitique » antirusse
Or la notion de loyauté européenne à un système postnational ancrée dans les valeurs universelles et libérales, héritière de la doctrine du « patriotisme constitutionnel », mais aussi l’ « Europe géopolitique » antirusse que porte l’UE actuelle sont des notions qui se sont épanouies dans un contexte historique particulier en Allemagne, la « Querelle des Historiens » (Historikerstreit).
La « Querelle des Historiens » est une période où les historiens allemands se sont violemment déchirés entre deux extrêmes idéologiques à la fin des années 1980 en Allemagne de l’Ouest. Cette polémique a opposé des historiens conservateurs pour qui l’assassinat des Juifs était issu d’une évolution du régime nazi causé par l’invasion de l’ex-URSS et les intellectuels de gauche comme Jürgen Habermas, qui ont souligné l’intentionnalité du génocide des Juifs, qui aurait été planifié avant la Seconde Guerre mondiale. Du point de vue de la géopolitique identitaire, ce débat a opposé les historiens de droite qui avaient entrepris la réhabilitation de l’identité nationale à partir de la relativisation des crimes du passé nazi (en établissant une équivalence Allemagne nazie et URSS) et les intellectuels de gauche qui ont entrepris une critique fondamentale du nationaliste allemand et la promotion d’une Allemagne postnationale[v].
Les historiens de droite, dont Ernst Nolte était le chef de file, avaient pour objectif de faciliter le retour d’un patriotisme allemand et mettre un terme à la repentance allemande conceptualisant une équivalence entre l’URSS et l’Allemagne nazie, Dans le camp opposé, Jürgen Habermas et des intellectuels de la gauche allemande se sont opposés à la relecture de Nolte, car ils ont considéré que à la suite du rejet du nazisme, la loi fondamentale allemande et ses valeurs universelles étaient le fondement définitif de la nation allemande et un « patriotisme constitutionnel » selon Jürgen Habermas devait solidifier cette nouvelle loyauté (Verfassung Patriotismus).
Le transfert des concepts allemands au niveau de l’UE
Dans le milieu des années 90, Cette notion de « patriotisme constitutionnel » avait attiré beaucoup d’intérêt dans les institutions l’UE, notamment à la cellule de prospective de la commission européenne sous la présidence de Jacques Delors (qui a quitté la Commission en 1995)[vi]. Dans le contexte des défis posés au projet européen par la réunification allemande, le retour potentiel de la question allemande et la préparation de l’UE aux futurs élargissements, le « patriotisme constitutionnel » était considéré comme un concept susceptible de favoriser la loyauté des citoyens au processus d’intégration européenne et la fédéralisation de l’Europe, afin de dépasser l’Etat-nation, qui semblait être un carcan incapable de faire face aux défis internes et externes, mais aussi favoriser une Allemagne européenne, et non pas une Europe allemande.
Aujourd’hui, on ne parle plus de « patriotisme constitutionnel » dans la communication politique, d’autant plus que le projet de constitution européenne proposée en 2004 a été rejeté par la France et les Pays-Bas en 2005. Toutefois, l’idée de dépassement du patriotisme traditionnel sur des bases nationales (patriotisme à tendance républicaine et territoriale en France) ou ethnoculturelles (en Allemagne) demeure et s’est mué en promotion du globalisme hors sol et de son modèle de démocratie libérale communautariste et immigrationniste d’inspiration américaine. Ce modèle entre en contradiction avec le retour politique actuel progressif à l’enracinement national que l’on rejette à l’UE comme un dangereux national-populisme ou extrémisme de droite.
De son côté, le slogan d’ « Europe géopolitique », fondamentalement antirusse et introduit par l’UE est plus récent. Il coïncide avec l’aggravation de la question ukrainienne. Il a aussi émergé à partir de la relecture de l’histoire aboutissant à une équivalence entre l’Allemagne Nazie et de l’URSS qui facilite l’émergence de la représentation d’une Russie ennemie de l’Europe et justifie à son tour l’ « Europe géopolitique ».
L’histoire est aussi falsifiée et réécrite car elle est le résultat d’un désaccord fondamental sur l’ordre mondial futur et devient une arme de guerre cognitive dans la rivalité géopolitique entre puissances. L’UE s’accorde avec Washington sur la relecture de l’histoire contre la Russie. La disparition de l’URSS a marqué l’effondrement de l’ordre bipolaire après la Seconde guerre mondiale qui avait été marqué par la stabilité en Europe et l’Occident a cru qu’il imposerait ensuite définitivement son hégémonie unipolaire. Toutefois ce projet a échoué au profit de l’émergence d’un ordre plus équilibré. L’Occident américanisé a commencé à s’affaiblir et la Russie, comme à d’autres périodes de l’histoire, a retrouvé son rôle géopolitique central dans le façonnement de l’ordre mondial (guerres napoléoniennes, Seconde Guerre mondiale, Guerre froide et, aujourd’hui, nouvelle rivalité géopolitique des grandes puissances avec la Russie comme promoteur de la multipolarité). L’Occident, sous direction américaine, pour enrayer l’émergence d’un nouvel ordre mondial plus équilibré, essaie de compenser la relativisation de sa puissance par une guerre cognitive contre les promoteurs du monde multipolaire, la Russie en particulier, héritière de l’histoire glorieuse de l’URSS lors de la Seconde Guerre mondiale, afin de lui nier toute légitimité à façonner le nouvel ordre mondial comme au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. La Russie, héritière de l’URSS, étant redevenue le centre de gravité géopolitique d’un ordre mondial en mutation vers la multipolarité, elle devient la cible de la guerre cognitive et la falsification de l’histoire par les puissances qui refusent le nouvel ordre mondial plus équilibré
Alors que l’on se focalise généralement sur la rivalité entre les Etats-Unis et la Russie, l’angle mort de ce processus est la rivalité géopolitique entre l’Allemagne et la Russie. L’Allemagne dans son expansion nationale vers l’Eurasie, en synergie avec les Etats-Unis pour élargissement UE et OTAN, a besoin de discréditer la Russie, pour justifier son ambition de chef de file de la nouvelle Mitteleuropa, dans le cadre de la nouvelle « Europe géopolitique » de Ursula Von der Leyen. L’Allemagne réunifiée se coule dans la Grande Stratégie géopolitique de conception anglo-saxonne pour le contrôle du Rimland, tout en défendant ses propres priorités géopolitiques dans les limites des priorités de Washington[vii]. Le détachement de l’Ukraine de la Russie ainsi que la poursuite de l’élargissement de l’UE et l’OTAN, dans les Balkans occidentaux et l’ex-URSS sauf la Russie, sont des outils de cette géopolitique pour la constitution d’une Mitteleuropa militaire sous sa direction comme nation cadre à l’OTAN et chef de file d’un UE militarisée. L’Allemagne a ainsi besoin de la justification de la menace russe pour favoriser le retour de la puissance militaire allemande. Les idéologies changent, mais les tropismes géopolitiques demeurent. Sur les temps plus longs de l’histoire, en accordance avec ses tropismes géopolitiques, l’objectif de Berlin sous le régime nazi était déjà de s’emparer de l’Ukraine en prolongement des plans pangermaniste d’extension du Lebensraum (espace vital) de l’Allemagne[viii]. Aujourd’hui la représentation géopolitique dominante en Allemagne est celle d’une occidentalisation de l’Ukraine, c’est à dire son orientation vers l’espace euro-atlantique selon les priorités germano-américaines.
