Ukraine : c’est l’Otan qui a lancé l’attaque, il y a huit ans

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Source : voltairenet.org – 1 mars 2022 – Manlio Dinucci

https://www.voltairenet.org/article215885.html

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Les Occidentaux ont perdu la mémoire et ignorent leur histoire. Ils sont donc facilement aveuglés par la propagande de guerre. Ils ignorent que l’Alliance atlantique a mené deux guerres sans autorisation du Conseil de sécurité, en Yougoslavie et en Libye (pour cette dernière cible, il y avait une autorisation du Conseil, mais pas pour ce qui a été fait). Ils ignorent aussi que tous les élargissement de l’Otan à l’Est de la ligne Oder-Neisse (frontière entre l’Allemagne et la Pologne) sont illégaux. Enfin, ils ignorent que le fonctionnement hiérarchisé de l’Otan est lui aussi illégal car contraire à la Charte des Nations unies.

Manlio Dinucci est géographe et géopolitologue. Dernier ouvrage publié : Guerre nucléaire. Le jour d’avant, Delga (2021).

La commissaire Ursula von der Leyen a annoncé que l’UE met au ban l’agence de presse russe Sputnik et la chaîne Russia Today afin qu’« elles ne puissent plus diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de Poutine avec leur désinformation toxique en Europe ». L’UE instaure ainsi officiellement l’orwellien Ministère de la Vérité, qui en effaçant la mémoire réécrit l’histoire. On met hors la loi quiconque ne répète pas la Vérité transmise par la Voix de l’Amérique, agence officielle du gouvernement US, qui accuse la Russie d’« horrible attaque complètement injustifiée et non provoquée contre l’Ukraine ». Me mettant hors la loi, je rapporte ici en extrême synthèse l’histoire des trente dernières années effacée de la mémoire.

En 1991, tandis que se terminait la Guerre froide avec la dissolution du Pacte de Varsovie et de l’Union Soviétique même, les États-Unis déchaînaient dans le Golfe la première guerre de l’après Guerre froide, en annonçant au monde qu’« il n’existe aucun substitut au leadership des États-Unis, restés seul État avec une force et une influence mondiales ». Trois années plus tard, en 1994, l’Otan sous commandement US effectuait en Bosnie sa première action directe de guerre et en 1999 attaquait la Yougoslavie : pendant 78 jours, décollant surtout des bases italiennes, 1 100 avions effectuaient 38 000 sorties, larguant 23 000 bombes et missiles qui détruisaient en Serbie ponts et industries, en provoquant des victimes surtout chez les civils.

Tandis qu’elle démolissait par la guerre la Yougoslavie, l’Otan, trahissant la promesse faite à la Russie de « ne pas s’étendre d’un pouce à l’Est », commençait son expansion vers l’Est, de plus en plus près de la Russie, qui allait l’amener en vingt ans à s’étendre de 16 à 30 membres, en incorporant des pays de l’ex-Pacte de Varsovie, de l’ex-URSS et de l’ex-Yougoslavie, et en se préparant à inclure officiellement même l’Ukraine, la Géorgie et la Bosnie-Herzégovine, de fait déjà dans l’Otan [1]. Passant de guerre en guerre, USA et OTAN attaquaient et envahissaient l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003, démolissaient par la guerre l’État libyen en 2011 et commençaient par l’intermédiaire de Daesh la même opération en Syrie, en partie bloquée quatre ans après par l’intervention russe. Rien qu’en Irak, les deux guerres et l’embargo tuaient directement environ 2 millions de personnes, dont un demi-million d’enfants.

En février 2014 l’Otan, qui depuis 1991 s’était emparée de postes clé en Ukraine, effectuait par l’intermédiaire de formations néo-nazies entraînées et armées à cet effet, le coup d’État qui renversait le président ukrainien régulièrement élu. Ce coup était orchestré sur la base d’une stratégie précise : attaquer les populations russes d’Ukraine pour provoquer la riposte de la Russie et ouvrir ainsi une profonde fracture en Europe. Quand les Russes de Crimée décidaient par référendum de rentrer dans la Russie dont ils faisaient auparavant partie, et les Russes du Donbass (bombardés même au phosphore blanc par Kiev) se retranchaient dans les deux républiques de Donestk et de Lougansk, l’escalade guerrière de l’Otan commençait contre la Russie. Elle était soutenue par l’UE, dont 21 des 27 pays membres appartiennent à l’Otan sous commandement US.

Dans ces huit années, des forces et bases des USA et de l’Otan avec leur capacité d’attaque nucléaire ont été déployées en Europe, encore plus adossées à la Russie, en ignorant les avertissements répétés de Moscou. Le 15 décembre 2021, la Fédération Russe a consigné aux États-Unis d’Amérique un projet articulé de Traité pour désamorcer cette situation explosive [2]. Non seulement le projet aussi a été repoussé mais, en même temps, a commencé le déploiement de forces ukrainiennes, de fait sous commandement des USA et de l’Otan, pour une attaque à vaste échelle contre les Russes du Donbass. D’où la décision de Moscou de stopper l’escalade agressive occidentale avec l’opération militaire en Ukraine.

