Aux origines du transhumanisme : de l’émancipation à l’anti-démocratie ?

Source : institutmontaigne.org – 8 avril 2026 – Nicolas Spatola

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Nicolas Spatola est chercheur en Sciences cognitives et sociales à l’Institut de recherche Artimon Perspectives

L’invitation polémique de Peter Thiel, fondateur de PayPal, influenceur libertarien et inspirateur MAGA, à l’Académie des sciences morales et politiques le 26 janvier dernier a rappelé que le transhumanisme est une notion qui concerne tout autant la technologie que la politique. Quels sont ses sources théoriques et ses différents courants ? Le transhumanisme peut-il être démocratique ?

Le transhumanisme – qui promeut l’amélioration des capacités humaines par la technologie – semble être l’ultime produit de la modernité. Il évoque des images de puces cérébrales, de génomes édités et de futurs cybernétiques. Mais derrière la façade futuriste se cache une lutte idéologique acharnée : le transhumanisme est-il une quête d’émancipation collective ou le cheval de Troie d’une nouvelle forme de pouvoir réactionnaire ? La quête pour transcender la condition humaine par l’artifice n’est pas née avec l’informatique. Elle est l’héritière d’une longue tradition intellectuelle et spirituelle qui a progressivement remplacé la promesse du salut divin par celle de la maîtrise technique.

La rédemption par l’artifice : l’imaginaire technique médiéval

Le Moyen-Âge, loin de ce qui est souvent perçu à tort comme une période technologiquement stagnante, offre les prémisses d’une conception de la technique comme voie de rédemption. Des ordres comme les Cisterciens et les Bénédictins sont à la pointe de l’innovation, développant moulins, horloges mécaniques et nouvelles techniques de forge, autant d’arts mécaniques qui ne sont pas vus de simples améliorations matérielles, mais des aides à la vie spirituelle et des moyens de restaurer un monde déchu.

La maîtrise technique n’est pas une fin en soi, mais un instrument pour se rapprocher de Dieu et se préparer à l’Apocalypse.

Cette vision est théorisée au XIIIe siècle par le moine franciscain et savant Roger Bacon.  Pour lui, la technique et la science expérimentale sont un don divin, un moyen de restaurer le savoir originel révélé aux patriarches et perdu lors de la Chute. Selon Bacon, la connaissance, acquise par l’expérience, permettrait de construire des machines pour voler, des navires sans rameurs et des ponts sans piliers. Bacon mêle ainsi la science expérimentale naissante à une eschatologie chrétienne : la maîtrise technique n’est pas une fin en soi, mais un instrument pour se rapprocher de Dieu et se préparer à l’Apocalypse. La technologie est déjà une forme de transcendance, tournée vers le divin.

La maîtrise de la nature : la trahison de Francis Bacon

Trois siècles plus tard, le philosophe anglais Francis Bacon (sans lien de parenté direct avec Roger) opère un basculement décisif. Il ne s’agit pas d’une simple continuation : en reconfigurant radicalement le projet de son prédécesseur, il le « trahit » et l’inscrit dans un nouveau régime de vérité. Avec lui, la finalité de la science change. Il ne s’agit plus seulement de contempler l’œuvre de Dieu, mais de la maîtriser pour le bien-être de l’humanité sur Terre. Dans son ouvrage majeur, le Novum Organum (1620), Bacon pose les fondations de la méthode scientifique moderne et formule l’idée d’un lien fort entre connaissance et pouvoir.

Pour Francis Bacon, la nature est une chose à déchiffrer et à commander. La transcendance n’est plus seulement une affaire spirituelle ; elle devient une entreprise matérielle et collective pour l’amélioration de la condition humaine. La promesse du paradis céleste commence à se transformer en la promesse d’un paradis terrestre, construit par l’ingéniosité humaine.

L’évolution dirigée : Julian Huxley, le technocrate mystique

Le dernier acte de notre histoire nous amène en 1957. Le biologiste et premier directeur de l’UNESCO, Julian Huxley, publie son New Bottles for New Wine, un essai où il forge un nouveau mot pour une vieille idée : transhumanisme. Pour Huxley, il s’agit de la prochaine étape logique de l’humanisme, un « humanisme évolutionnaire » où l’humanité prendrait enfin en main sa propre évolution : « l’espèce humaine peut, si elle le souhaite, se transcender elle-même – non pas juste sporadiquement, un individu ici d’une manière, un individu là d’une autre manière, mais dans son intégralité, en tant qu’humanité. » écrit-il ainsi.