A l’échelle de l’Union européenne, les idéologues de l’Europe fédérale et intégrée dont le projet est contesté par les peuples cherchent également un nouvel élan en cherchant à fabriquer un ennemi commun, la Russie, en se positionnant pour une « Nouvelle Guerre froide », nouvelle représentation promue par ses promoteurs, dans le sillage de l’ancienne.
On observe aussi le transfert de cette relecture de l’histoire issue de la Querelle des Historiens en Allemagne, aux pays d’Europe centrale et orientale qui ont trouvé un moyen de d’exprimer leur hostilité de nature revanchiste vis-à-vis de la Russie dans le cadre de leur propre processus d’occidentalisation en phase avec l’élargissement de l’OTAN et l’UE. Il s’agit aussi de relativiser pour certains pays de leur alliance dans le passé avec l’Allemagne nazie afin de se trouver du bon côté de l’histoire en la falsifiant, L’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale, a amplifié cette relecture de l ’histoire, notamment avec la Pologne et les pays Baltes.
L’UE : nouvelle hydre à deux têtes, l’une revanchiste, l’autre globaliste
Ce retour historique est fondamental, car il est le ferment de la dérive actuelle, d’un côté cette équivalence entre URSS et Allemagne Nazie qui permet de justifier la menace russe (car la Russie ne s’est pas occidentalisée comme l’Allemagne) et ce projet européen d’essence globaliste et postnationale. Ces deux notions, alors qu’elles étaient opposées dans les débats à l’occasion de la Querelle des Historiens, forment aujourd’hui une synthèse empruntant le pire des deux concepts extrêmes dans la tentative de l’UE de construire une nouvelle identité européenne. En résumé, ce processus se base donc à la fois sur une falsification de l’histoire et la relativisation et réhabilitation du nazisme, notamment face à la Russie et la défense de l’Europe globaliste, basée sur un universalisme globaliste américanisé.
Si on ne parle plus explicitement de patriotisme constitutionnel dans l’UE, l’évolution de l’idéologie européiste actuelle trouve pour une grande part ses racines dans les contradictions des années de questionnement à propos de l’identité allemande. Ce n’est pas un hasard car l’UE est désormais pilotée par l’Allemagne, puissance centrale européenne qui se repositionne en se basant sur la synthèse des courants géopolitiques idéologiques extrêmes qui la traversent.
Nous sommes face à l’émergence d’un monstre européen à deux têtes, une hydre bicéphale, dont l’une des têtes porte la tentative de faire émerger un nationalisme européen fondamentalement révisionniste et revanchiste contre la Russie et l’autre tête un globalisme hors sol.
L’UE est ainsi complémentaire de l’OTAN avec son alliance privilégiée avec les Etats-Unis (héritage de la posture allemande de Konrad Adenauer) par conséquent, ennemie de la Russie. Pour les autres Etats membres de l’UE, L’unification allemande et l’Europe allemande ne sont acceptables que dans un ensemble plus large, l’espace euro-atlantique, c’est à dire l’Europe germano-américaine pour éviter une hégémonie allemande trop pesante.
Hydre à deux têtes, l’une revanchiste contre la Russie, l’autre globaliste, l’UE fait ainsi la promotion d’une unipolarité occidentalo-centrée et exclusive et se mue en technocratie euro-mondialiste oligarchique, sectaire et dogmatique, dérivant vers l’autoritarisme européiste. Cette évolution empêche le projet européen de tout ancrage du projet européen dans l’héritage civilisationnel européen au sein de la multipolarité mondiale. Cette dérive, en totale opposition avec les représentations Russes, est au cœur de la crise géopolitique actuelle européenne qui dépasse les enjeux strictement géostratégiques, avec une dimension géoidéologique profonde.
