La vulgarité de Jack Lang, oxymore de la médiocrité « parisienne »
Source: février 2026 – Eric Verhaeghe
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L’affaire Jack Lang, verrue dans l’affaire Epstein, illustre de façon presque scientifique la vulgarité qui suinte de toute cette caste parisienne qui croit détenir la vérité et la vertu.
Septembre 1986.
Et soudain, ils étaient devant moi, ces grands bourgeois et ces nobles (décadents, désormais, très “fin de race”) que j’avais lus dans Balzac et dans Stendhal, dans Flaubert un peu, dans Proust (si mal), ces Parisiens qui s’étaient fédérés sous la bannière poseuse, prétentieuse, esthète, de la Culture, qu’ils prétendaient écrire avec un “C”, ce qui m’a toujours paru douteux.
Je venais de mon idyllique terril du Nord, si boisé, si hanté par des esprits bienfaisants, et je découvrais la caste, dans son hiératisme, avec ses étranges codes, ses réflexes pavloviens dont l’obsolescence n’est plus programmée : elle est devenue une réalité.
Mais j’anticipe.
Ce qu’incarnait Jack Lang
En septembre 1986, Jack Lang a passé la main en tant que ministre, mais il demeure encore le “parrain” tutélaire de la “Kulture” française, et à plusieurs titres.
Premier titre : il incarne alors une vision renouvelée, en profondeur, de la culture. Ce n’est pas, certes, André Malraux qui déclame pour l’éternité : “Entre ici, Jean Moulin….” – vibration sonore qui nous amène encore aujourd’hui au bord des larmes, tant elle concentre un indépassable esprit français de résistance. La seule invention de la Fête de la Musique suffit au fond à l’immortaliser.
Deuxième titre : Jack Lang a déjà cet entregent, cette emprise sur les beaux quartiers parisiens, à la manière d’un Bernard Henri-Lévy. Il est une référence, un homme encore plein d’avenir, une relation qu’il faut soigneusement cultiver car tôt ou tard il pourrait grandement servir.
Troisième titre : il est une précieuse porte d’entrée vers le Président Mitterrand. Cette fonction est alors essentielle dans une France très divisée, et soumise à sa première cohabitation. Elle est une source d’influence, de pouvoir dont Lang sait parfaitement user pour asseoir son emprise sur les puissants.
Quatrième titre, qui couronne cet ensemble : il incarne cette figure de l’humanisme contemporain français. Cultivé, esthète, aimant étaler sa culture, ses références, et jouer avec exactitude le rôle du collectionneur éclairé de la Renaissance, du bienfaiteur qui promeut les arts partout où il passe.
La caste et sa fascination pour la culture confiture
J’étais à l’époque en hypokhâgne au lycée Henri IV. Notre professeur de lettres, Luc Amiech, nous faisait la leçon : Normale Sup Lettres, c’était le temple de l’honnête homme, du cerveau bien fait, de l’esprit éclairé au sens des Lumières. Je reconnais avoir eu la naïveté de prendre ces expressions au mot !
En bon petit chose, en parfait fils d’ouvrier sans malice, je me figurais que l’ordre, en France, reposait sur cet amour désintéressé des Lumières et de la culture, dont Jack Lang était en quelque sorte une incarnation vivante. La culture devait émanciper le peuple, lui permettre de se libérer de son aliénation. Elle était une façon de rebattre les cartes en donnant une chance à tous les talents.
Il fallait (et il faut encore, en France) être brillant pour être pris au sérieux. Savoir faire de belles phrases, en multipliant les références aux grands auteurs, savoir citer Baudelaire par coeur, être intarissable sur les opéras de Richard Strauss, comparer les vertus respectives de Proust et de Céline, et accumuler une multitude d’autres codes impénétrables pour le commun des mortels, mais fatidiques pour “en être”.
A ce jeu-là, Jack Lang avait marqué des points et dominait tout son monde.
Ce que je n’avais pas compris dans ce petit jeu
Je me souviens avec précision d’une petite camarade dont les parents étaient des émigrés juifs hongrois qui faisaient carrière au CNRS. Ces gens-là étaient évidemment de gauche et dénonçaient avec véhémence tout ce qui pouvait être de droite.