Avec Huxley, la boucle de la sécularisation est achevée. La transcendance n’est plus tournée vers Dieu (Roger Bacon) ni vers la maîtrise du monde extérieur (Francis Bacon), mais vers l’intérieur : il s’agit de dépasser l’humain lui-même. Mais la vision de Huxley est bien plus complexe et autoritaire qu’il n’y paraît. Profondément méfiant envers la démocratie de masse et le laissez-faire économique, il est un fervent partisan d’une société planifiée et technocratique. Dans son essai provocateur If I Were Dictator (1934), il imagine un contrôle central exercé par une élite de scientifiques, mieux à même selon lui de guider la société que les politiciens traditionnels.

Le gouvernement devient sous sa plume le « directeur général » de l’évolution. Sa mission est d’appliquer une biopolitique à grande échelle : intervenir directement dans la vie biologique des citoyens pour assurer le progrès de l’espèce. Cela inclut un contrôle de la reproduction via l’eugénisme positif, la contraception volontaire et les technologies de procréation assistée, afin de remplacer la sélection naturelle, jugée « aveugle et brutale », par une gestion rationnelle. Ce projet, qu’il a tenté de promouvoir à l’échelle mondiale en tant que directeur de l’UNESCO, repose sur un élitisme où les masses doivent être éduquées et persuadées par une direction scientifique éclairée.

Le transhumanisme de Huxley est donc un projet total : une prise de contrôle technocratique de l’évolution humaine, sacralisée par une nouvelle religion sans Dieu.

Paradoxalement, ce projet hyper-rationaliste est doublé d’une dimension mystique. Pour Huxley, la science seule est neutre ; elle a besoin d’une « religion pour l’avenir » pour lui donner un sens et une motivation. Il développe une forme de « biologie spirituelle » où l’évolution elle-même devient une révélation séculière. Influencé par le jésuite Pierre Teilhard de Chardin, il voit l’humanité comme « l’univers devenu conscient de lui-même », chargé d’une mission quasi divine. La transcendance devient un état psychologique, une forme d’extase que la science pourrait un jour « démocratiser » par des moyens techniques ou pharmacologiques. Le transhumanisme de Huxley est donc un projet total : une prise de contrôle technocratique de l’évolution humaine, sacralisée par une nouvelle religion sans Dieu.

Le schisme transhumaniste : de la démocratie à la néo-réaction

Si la vision de Huxley était collectiviste et planificatrice, le transhumanisme qui a prospéré est d’une tout autre nature. Loin d’être monolithique, le mouvement s’est fracturé en une myriade de courants idéologiques qui, s’ils partagent le même objectif d’amélioration humaine, s’opposent radicalement sur les moyens et les fins.

On peut distinguer plusieurs grandes familles. L’extropianisme, l’une des premières formulations organisées du transhumanisme dans les années 1980, prône une approche proactive de l’évolution humaine basée sur un optimisme technologique radical. Plus spécifique, l’immortalisme se concentre sur la défaite de la mort par des moyens technologiques, tandis que l’abolitionnisme vise à utiliser la biotechnologie pour éradiquer toute forme de souffrance chez les êtres sensibles. Le singularitarisme, popularisé par Ray Kurzweil, est quant à lui focalisé sur l’avènement d’une superintelligence artificielle (la Singularité) qui transformerait radicalement notre monde.

Mais la principale ligne de fracture est politique. D’un côté, le transhumanisme démocratique, ou techno-progressisme, porté par des penseurs comme James Hughes, cherche à concilier progrès technologique et justice sociale. Dans cette vision, les technologies d’augmentation ne doivent pas devenir le privilège d’une élite. L’État a un rôle crucial à jouer pour garantir un accès équitable et universel à ces technologies, afin d’éviter la création d’une nouvelle fracture biologique entre les « augmentés » et les « naturels ». L’objectif est de mettre la technique au service de l’émancipation collective et de la réduction des inégalités.

De l’autre côté, le transhumanisme libertarien s’est parfaitement marié à l’esprit du capitalisme tardif, trouvant dans la Silicon Valley son terreau idéal. Ici, l’amélioration humaine n’est plus un projet de société, mais un produit de consommation ultime, un marché où l’autonomie individuelle et la compétition sont reines. Cette idéologie, portée quasi exclusivement par des hommes blancs et fortunés, reconduit implicitement des biais de genre et de race, tout en ignorant superbement son coût écologique : le projet transhumanisme est fondamentalement extractiviste, reposant sur une consommation massive de ressources pour bâtir ses infrastructures.