Les impasses du patriotisme constitutionnel et de ses avatars de la démocratie libérale hors sol
Le « patriotisme constitutionnel » évoque un sentiment d’appartenance fondé non plus sur une identité territoriale et culturelle commune mais sur des principes constitutionnels à caractère universel. Cette nouvelle forme d’allégeance est donc spécifiquement politique plutôt que culturelle, puisqu’elle repose sur l’adhésion à un régime politique spécifique, la gouvernance libérale inscrite dans une constitution. Une nation ou une communauté humaine comme l’UE peut-elle baser sa cohésion et sa durabilité dans le temps sur des principes hors sol comme l’adhésion à une constitution universaliste ? l’UE peut-elle développer une affectio societatis des citoyens à un régime politique néolibéral, globaliste et postnational ? Le « patriotisme constitutionnel » tel que pensé par l’UE s’oppose en réalité à la réalité anthropologique. L’homme est un animal territorial et son identité est liée à la géographie et son territoire héritier d’une histoire particulière, mais aussi des héritages ethnoculturels et civilisationnels (donc la religion). Dans la conception du « patriotisme constitutionnel », l’espace ou le territoire d’un Etat est neutre, or il ne peut y avoir de patriotisme sans nation, et nation sans territoire. Une communauté humaine ou une nation, n’a pas d’existence sans territoire, et son territoire fait partie de son identité, mais aussi ses caractéristiques ethnoculturelles qui lui sont liées.
Cette tentative de fabriquer une loyauté européenne et un patriotisme européen sur la notion de « patriotisme constitutionnel », se démarque de la notion classique d’héritage national à transmettre et héritée des pères (dans le sens grec)[ix]. D’où la tentative de l’UE, pour ancrer un « patriotisme constitutionnel « dans l’identité des citoyens et fabriquer une affectio societatis européenne, de se trouver dans l’historiographie européiste, des « Pères fondateurs »[x] qui sont érigés en véritables saints européens[xi], car s’agit d’une loyauté et d’un attachement au projet européen et ses institutions qui sont récentes à l’échelle historique. Cette construction hors-sol est évidemment très fragile.
Le « patriotisme constitutionnel » ne peut que réussir dans une société d’individus aliénés qui ont perdu leur conscience et leur sentiment d’appartenance à leur territoire et sa géohistoire et leur(s) communauté (s) ethnoculturelle (s), d’où la persistance de l’UE à vouloir dépasser l’Etat nation et le patriotisme traditionnel. Le « patriotisme constitutionnel » est l’antithèse du patriotisme enraciné dans un territoire et une communauté ethnoculturelle. C’est une forme d’aliénation géopolitique. Cette utopie d’un attachement exclusif aux valeurs universelles, à la démocratie, un régime particulier, à l’Etat de droit, aux droits de l’homme a évolué en synergie avec l’américanisation vers à l’idéologie globaliste issue de l’idéologie néolibérale. Avec la généralisation de la démocratie libérale et la société ouverte (libre circulation des hommes capitaux, services et marchandises), l’Union européenne n’est qu’une étape intermédiaire vers le gouvernement mondial, basé sur cet universalisme libéral, qui sera forcément américain. Cette UE ne peut donc être qu’antirusse.
Si l’on se penche sur le débat constitutionnel à l’UE lors de la convention de l’avenir de l’Europe présidée par Giscard d’Estain en 2003, la référence aux origines chrétiennes de l’Europe n’a pas été reprise, et la référence au territoire non plus. Puisque l’UE est censée s’élargir selon des critères idéologiques postnationaux basé sur la gouvernance d’inspiration libérale et universaliste, il n’y a pas de limite à l’extension de cette Europe des normes hors-sol vers l’Eurasie, puisque la Turquie a été admise comme candidate, et constitue la première étape d’un empire unipolaire mondial global ancré sur la globalisation néolibérale. Elle entre ainsi en confrontation directe avec la Russie.
L’UE géopolitique et de ses dérives idéologiques aboutissent à sa vassalisation aux priorités géopolitiques anglo-américaines
Or cette UE traverse une crise de ses fondements, puisque tant sa doctrine postnationale issue du « patriotisme constitutionnel » que l’« Europe géopolitique » sont des utopies. Le paradoxe est que ces deux notions, le « patriotisme constitutionnel » et l’« Europe géopolitique » antirusse qui proviennent de deux représentations de l’Allemagne à l’origine contradictoires, opèrent aujourd’hui cette nouvelle synthèse bancale qui ne manquera pas de renforcer les crises internes à l’UE mais aussi la crise avec la Russie.
L’« Europe géopolitique », en effet, cache le revanchisme allemand et celui des anciens pays de l’Est contre la Russie. Ce processus fait renaitre les nationalismes qui vont entrer en contradiction avec la tentative de faire émerger un nouvelle loyauté européenne ancrée dans l’universel (euro-globalisme, démocratie libérale, droits de l’homme, multiculturalisme, société ouverte) issue de la notion de patriotisme constitutionnel.
Le concept de loyauté européenne postnationale, mais aussi la renaissance d’une « Europe géopolitique » favorisant un « patriotisme géopolitique « contre la Russie est l’héritière de la situation géopolitique particulière de l’Allemagne de l’Ouest, de ses questionnements vis-à-vis de son histoire, pendant la guerre froide et à la suite de son unification. Elle a été extrapolée ensuite à la construction européenne alors même que la nation profonde allemande s’éloigne de ces idéologies, d’où les fractures politiques internes croissantes, qui révèlent les fractures géopolitiques internes vis-à-vis de la nation et de son positionnement à l’international.
De plus, ces concepts, spécifiques à la situation de l’Allemagne ne peut être étendue à d’autres Etats et à la construction européenne, que dans le contexte d’un abandon de la spécificité française et des autres Etats membres et un l’alignement sur les priorités géopolitiques germano-anglo-saxonnes, en particulier américaines. Berlin, on l’a dit, se positionne dans les limites des priorités géopolitiques anglo-saxonnes (occuper le Rimland pour repousser la Russie dans ses terres continentales selon les concepts géopolitiques anglo-saxons, Mackinder, Spykman, Bzrezinski)[xii] et s’engage donc dans la sous-traitance géopolitique de Washington et Londres afin de jouer son propre jeu au niveau régional (la nouvelle Mitteleuropa).