Manifester contre la guerre en effaçant l’histoire, signifie contribuer consciemment ou non à la frénétique campagne des USA, de l’Otan et de l’UE qui marque la Russie comme ennemi dangereux, et qui casse l’Europe pour des desseins impériaux de pouvoir, en nous entraînant à la catastrophe.

Manlio Dinucci

Source originale : Il Manifesto (Italie) Traduction : Marie-Ange Patrizio

2 pensées sur “Ukraine : c’est l’Otan qui a lancé l’attaque, il y a huit ans

  • 3 mars 2022 à 18 h 17 min
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    Les américains, leurs vassaux,, les pays d’Europe aux ordres du Nouvel Ordre Mondial ont le choix d’agir contre la Russie, mais ce sera nécessairement à leurs détriments, actuellement la Russie à le pouvoir de détruire tout ce que les mondialistes ont construits pour l’asservissement des peuples, c’est-à-dire leur technologie et de réduire à néant leurs aspirations.

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  • 5 mars 2022 à 10 h 51 min
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    Manlio Dinucci a également quelques pertes de mémoire en distinguant légalité, dont le respect de la Charte des Nations unies est assurée par le Conseil de sécurité, et autorisation. Voici un rappel de 2008 :

    « L’Otan cherche à se substituer à l’Onu
    La Russie s’est dite surprise au sujet des circonstances de signature d’un accord de coopération entre l’Otan et l’ONU. Moscou considère que ce document n’a pas été visiblement concerté avec les membres de l’Organisation, était adopté en petit comité et ne reflétait pas l’opinion de la communauté internationale.
    Le fait même de coopération de l’Onu avec des organisations régionales ne peut être que salué. Or, lorsque cela se produit en secret et remplace, en fait, le rôle de la communauté mondiale en matière de règlement des problèmes globaux – cela suscite de l’étonnement chez les pays membres de l’Onu. Telle était la réaction diplomatique du ministre des Affaires Etrangères de Russie Sergueï Lavrov, se trouvant en Kirghizie pour la conférence des chefs de la diplomatie de la CEI, à la demande de commenter les actions du Secrétariat Général des Nations-Unies de Ban Ki-Moon. Nous savions qu’un tel accord entre les secrétariats de l’Onu et de l’Otan était préparé. Nous nous attendions à ce qu’avant la signature d’un tel accord, son projet soit soumis pour examen aux pays membres. Dans ce cas-là rien de tel ne s’est produit. L’accord entre les secrétariats a été signé en secret.
    Dans le cadre de la session de l’Assemblée Générale Sergueï Lavrov a eu un entretien avec le Secrétaire Général de l’Onu Ban Ki-Moon. Le ministre russe s’est inquiété sur les raisons d’agir aussi discrètement. Je n’ai pas entendu d’explications intelligibles, dit Sergueï Lavrov. Cela surprend. Nous sommes également étonnés de trouver dans le texte de l’accord, qui n’a pas été, d’ailleurs, pour le moment publié sur les sites de l’Onu et de l’Otan, des dispositions, touchant directement les prérogatives des Etats membres. Notamment, cela concerne l’intention de l’Onu et l’Otan de coopérer dans les questions de maintien de la sécurité internationale sur la base non seulement de la charte de l’Onu, mais de quelconques directives internationales. Nous avons posé des questions aux directions des deux Secrétariats sur ce que cela pouvait signifier. Nous attendons leurs réponses. Mais nous avons mis en garde nos collègues dans la direction de l’Onu que ce genre de choses devait se faire nécessairement publiquement, sans rien cacher aux pays membres, et en fonction des pouvoirs du Secrétariat. Parlant des prérogatives des pays membres de l’Onu, M. Lavrov a diplomatiquement insisté sur la tentative de se substituer à la communauté mondiale pour ce qui concerne le règlement des problèmes liés à la sécurité globale. La réaction de l’ambassadeur de Russie à l’Otan Dimitri Rogozine a été plus dure. Il a dit carrément que l’adoption d’un tel document, d’un côté, laissait le champ libre à l’Otan pour lancer des opérations militaires partout dans le monde. Et de l’autre côté, il s’agit d’une tentative manifeste de l’Alliance Atlantique de faire endosser par d’autres la responsabilité pour un possible échec de sa mission en Afghanistan. M. Rogozine a été catégorique : en tant que membre du Conseil de Sécurité de l’Onu, la Russie ne l’admettra jamais. En particulier, elle n’entend pas assumer la responsabilité pour les frappes aériennes et les victimes civiles où que ce soit.
    10.10.2008 » http://www.ruvr.ru

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