L’amélioration humaine n’est plus un projet de société, mais un produit de consommation ultime, un marché où l’autonomie individuelle et la compétition sont reines.

Cette idéologie a atteint son paroxysme avec le mouvement néo-réactionnaire, ou « Dark Enlightenment« , qui rejette la démocratie et l’égalitarisme au profit d’une gouvernance technocratique par une élite. Paradoxalement, cette vision hyper-moderne ressuscite une eschatologie religieuse. L’investisseur Peter Thiel, figure de proue de ce mouvement, voit dans les forces qui freinent le progrès technologique (comme l’écologie) une manifestation de l’Antéchrist. Pour lui, la technologie n’est pas un simple outil, mais un « pharmakon » (à la fois poison et remède, comme le dirait Bernard Stiegler) dont il ne veut voir que le potentiel curatif, qualifiant toute critique de luddite ou de diabolique. En un écho inversé à Roger Bacon qui voulait accélérer la technique pour se défendre de l’Antéchrist, Thiel voit l’Antéchrist dans ceux qui s’opposent à l’accélération. Le salut technologique doit advenir, et tout ce qui l’entrave relève du mal. La boucle eschatologique est bouclée.

L’utopie réactionnaire en action : villes privées et surveillance de masse

Loin d’être une simple posture intellectuelle, cette idéologie se traduit par des projets concrets visant à créer des enclaves de non-droit démocratique. Le projet le plus emblématique est sans doute le seasteading, la création de villes flottantes libertariennes en eaux internationales. Lancé en 2008 par Patri Friedman (petit-fils de l’économiste Milton Friedman) avec le soutien financier de Peter Thiel, le Seasteading Institute a pour but explicite d’échapper à toute juridiction étatique pour expérimenter de nouvelles formes de gouvernance basées sur le marché.

Dans la même veine, on trouve les charter cities (villes à charte), des zones économiques spéciales dotées de leur propre système légal et fiscal. L’exemple le plus abouti et le plus controversé est Próspera, une ville privée fondée par une corporation américaine au Honduras. Fonctionnant comme une entreprise, elle offre à ses « citoyens-clients » un environnement de régulation minimale, sapant la souveraineté de l’État hondurien sur son propre territoire.

Ces projets d’exode territorial s’accompagnent d’une stratégie d’influence et de contrôle au cœur même des démocraties. Palantir Technologies, co-fondée par Peter Thiel, est devenue un pilier de l’appareil de surveillance mondial. Ses logiciels de data-mining sont utilisés par des agences comme l’ICE pour traquer les immigrants aux États-Unis ou par des gouvernements pour surveiller leurs populations. La technologie n’est plus seulement un outil d’amélioration, mais une arme de contrôle social.

Enfin, l’influence politique directe est la dernière pièce du puzzle. Curtis Yarvin (alias Mencius Moldbug), le principal théoricien du Dark Enlightenment, prône ouvertement le remplacement de la démocratie par une monarchie dirigée par un CEO. Ses idées, autrefois confinées à des blogs obscurs, ont trouvé un écho au plus haut niveau du pouvoir, notamment auprès du vice-président américain JD Vance, financé par Peter Thiel et ayant cité explicitement les écrits de Yarvin dans sa campagne sénatoriale de 2022.

 L’imaginaire technique, quête de perfectionnement ou de transgression ?

À travers des projets de villes privées comme Próspera, des technologies de surveillance comme Palantir et une influence politique croissante, ce transhumanisme-là cherche activement à construire un monde post-démocratique pour une élite. 