Or, cette reprise des représentations allemandes au niveau européen fait aujourd’hui de l’UE une plate-forme de sous-traitance de la géopolitique américaine. Puisque l’UE se considère comme sous-ensemble de l’Occident libéral (complémentaire de l’OTAN) et non pas pilier de l’Europe civilisationnelle (dont la Russie fait partie), l’UE et les gouvernements de ses Etats membres sont incapables de dépasser les représentations géopolitiques anglo-saxonnes qui mènent à l’aliénation et la vassalisation du projet européen. Or ces doctrines sont obsolètes car elles n’ont pu empêcher le monde multicentré d’émerger, avec l’émergence de la Chine, l’Inde, les BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), d’où l’amorce d’un repositionnement de Washington avec Donald Trump vers un recentrage et un resserrement géopolitique sur le continent américain, tout en déléguant la gestion du Rimland aux Européens.
L’UE se contente ainsi d’être un Rimland, sous ensemble de la stratégie d’encerclement de la Russie et l’Eurasie par les Etats-Unis, et aussi sous ensemble de la globalisation américaine et supplétif de la lutte contre la Russie. C’est pour cette raison que l’UE se coule si facilement dans la sous-traitance géopolitique de Washington. Même si la nouvelle administration de Donald Trump cherchait à engager une réelle réinitialisation bilatérale des relations avec la Russie, l’UE et les gouvernements euro-globalistes de ses Etats membres chercheraient à poursuivre leur mini-Guerre froide, en réalité une guerre hybride contre la Russie, ennemi idéal afin de prolonger ce rêve européiste, devenu revanchiste et globaliste.
Sous le seuil de ces priorités géopolitiques germano-américaines, L’UE invente une menace russe pour justifier la protection de l’Europe par une « Europe géopolitique » afin de faire émerger une nouvelle loyauté au projet européen qui est en crise. Or, les intérêts des Etats membres divergent depuis les origines, notamment la rivalité géopolitique franco-allemande, qui ne vont pas disparaitre pour autant. Les Etats-membres poursuivent en réalité différents objectifs de nature tactique.
Berlin dérive vers un revanchisme historique et poursuit un projet de leadership militaire européen qui entre en contradiction, au-delà de la communication politique du « couple franco-allemand », avec Paris, qui, à l’occasion de la question ukrainienne, cherche à ravir le rôle de chef de file militaire européen, rééquilibrer l’Europe germano-américaine à son profit, mais aussi escamoter les fractures graves internes à la France (dont la destruction de la nation par l’immigration), en s’ingérant par opportunisme dans la crise en Ukraine[xiii]. L’universalisme de l’UE provenant de l’Allemagne, est le résultat de l’occidentalisation de l’Allemagne, en réalité, l’américanisation de l’Allemagne, voulu par les alliés pour contrôler l’Allemagne. Mais cette occidentalisation a débordé sur le projet européen et a aussi favorisé l’idée postnationale en France qui s’accorde aussi avec l’héritage dévoyé de l’universalisme issu de la révolution française porté par la France. La présidence d’Emmanuel Macron, avec ses objectifs d’Europe militaire et son idéologie européiste postnationale, a ainsi pour conséquence d’aligner la France sur les objectifs géopolitiques germano-américains contre la Russie. De facto, Paris ne s’est plus opposé à cette germano-américanisation de l’Europe. Il faut se rappeler que Emmanuel Macon était un admirateur de Jürgen Habermas[xiv] lors de sa campagne électorale. Il a choisi d’ancrer plus récemment la France dans le camp anti-russe à l’opposé de la vision gaullienne de la France
Or l’Allemagne est elle-même fissurée car les rapports de forces géopolitiques internes sont le reflet des rapports de forces idéologiques. Une portion de la vraie Allemagne historique reste présente dans les territoires de l’Allemagne de l’Est, moins américanisés qui n’a pas hérité de ce double virus idéologique, révisionniste et globaliste. D’où une fracture qui persiste entre les citoyens d’Allemagne de l’Ouest occidentalisée et américanisée et les citoyens de l’ex Allemagne de l’Est.
En France, on observe aussi cette contradiction, comme en Allemagne, avec le retour du patriotisme ethnoculturel et territorial, mais qui peine à proposer une alternative politique.
Cette évolution fait de l’UE divisée un supplétif rêvé pour la nouvelle administration de Donald Trump, qui se pose en adversaire de l’UE pour favoriser le retour des Etats-nations sur une base plus conservatrice dans le sens américain, barrer la route à toute Europe puissance, mais tout en l’instrumentalisant pour la poussant au front contre la Russie, bon élève de la doctrine de sous-traitance géopolitique.
L’UE est donc l’homme malade de la multipolarité mondiale et de la diversité des civilisations avec cette dérive idéologique, hydre à deux têtes, revanchiste et globaliste, mais sans les moyens de de hisser comme puissance avec des contradictions internes croissantes entre Etats membre, au sein même des Etats-membres, mais aussi entre l’UE et les Etats.
Conclusion : du « patriotisme constitutionnel » au « patriotisme guerrier » ?
On assiste à une évolution de l’UE qui dérive donc d’une idéologie extrême à l’autre pour tenter de survivre à son projet en crise. A Bruxelles, c’est la course au réarmement militaire face à la soi-disant menace russe qui devrait renforcer la loyauté européenne, avec en parallèle la poursuite non explicite du projet globaliste postnational. En effet, car on parle aujourd’hui moins de patriotisme, qu’il soit constitutionnel ou national, tant dans la bureaucratie de l’UE que dans les régimes politiques libéraux des Etats-membres pour escamoter cet enjeu géopolitique profond et poursuivre l’utopie face au retour des nations profondes dans tous les Etats et les oppositions explicites des Etats récalcitrants comme la Hongrie où la Slovaquie.