Cette même petite camarade avait un mot que je n’avais jamais entendu pour désigner les ouvriers. Elle les appelait les “prols”… “Les prols font ci, les prols font ça”. En bonne pasionaria de gauche, elle parlait des ouvriers comme s’il s’agissait d’animaux de zoo, ou d’objets d’étude entomologiques.
C’était bien ma veine : à Liège, lorsque je faisais mes études secondaires, il fallait raser les murs pour ne pas être taxé de “Flamand” ni “d’ouvreux”. A Paris, je retrouvais la sélection sociale en pire : il ne fallait surtout pas être un “prol”, surtout auprès de ces gens de gauche qui faisaient profession d’aimer le peuple, le progrès, la culture, mais qui ne prétendait l’aimer que pour mieux le dominer et l’écraser. L’écraser de leur mépris, mais aussi de leur logique d’intérêt. Dénoncer l’aliénation pour mieux spolier la plus-value.
Et que dire d’un autre camarade, qui habitait un superbe appartement rue Saint-Victor et qui prétendait créer le Parti Communiste bourgeois, pour, disait-il, ne pas se mêler aux prolétaires.
Là encore, Jack Lang a parfaitement incarné cette gauche élitiste, méprisante, qui se vautrait dans la culture pour dissimuler sa logique de caste. On dit du bien du peuple pour faire oublier qu’on le vomit, chaque matin, chaque midi, chaque soir, et la nuit s’il le faut.
La course à la flagornerie comme sport collectif
En y repensant, quelques anecdotes cinglantes me reviennent. Je me souviens par exemple qu’une autre camarade, blonde aux yeux bleus, avait d’abord pensé que j’étais issu d’un milieu bourgeois. Elle m’avait donc rejoint, un jour, dans ma chambre d’internat et s’était couchée sur mon lit en écartant les jambes. Elle me demanda explicitement de la saillir, ce qui ne m’intéressait guère. Imaginez un chasseur mangeant du sanglier surgelé acheté au supermarché… Cela n’avait pas de sens.
Le jour où elle découvrit que j’était boursier de l’Education Nationale, elle m’interpela tout aussi directement : “Eric, es-tu boursier ?” J’acceptai sans trop d’état d’âme la condamnation à la mort sociale en répondant simplement “oui”. D’un seul coup, j’étais démonétisé.
Le fait de passer en quelques secondes de l’appartement avec balcon du deuxième étage aux chambres de bonne ne me gênait, car je comprenais progressivement la supercherie qui se jouait dans les beaux quartiers parisiens.
Cette camarade, par exemple, m’avait un jour présenté à sa mère. Ses parents étaient divorcés. Son père, photographe de profession, avait brutalement abandonné sa petite famille pour épouser une riche américaine, héritière d’une multinationale. Depuis lors, il coulait des jours heureux dans un château sur les hauteurs de Cannes, vivait des rentes de sa nouvelle épouse, et disposait d’un petit hôtel particulier à Paris pour ses incursions dans la capitale.
Ma petite camarade vivait avec sa mère et sa soeur dans un appartement du 8è arrondissement, près des Champs-Elysées, qui devait faire 80 m². Sa mère était chargée des grands comptes chez Air France, et elle conduisait la liste socialiste aux municipales du 8è arrondissement.
Grâce à elle, je découvrais ce qui se cachait réellement derrière le mot “culture” et le mot “progressisme”. Dans la pratique, la vie de cette famille s’organisait autour d’une chasse constante aux “relations”. Connaître Jack Lang bien sûr. Connaître les hiérarques du parti socialiste. Mais ne se fâcher avec personne de l’autre bord. Cultiver même les bonnes relations avec eux. C’est ainsi qu’elle me proposa de rédiger un livre pour le compte d’un sénateur giscardien (j’en retirai, à l’époque, huit mille francs, ce qui était énorme pour moi, minable pour elle, et je ne doutais pas qu’elle avait au passage pris une commission égale au double ou au triple de ce que je percevais).