De l’art mécanique des moines à l’humanisme évolutionnaire de Huxley, le rêve de transcendance a changé de visage, mais pas de nature. Il a suivi un long processus de sécularisation, fait de trahisons et de reconfigurations successives, glissant du domaine de la foi à celui de la science. La quête du salut éternel de l’âme s’est progressivement muée en une quête d’augmentation et de perfectionnement du corps mortel. Mais cette histoire n’est pas linéaire. Elle révèle une fracture profonde entre deux visions du futur : d’un côté, un transhumanisme démocratique qui cherche à mettre la technologie au service de l’émancipation collective ; de l’autre, un courant libertarien qui, dans sa forme la plus extrême, la néo-réaction, est devenu un projet politique concret. Ce n’est plus seulement une affaire de science-fiction. À travers des projets de villes privées comme Próspera, des technologies de surveillance comme Palantir et une influence politique croissante, ce transhumanisme-là cherche activement à construire un monde post-démocratique pour une élite. Plutôt qu’un projet de libération universelle, il apparaît comme l’aboutissement d’un imaginaire technique qui a cessé de regarder le ciel pour se concentrer sur le code, qu’il soit informatique ou génétique, comme nouvelle source de salut. Un imaginaire qui pourrait être subverti par d’autres figures, comme celle du Cyborg de Donna Haraway, qui voit dans l’hybridation une promesse de transgression des frontières et de subversion politique, plutôt qu’un outil de maîtrise et de perfection.

Copyright Marco Bello / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Peter Thiel à Miami le 7 avril 2022.

Une pensée sur “Aux origines du transhumanisme : de l’émancipation à l’anti-démocratie ?