Ainsi, de manière non explicite, derrière le narratif d’« Europe géopolitique » qui défend des valeurs européennes, il y a la tentative de faire adhérer les peuples à un projet européen géopolitique, dans le sens de puissance militaire pour préserver en réalité, le globalisme néolibéral atlantiste, érigé fallacieusement en valeur européenne. Cette évolution est aussi renforcée par la dérive néoconservatrice dans les Etats membres de l’UE importée des Etats-Unis. Ce projet est tout aussi hors sol, car il ne s’agit pas de promouvoir un « patriotisme européen » ancré sur les racines civilisationnelles de l’Europe héritée de la géohistoire, mais la défense d’une Europe comme puissance géopolitique commerçante et ouverte à tous les flux de la globalisation occidentale, c’est-à-dire une annexe et périphérie américaine. En ce sens, le « patriotisme constitutionnel » hors sol et le totalitarisme néolibéral sont complémentaires et ne peuvent aboutir qu’à la guerre en Europe contre la Russie, mais aussi aux contradictions entre la bureaucratie de l’UE et les Etats-nations, les nationalistes et les européistes globalistes. Entre les peuples attachés à l’héritage de Etat-nation enraciné et les peuples géopolitiquement aliénés et réduits à l’état de consommateurs dans le monde liquide et marchand gérés par des règles issues de l’ordre juridique, le conflit ne peut que s’aggraver. Le conflit entre cette Europe hors-sol et la Russie aussi. La dérive néoconservatrice dans l’UE, prolongement des réseaux néoconservateurs américains, va-t-elle être enrayée par l’amorce aujourd’hui perceptible d’un affaiblissement des néoconservateurs aux Etats-Unis avec la présidence de Donald Trump. ?
Pire, « patriotisme postnational » et « Europe géopolitique » aboutissent au projet de militarisation de l’UE. En effet, Le concept de loyauté européenne hérité du concept de « patriotisme constitutionnel », est menacé par le retour des identités nationales. L’UE, sous ensemble vassalisé de l’Occident, ne peut donc pas survivre sans l’ennemi russe pour prolonger son rêve postnational et promouvoir un nouveau « patriotisme géopolitique ». En cherchant à forger une identité européenne par la guerre contre la Russie, la russophobie et la matérialisation de la menace russe doit être alimentée par l’aggravation du conflit en Ukraine par le biais de la co-belligérence avec Kiev contre la Russie. Le projet de paix européen a échoué car hors sol, mais son projet guerrier va échouer aussi car il accélère l’aliénation géopolitique des Européens et renforce leur vassalisation vis-à-vis des Etats-Unis. Parallèlement, on observe une contradiction croissante entre les objectifs de l’Europe géopolitique antirusse, qui réveille le nationalisme des Etats membres de l’UE et l’Europe intégrée universaliste basée sur un patriotisme constitutionnel car les nationalistes atlantistes et néoconservateurs, dans leur animosité contre la Russie, ont un objectif différent de la bureaucratie de l’UE qui souhaite avancer dans une nouvelle identité européenne basée sur des valeurs universelles en utilisant la Russie comme catalyseur. Il y a aussi une contradiction croissante entre les Etats de l’Europe de l’Ouest plus libéraux et Etats d’Europe centrale illibéraux.
Le « patriotisme géopolitique » promu par l’UE qui se base sur le slogan de l’ « Europe géopolitique », est aussi une autre forme d’aliénation géopolitique, car l’UE n’a évidemment pas de géopolitique propre puisque qu’elle se positionne en sous-traitant géopolitique de Washington. Une stratégie géopolitique européenne supposerait une stratégie spatio-temporelle définie à partie de la géographie des Européens (l’Europe, isthme entre Océan Atlantique, Océan arctique, Mer Méditerranée et Mer Noire, mais aussi cap de l’Eurasie) et des doctrines géopolitiques spécifiquement européennes, et non pas s’inscrire exclusivement dans le prolongement des doctrines anglo-saxonnes et leur concept de Rimland, qui, on l’a vu, sont d’ailleurs obsolètes,
Puisque la Russie fait partie de l’Europe, une géopolitique européenne qui donnerait au projet européen un poids géostratégique, géoéconomique et géocivilisationnel minimal dans la multipolarité mondiale, ne pourrait se constituer que sur un espace allant de l’Atlantique au Pacifique (concept de Grande Europe), en synergie avec la Grande Eurasie promue par la Russie. Pendant combien de temps ces contradictions pourront-telles être gérées au niveau de l’UE, avant de provoquer une crise géopolitique interne majeure qui sera évidemment aggravée par le désastre de l’UE dans son conflit contre la Russie ?

[i] Le patriotisme est défini comme un Attachement sentimental à sa patrie se manifestant par la volonté de la défendre, de la promouvoir. Selon le dictionnaire Larousse https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/patriotisme/58708
[ii] Ursula. von der Leyen « Discours prononcé par la Présidente élue von der Leyen à la séance plénière du Parlement européen à l’occasion de la présentation de son Collège des Commissaires et leur programme ». Disponible sur : www.ec.europa.eu.
[iii] Pierre-Emmanuel Thomann, Le couple franco-allemand, entre unité et rivalités géopolitiques, l’Harmattan, 2015, 658 p.
[iv] Le terme de « patriotisme constitutionnel » a été introduit pour la première fois à la fin des années 1970 par un juriste allemand [2.D. Sternberger, Verfassungspatriotismus, Frankfurt, Insel, 1990
[v]Sophie Heine, Jürgen Habermas et le patriotisme constitutionnel, Revue politique, 2011,
[vi] L’autour de cet article a été témoin en tant que stagiaire en 1994-95 de l’intérêt des fonctionnaires européens de la Cellule de prospective à la notion de Patriotisme constitutionnel pour créer une loyauté européenne de type postnationale.