Je me souviens encore de l’émoi dans lequel elle se trouvait en me racontant que Bernard Tapie était venu à son anniversaire. Elle avait en effet rater Normale Sup et s’était recyclée dans une école de commerce très chère, fréquentée par la fille du milliardaire. J’ai toujours été indifférent à ces marques de prestige, mais je comprenais que j’étais bien sot, car, à Paris, ce sont ces marques-là qui font et défont les carrières : organiser une soirée avec une élite sociale et quelques têtes connues vaut un laissez-passer pour l’avenir.
Pendant ce temps, cette camarade socialiste, qui changeait de trottoir lorsqu’elle voyait un groupe de jeunes Arabes ou de jeunes Noirs marcher dans sa direction, cherchait activement un mari. Finalement, elle opta pour un polytechnicien juif mais athée et détaché de cette question. Avant leur mariage, elle insista pour se convertir au judaïsme, car dans les beaux quartiers parisiens, cette appartenance est un atout supplémentaire.
Son mariage fut intelligent, puisque ce polytechnicien a fini comme conseiller d’Etat… et conseiller personnel d’un Premier Ministre.
Ainsi se font, dans l’élite parisienne, les carrières qui mènent au pouvoir.
Vulgarité de la caste, dont Jack Lang est un parfait représentant
Vous me direz que je découvrais le fil à couper le beurre, et ce n’est pas totalement faux. Au fond, tout le monde sait que la France est dominée par une élite restreinte, qui se reconnaît non à sa fortune, mais au partage pour ainsi dire militaire de certains codes sociaux, de certaines habitudes ou de certaines valeurs fondées sur un respect dévot à l’égard de l’ordre social. Ce qu’on appelle le mérite, dans ce pays, est d’abord une immense soumission à une hiérarchie où l’héritage, l’origine, la naissance, jouent un rôle fondamental. Un médiocre bien né sera infiniment plus encensé qu’un génie issu du peuple.
Ce qui choque, en revanche, c’est la vulgarité profonde de cette caste, qui se croit brillante, et qui est capable de s’humilier sans limite devant un seul dieu : l’argent.
Car, même s’ils le cachent, même s’ils font profession d’aimer l’art, la culture, s’ils revendiquent un désintérêt devant l’argent, la seule puissance que les Parisiens bien nés respectent vraiment est celle de la richesse. Et ce respect obsessionnel peut très souvent tourner à la maladie incurable.
Reparlons de Jack Lang et lisons ses propos, clairs comme de l’eau de roche, dans l’affaire Epstein.
Devant les caméras de télévision, Jack Lang a expliqué qu’il ne connaissait rien des activités pédophiles d’Epstein (ce qui est évidemment impossible, puisqu’Epstein était régulièrement cité dans la presse pour sa transaction des années 2000 avec quelques victimes). En revanche, il a mis en avant le caractère cultivé, esthète, amateur d’art du personnage. Lang ne pouvait mieux exprimer les règles en vigueur dans la caste parisienne : il faut montrer sa culture et exhiber comme une prostituée montre son porte-jarretelles sa passion pour l’aaaaarrrrrttttt. Une fois ce culte rendu, on peut se permettre tout et n’importe quoi, mais à une condition : être riche.
Epstein l’avait très bien compris. Et la caste parisienne a très bien joué son jeu. Epstein était régulièrement à Paris, et la perspective de rencontrer un riche Américain amateur d’art, en “ignorant” parfaitement que cet Américain organisait des Kompromat, ne pouvait que réjouir tous ceux qui donnent des leçons de vertu, de progrès et de civilisation. Car, au fond, tous ces mots ne sont que des cosmétiques pour dissimuler le culte de l’argent, d’où qu’ils viennent, et la servitude volontaire de nos prétendus lettrés qui ne connaissant qu’une seule loi : le plus riche a toujours raison.
Voilà pourquoi je méprise la caste parisienne : pour sa vulgarité suprême. Pour sa capacité à, d’un côté, “poser”, à jouer aux esthètes pour qui l’art, la culture, la “civilisation” sont une promesse de liberté, et à, d’un autre côté, démentir cette promesse en se soumettant sans retenue, sans dignité, sans amour propre, à la loi du dieu argent.
Face à ces impostures, je ne peux que recommander à chacun de faire sécession. Et si vous ne savez pas comment, suivez la Liberty Academy proposée sur ce blog. Toutes les règles du jeu y sont expliquées !