  • 7 mai 2026 à 14 h 17 min
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    « le Golem est à l’origine de nombreuses créatures artificielles, imaginaires ou réelles. Préfiguration du robot, de l’ordinateur (IA) et plus généralement d’un monde envahi par un machinisme croissant, le Golem est aussi le précurseur des superhéros, des androïdes et des avatars numériques. Rarement un mythe aura été aussi fécond pour penser tant le pouvoir créateur de l’homme que sa démesure. » (Norbert Wiener le père de la cybernétique)
    « Golem » est un mot hébreu qui apparaît dans la Bible au Psaume 139, 16 et désigne la masse d’argile mêlée de sang à laquelle Dieu aurait par son souffle donné la vie au premier homme : Adam.
    Le Golem, dans la légende judéo-kabbalistique, signifie une sorte d’homme-robot. Le Golem est l’homme créé par des moyens magiques ou artificiels, en concurrence avec la création d’Adam par Dieu. Le Golem symbolise la création de l’homme qui veut imiter Dieu en créant un être à son image, mais qui n’en fait qu’un être sans liberté, enclin au mal, esclave de ses passions. La vraie vie humaine ne procède que de Dieu. Dans un sens plus intériorisé, le Golem n’est qu’une image de son créateur même, l’image d’une de ses passions qui grandit et risque de l’écraser. Il signifie enfin qu’une création peut dépasser son auteur, et que l’homme n’est qu’un apprenti sorcier.
    Dans la légende, le rabbin Loew a créé au XVIème siècle à Prague le Golem (qui signifie « Inachevé » en hébreu) pour défendre la communauté « juive » des pogroms.
    Notons avec Robert Ambelain et son ouvrage « Les arcanes noirs de l’hitlérisme » que, à la base, le Golem n’était rien d’autre qu’un « Téraph », c’est-à-dire une idole, simple support matériel permettant à une entité de s’incarner par incorporation rituelle. Modelé sous des aspects planétaires précis par le kabbaliste, cette statue anthropomorphique était constituée d’argile et d’eau (Genèse : II, 7). Au cours d’une cérémonie évocatoire, le magicien associait l’entité évoquée à la statue plus ou moins grossière qu’il venait de modeler de ses mains, et par des rites de propitiation (sacrifices, encensements, etc.) il la maintenait sous sa dépendance. Mais il arrivait qu’un jour l’entité se rebellât contre cette sujétion, ou que le magicien ait supprimé les rites de propitiation nourrissant psychiquement le Golem. Alors, après avoir mis à mort son créateur, le Téraph s’en allait au hasard de son comportement astrologique, semant la destruction dans la communauté car sa puissance n’était capable par elle-même que de mauvaises actions… Pour le neutraliser il fallait effacer de son front le mot qui y était transcrit à son élaboration : « Æmet », soit « véridique », « réel » (ou « Vie »), et en supprimant « Æ » il ne restait plus que « met », soit : « mort », « inexistant » ; alors le Golem se désagrégeait et s’écroulait aussitôt en une masse d’argile inerte. Cependant, cette masse pouvait, parfois, écraser sous son poid le magicien imprudent.
    La réalisation d’un Golem était sévèrement condamnée par la religion « juive », parce que créatrice d’une idole, et son créateur une fois connu relevait du « Herem », la terrible excommunication « juive ». C’est très certainement à des magiciens juifs dévoyés que l’on doit les quelques crimes rituels historiquement certains du Moyen Age. Malheureusement, les populations « juives » innocentes et pieuses payèrent en persécutions les crimes de tels magiciens.
    « Un des thèmes les plus importants dans les romans de Philip K. Dick est le thème de la fausse réalité et surtout du faux humain. D’un humain remplacé, copié, numérisé, brainwashé. Y a-t-il une frontière entre un humain et un robot qui a une apparence et des capacités humaines ?
    « Aujourd’hui nous vivons dans un monde où les figures politiques (d’ailleurs nous les appelons “des figures” ou “des personnages” et non des êtres humains) nous donnent la sensation d’une grande perplexité et, souvent, d’une répugnance. Sont-ils des humains ? Et qui deviennent tous ceux qui sont sous l’influence de la télé et du smartphone 20 heures par jour ? Combien d’humain reste en eux ? » (Tetyana Popova)
    NB : Dans « La France contre les robots », Georges Bernanos dit, que la Civilisation des Machines est « La civilisation des techniciens », et dans l’ordre de la Technique, un imbécile peut parvenir aux plus hauts grades sans cesser d’être imbécile, à cela près qu’il est plus ou moins décoré. La Civilisation des Machines est la civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité. Les imbéciles y dominent donc par le nombre, ils y sont le nombre. Cependant, la malfaisance n’est pas dans les imbéciles, elle est dans le mystère qui les favorise et les exploite, qui ne les favorise, d’ailleurs, que pour mieux les exploiter.
    Aussi, c’est l’occasion de rappeler ici les mots de Charles Baudelaire : « La suprême habilité du diable, quelle que soit sa nature, c’est d’obtenir au bout du compte qu’on nie son existence. ».
    Convenons, aujourd’hui, qu’il y est assez bien parvenu, avec de surcroit l’aide de ses « prêtres » (théologiens ou pas) et l’adhésion satisfaite d’une myriade de « fidèles », soi-disant « libérés », puis « branchés » et « câblés », aujourd’hui « connectés » et, demain, probablement « transhumanisés ».
    Les hommes de la Tradition qui ne sont ni folkloristes, ni rêveurs ou nostalgiques, ont pris définitivement conscience que « le monde moderne danse avec le diable » et que notre civilisation est devenue le support planétaire ouvert aux entreprises des « puissances d’en-bas ».
    Aussi, à la lumière des principes et doctrines traditionnels qui fondent la Sagesse commune à toutes les formes traditionnelles, initiatiques ou religieuses, le monde actuel, malgré, ou en raison, de ses indéniables réussites matérielles et techniques, apparaît pour ce qu’il est vraiment : parodie, caricature, illusion, poudre aux yeux, travestissement, en un mot : mensonge.
    Ce monde-là est bel et bien celui dont « Satan » est le prince.
    Ayant épuisé ou presque les « virtualités » du « matérialisme », « l’Adversaire » recourt dorénavant aux « virtualités » d’un « néo-spiritualisme ».
    À ce sujet, rappelons les propos de l’un des prosélytes du transhumanisme en France, Laurent Alexandre, propos parus dans « Le Monde » du 03/11/2015 : « Dieu n’existe pas encore : il sera l’homme de demain, doté de pouvoirs quasi-infinis grâce aux nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. L’homme va réaliser ce que seuls les dieux étaient supposés pouvoir faire : créer la vie, modifier notre génome, reprogrammer notre cerveau et euthanasier la mort. »
    On le voit ici, le cerveau de l’imbécile n’est pas un cerveau vide, c’est un cerveau encombré où les idées fermentent au lieu de s’assimiler, comme les résidus alimentaires dans un côlon envahi par les toxines.
    En parallèle des propos délirants tenus par le chantre du transhumanisme, néanmoins soutenus par le « brainwashing » hollywoodien habituel, organisé, notamment ces dernières années, autour des univers « Marvel » et « DC Comics », rappelons ces sages paroles de Louis Pauwels, tirées de son ouvrage « Les dernières chaînes » : « La qualité suprême de l’homme est dans son être. Nous sommes dans une période où tout se conjugue pour nier notre authentique liberté intérieure… En fait, c’est toujours la même vieille tentation : convaincre les hommes de renoncer à leur autonomie, à leur singularité, à leur différence. À l’ère des machines et de l’informatique, beaucoup se prennent pour des robots. Or, les robots ne vivent pas. Ils n’ont pas d’intériorité. Ils ne connaissent qu’une loi, celle des tyrans qui les manipulent. ».

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