[vii] L’Allemagne positionne donc le territoire de l’UE comme un Rimland, en alliance avec les Etats-Unis afin qu’ils maintiennent leur présence militaire et économique en Europe afin de contrer les puissances continentales comme la Russie, selon la vision euro-atlantiste. Le « Rimland » est la ceinture littorale qui entoure le continent eurasien. Son contrôle par les Etats-Unis permet de constituer un espace tampon autour du « Heartland », coeur de l’espace eurasien. Cette doctrine géopolitique est l’héritière de la vision du géopoliticien américain Nicolas Spykman (1893-1943) qui a reformulé la doctrine de Halford John Mackinder (1861-1947) et Zbigniew Bzrezinski s’en est inspiré aussi dans sa doctrine de détachement de l’Ukraine du monde Russe.
[viii] Franc Claude Histoire militaire – Le Traité de Brest-Litovsk : ses clauses et ses conséquences, Revue Défense Nationale 2018/2 (N° 807), pages 121 à 123, https://www.cairn.info/revue-defense-nationale-2018-2-page-121.htm
[ix] Selon Albert Grenier, « le patriotisme est pour nous une idée claire ; elle implique la notion d’un territoire défini par les frontières politiques de notre pays et l’intelligence de la solidarité des hommes qui l’occupent ; elle est faite des souvenirs de notre histoire et, pour l’avenir, de la volonté de continuer à régler nos destins nous-mêmes, entre nous. Notre terre, nos traditions, nous savons que nous les avons reçues de nos pères et nous avons le souci de les transmettre intactes à nos descendants. « Pour que vive la patrie, chaque Français consent à mourir. » . Albert Grenier, « Aux origines du patriotisme français » Revue n° 008 Janvier 1940 – p. 41-56.
[x] Projet de constitution européenne non ratifié :
[xi] Alan Millward, “The live and teaching of European Saints, dans “ The European rescue of the Nation State”, Routledge, 1992, 477 pages
[xii] Ce positionnement existait avant le conflit en Ukraine qui renforce la rivalité géopolitique entre l’Allemagne et la Russie. https://www.eurocontinent.eu/le-pivot-allemand-vers-lost-mitteleuropa-et-les-balkans/
[xiii] Pierre-Emmanuel Thomann- Le conflit Ukraine -Russie et la nouvelle rivalité géopolitique franco-allemande, Centre français de recherche sur le renseignement ( Cf2R), https://cf2r.org/wp-content/uploads/2022/10/TL-114-Thomann-1.pdf ,
[xiv] Macron, le président qui se croyait philosophe – Causeur, https://www.causeur.fr/macron-habermas-ricoeur-philosophe-2-155455,
Emmanuel Macron adoubé par Jürgen Habermas à Berlin | Philosophie magazine, https://www.philomag.com/articles/emmanuel-macron-adoube-par-jurgen-habermas-berlin


De la Matrie à la Patrie
Les hommes se battent pour deux motifs : pour conquérir des territoires et pour accaparer l’hégémonie spirituelle du monde.
La conquête des territoires a détruit l’ancienne division de la Terre partagée jadis en petites Nations ou Matries. Elle a créé l’unification politique des Grands États, c’est-à-dire agrandi la puissance de l’homme (d’un homme), ce qui a été le triomphe de la Force sur le Droit.
L’hégémonie spirituelle du monde a été le prétexte des guerres de religion qui ont ensanglanté la Terre. Sous prétexte d’unification religieuse, l’homme a jeté dans l’humanité un surnaturel absurde : il a semé la terreur et étouffé la vérité.
L’unification politique de l’homme a créé le despotisme : son unification religieuse a créé le règne du mensonge. Et la Femme a été victime de la politique des hommes comme elle a été victime de la religion du Prêtre.
Aussi, on représenta par les deux serpents du caducée les deux pouvoirs qui ont écrasé la Femme : la couronne (le Roi) et la tiare (le Prêtre).
La centralisation, c’est-à-dire l’unification masculine est toujours dirigée contre les libertés féminines et contre les progrès de l’Esprit. Aussi, ces tentatives sont toujours suivies de débâcles. C’est ainsi qu’ont disparu les grands empires des Alexandre, des César, des Charlemagne, des Napoléon. Ce qui prouve bien que, sans le Pouvoir spirituel de la Femme, l’homme ne peut rien faire de durable. Toutes les grandes ambitions masculines sombrent, à la fin, dans l’oubli.
Aussi, que reste-t-il des conquêtes des grands envahisseurs masculinistes ? Après les désastres matériels, lorsque la vie reprend son équilibre, il reste un code de lois qui a pour but de justifier le masculinisme, auquel on donne tous les droits et qui, en même temps, humilie la Femme en la montrant comme un être inférieur et dangereux qui a besoin de la protection de l’homme.
Après César : le Droit romain. Loi de l’homme, code infâme, qui donne à l’homme le droit de vie et de mort sur l’esclave, sur la femme et sur l’enfant.
Après Charlemagne : les Capitulaires. L’ignorante histoire des modernes nous dira qu’on désigne sous le nom de Capitulaires les lois faites dans les anciennes assemblées nationales, sous Charlemagne et ses successeurs. Ce nom leur vient, dit-on, de ce qu’elles étaient rédigées par articles nommés « chapitres » ou « capitules ». En réalité, c’était la copie des Chapitres qui constituaient les grades des « Mystères johannites », qui servaient encore de direction spirituelle et morale. Ce mot « Chapitre » passa aussi dans le culte catholique. Ce sont ces anciennes lois morales que les masculinistes ne peuvent jamais détruire complètement.
Après Napoléon : le Code qui porte son nom. La composition des articles du Code, dit Napoléon, entièrement, confiée à des jurisconsultes, tout imprégnés de l’esprit aride de la loi romaine, est une œuvre qui porte la marque du despotisme, digne d’un tyran qui voyait dans la famille un camp et voulait avant tout l’obéissance. La liberté féminine n’eut pas d’adversaire plus décidé. La femme est privée non seulement de ses droits civils et politiques, mais encore de ses droits naturels : traitée en esclave et assimilée aux criminels, aux escrocs, aux interdits, aux fous, etc. En revanche, les devoirs lui sont généreusement octroyés : obéissance, soumission, résignation, dévouement, esprit de sacrifice ! Toutes vertus d’esclave. Ce Code barbare s’est inspiré des principes du catholicisme ; religion toute de fabrication masculine, dont les femmes sont exclues comme impures. Notons qu’il y avait encore des femmes médecins et professeurs de médecine jusqu’à la Révolution française, et que c’est à Napoléon qu’on doit la masculinisatîon définitive de l’enseignement universitaire. Enfin, les modernes n’auraient jamais connu le Sépher primitif (qui servira à faire le premier Livre de la Bible, la Genèse, qui en sera la caricature) si un homme d’un génie extraordinaire, Antoine Fabre d’Olivet (1767-1825), n’avait entrepris de reconstituer l’hébreu primitif et de refaire la traduction des dix premiers chapitres du Sépher. Fabre d’Olivet fut tout de suite remarqué par Napoléon comme un homme qui pouvait restituer la vérité. Cela lui valut une persécution effroyable (Il dut quitter la France et s’exila en Angleterre), parce qu’on s’apercevait que sa grande science allait permettre de reconstituer le texte primitif de la Bible, caché depuis 3.400 ans, et que les rabbins, qui connaissent les substitutions de sexes qui ont été faites par les prêtres quand ils ont révisé les Écritures, continuaient à dénaturer complètement (les « Bibelforscher » ou « chercheurs Bibliques » ont toujours fait l’objet de persécution à travers les siècles).
Les Femmes des temps anciens avaient dirigé, avec leur esprit clairvoyant et leur sagesse, les institutions sociales. Elles faisaient tout venir de la Vérité, de la Justice, du Droit. Le verbe aryen « Vasa » (racine du mot Vérité) signifiait établir, fixer, on reconnaissait que c’est la Vérité qui crée la fixité, la solidité. La Théogonie (règne du génie) avait engendré la Théodicée (règne de la Justice, de « Dikê », Justice), et la Théosophie, la sagesse qui préside à la vie sociale. Tout leur gouvernement découlait de leur science de la vie.
Les hommes voulurent changer tout cela. Ne comprenant pas les lois qui avaient dicté le savant échafaudage Théosophique, moral et social, et ne cherchant dans le pouvoir que l’intérêt immédiat et personnel, ils ne s’occupèrent que des choses concrètes, ils accommodèrent leurs croyances et leurs institutions, non plus à la Vérité, mais à leurs besoins, à leurs instincts, à leurs sentiments ou à leurs caprices. Les Femmes avaient fait une Doctrine (de « docere », instruire, enseigner) ; les hommes firent des dogmes (de « dokein », sembler).
Répéter sans réfléchir ni vérifier, c’est la définition du dogmatisme.
Ainsi, de la science primitive les prêtres firent « la Théologie », pendant que de la savante organisation matriarcale, les rois faisaient « la Politique ». Et rappelons avec Carl von Clausewitz que la Politique n’est que la continuation de la guerre par d’autres moyens.
Triste transformation qui amena la chute de la paisible et féconde Gynécocratie, détruite par le mensonge du prêtre et par la fougue guerrière du conquérant portant partout la dévastation.
Ce fut un effroyable malheur pour la Terre tout entière, puisque ce fut le commencement de l’ère de cruauté, de servitude, de barbarie, qui devait durer aussi longtemps que l’anthropocratie.
La Femme, ce « pouvoir bienfaisant », avait régné par l’Amour, l’homme allait régner par la terreur.
Les Césars romains ont voulu dominer le monde : ils ont créé la barbarie moderne et étouffé la civilisation antique. À mesure que la Rome brutale s’élevait, l’Esprit s’effondrait.
Toutefois, notons qu’une haute civilisation régnait en Italie avant la fondation de Rome. « Elle était due aux Etrusques ou Toscans, qui élevèrent des cités somptueuses, qui portaient des costumes splendides et qui ne furent jamais surpassés dans la civilisation et dans les arts », dit. Henri Martin (Histoire de France). L’Etrurie n’était qu’une colonie celtique, que l’on trouve vers le Xème siècle en Italie. Les Etrusques sont ceux qui, en Italie, gardèrent le plus longtemps le régime maternel.
Mais le Romain a fondé la Patrie en détruisant la Matrie, c’est là son crime.
À peine fondée (en 746), Rome fut livrée au désordre du gouvernement anarchique. Après les vice-rois ou « Tarquins » (du phénicien « Tôr-Kin », « Tôr », loi ; « King », roi.), viendront les « Magistri populi » qui, dans la ville et au dehors, munis d’un pouvoir illimité, jetteront l’effroi parmi les plébéiens. C’est ainsi que l’autorité brutale de l’homme allait partout remplacer l’autorité morale de la Femme. C’est pour mater le peuple, déjà fatigué de ce régime nouveau qui ne lui avait procuré que des impôts, des corvées, des guerres, des champs dévastés, de la misère et une crainte perpétuelle de la prison pour dette (ergastulum), qu’on créa les Dictateurs.
La future Rome fut d’abord une espèce de fort bâti sur le bord du Tibre. A vingt kilomètres de la mer, existaient des prairies entrecoupées de marais qui rendaient ce lieu insalubre et inhabitable. Cet endroit était entouré de collines, ce qui fait qu’on pouvait s’y enfermer et s’y fortifier. Sur une de ces collines, le Palatin, séparée du pays des Etrusques par le Tibre, une petite troupe d’hommes échappés de la vie régulière vint s’établir. On raconte que dans l’enceinte de la ville nouvelle on creusa un grand trou et que chacun y jeta une poignée de terre apportée de son pays. C’étaient donc des hommes venus de différentes régions qui se réunissaient là. Ceci se passait de 753 à 746, date attribuée, à la naissance légendaire de Romulus, ce qui n’est pas très ancien dans l’histoire.
Le premier nom qu’on donna à ce lieu fut « Valentia » (« rendez-vous de la Force »).
Faisons remarquer (brièvement ici) que « Valentia » fut également le nom donné à une province romaine de Grande Bretagne, au IVème siècle avant notre ère.
Par la suite, ces révoltés des tribus matriarcales cachèrent son nom dont on leur faisait honte et en firent un nom secret. Puis ils en prirent un autre, « Amor », qui indiquait que ce que voulaient ces jeunes libertins, c’était la libre pratique de l’amour.
C’est de ce nom, après les « Tarquins », que ce lieu fut appelé « Roma », qui est le mot « amor » lu à l’envers. On fit de cette origine un mystère, on retourna le nom parce qu’on en avait honte, comme du nom de « Valentia » que les Etrusques avaient continué à lui donner.
« À titre de curiosité, écrit René Guénon, si on écrit cette simple phrase : « In Italia è Roma », et si on la lit en sens inverse, elle devient : « Amore ai Latini » ; le « hasard », dit-il, est parfois d’une surprenante ingéniosité ! » (L’Esotérisme de Dante)
Les masculinistes expliqueront l’étymologie du mot « Roma » en le rattachant à un mot grec qui signifie « liberté ».
Ce fut le commencement en Italie du régime masculin opposé au régime féminin.
Les succès que les romains obtinrent dans la guerre, leur fit aimer les expéditions militaires ; ils prirent goût aux conquêtes, aux pillages, aux dévastations qui les enrichissaient des dépouilles des autres pays ; ils s’y consacrèrent exclusivement, heureux de faire connaître aux nations étrangères le joug écrasant de leur despotisme.
Centre d’événements tumultueux, violents, où régnait une dureté qu’on appela de l’héroïsme et une absence complète d’aménité, Rome était l’antithèse de la Gynécocratie. Des scènes de carnage et de dévastation remplissent les annales de Rome. En quelques siècles, cette bourgade, qui n’était, au début, qu’un ramassis de révoltés, s’éleva, s’étendit au loin et arriva au faîte de la puissance brutale, donnant au monde l’exemple de ce que peut être une société quand la force triomphe. Rome fit des lois abominables, des guerres meurtrières, elle eut des monstres couronnés, ses grandes femmes furent calomniées, avilies ! Ce fut une tache dans l’histoire, dont le déplorable effet dure encore !
Remarquons que, bien que Rome ait mit la Patrie à la place de la Matrie (et Patrice à la place de Matrice), on a toujours continué à dire la « Mère-Patrie ». Cessons donc de considérer l’idée de Patrie comme un idéal supérieur, puisque c’est l’antithèse du droit naturel que représente la Matrie. Ce n’est pas un progrès de fonder une patrie ; c’est une décadence, puisque c’est la substitution du droit factice de la force au droit naturel de l’Esprit qui régnait dans les nations. La Nation (lieu où l’on a reçu le jour) est au-dessus de la Patrie (lieu où le père est né). L’unité des grands Etats sous un chef despote n’est pas un progrès, cela ne crée pas une civilisation, c’est un asservissement général, une décadence. Du reste, c’est toujours aux époques de décadence, comme nous le rappelle Emile-Jules Grillot de Givry, dans « Le Christ et la Patrie », que se manifeste cette hypertrophie du sentiment patriotique, lorsque les peuples ne croient plus à leurs dieux, à leurs mystères, à leurs prophéties, lorsqu’ils ont perdu le sens des légendes ancestrales, lorsqu’ils se rient du ciel et que la voix des initiés se perd dans le bruit des négations.
La civilisation est dans le morcellement des Etats, dans les petites républiques confédérées et gouvernées chacune par la plus haute puissance spirituelle qui y fait régner la vérité, la justice, le bien de tous. Une unité fédérative de tous les Etats du monde dans la vérité définitivement acquise, voilà le progrès, voilà la base de la grande civilisation, de la prospérité et du bonheur des Nations. Mais le pouvoir de la force et de l’audace ou du hasard de l’hérédité centralisée en une seule main, qui peut être despotique ou imbécile, c’est une cause de ruine, de souffrances générales et de guerres perpétuelles.
Toutes les guerres de l’Oligarch… de César ne sont qu’une suite d’attaques continuelles et d’attentats contre la vie et les biens de gens innombrables et inoffensifs, honnêtes et paisibles…
NB : L’Histoire réelle de la Terre et de ses habitants n’a jamais été faite, les hommes ne l’ont pas voulu, ils ont jeté un voile sur la moitié des temps et les ont retranchés des fastes du monde. Et cette partie supprimée est cependant la plus importante, puisqu’elle contient l’explication des principes, c’est-à-dire des premières actions des hommes, de leurs premières idées, de leurs premiers travaux et des impressions reçues dans la jeunesse ancestrale, qui se sont gravées dans le cerveau humain d’une façon si profonde que l’atavisme les fait renaître dans chaque enfant qui recommence la vie. Et ceci nous explique pourquoi nous avons deux espèces de connaissances : celles qui furent acquises dans le monde primitif qu’éclairait la lumière de la Vérité, et celles qui furent acquises par la suite dans un monde déjà livré à l’erreur et au mensonge.
Honoré de Balzac disait : « Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements. ».
Un peu d’histoire divise les hommes, mais beaucoup d’Histoire les uni.
Hommes de la Terre, divisés, pardonnez-vous de toute votre Âme !
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