L’étrange dilution européenne de l’Ukraine … dans la Pologne

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Source : russiepolitics.blogspot.com – 1 juin 2022 – Karine Bechet-Golovko

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Habitant à Moscou depuis une quinzaine d’années, j’observe avec une passion toujours renouvelée les élans de ce pays complexe. Par des articles dans la presse, des publications scientifiques et des ouvrages je tente de vous faire partager une certaine vision d’un monde qui se renouvelle en permanence sous nos yeux. « L’autorité des décisions de la CEDH à l’égard des juges constitutionnels », Revue Est-Europa, 2016, N°1 « De l’instrumentalisation du droit et des États : constitutions et révolutions dans l’espace post-soviétique », in « Les Constitutions, des révolutions à l’épreuve du temps », sous la dir. M.-E/ Baudoin et M. Bothom, LGDJ Lextenso, 2016 « Russie : la complexification des rapports entre l’Etat et la société civile », Revue d’études Est-européennes, 2014, N°1 spécial « La dyarchie de l’exécutif en Russie », RDP, 2013, N°2 « Les présidentielles russes : les acteurs face à un choix de société », revue Politeia, n° 22 (2012) « Les élections parlementaires russes : la fin d’une époque ou juste un sursaut ? », Revue Politeia, n° 20 (2012) « Que reste-t-il du concept de « souveraineté » ? A l’occasion de la décision du Conseil constitutionnel sur le Traité de Lisbonne », Revue Politeia n°13 (2008)

Pourquoi s’ennuyer à faire formellement entrer l’Ukraine, comme pays, dans l’Union européenne, quand on peut tranquillement laisser la Pologne s’emparer du territoire ? C’est exactement ce dont parle Patrushev, le Secrétaire du Conseil de sécurité russe au sujet des dernières démarches “d’intégration” / dilution de l’Ukraine dans la Pologne.

Lors de la visite du Président polonais Duda à Kiev (voir notre texte ici), celui-ci avait plaidé en faveur d’un protectorat atlantiste de l’Ukraine. Pourtant, il semblerait que les plans soient beaucoup plus concrets. Comme cela a été répété, notamment par la France, l’intégration rapide de l’Ukraine dans l’UE est techniquement difficile, pour la simple et bonne raison qu’il n’existe pas de procédure juridique le permettant.

Et comme il n’existe pas non plus de volonté politique uniforme allant en ce sens au sein des pays membres de l’UE, une telle procédure ne sera pas “créée” pour les besoins supérieurs de la cause.

Or, dans tous les cas, l’Ukraine doit entrer dans l’UE. L’avancée de la Russie, qui reprend et sécurise les territoires frontaliers fait peur ; même si elle a reculé devant Kiev une fois, cela ne veut pas dire que le “clan des négociateurs” aura toujours le dessus, pour permettre à l’Occident de gagner politiquement ce qu’il perd sur le terrain.

Le moyen le plus simple, qui avait d’ailleurs dès fin avril été annoncé par le Renseignement extérieur russe (SVR), puis dénoncé par l’ancien Président ukrainien Yanukovitch, est aujourd’hui réaffirmé par Patruchev, le Secrétaire du Conseil de sécurité russe, anciennement Directeur du FSB : la Pologne commence à grignoter le territoire ukrainien, pour reprendre le contrôle sur ce qu’elle considère son “territoire historique”, à savoir la Galice.

Il y a effectivement de grandes chances, que ce plan soit en cours de réalisation, surtout avec la promesse faite par Zelensky d’attribuer un statut juridique spécial aux citoyens polonais, leur permettant d’élire et d’être élu, d’entrer dans la fonction publique ou d’avoir accès aux secrets d’État. Il est vrai que quand il n’y a plus d’État, il n’y a plus de secrets.

Cette “intégration douce” de l’Ukraine dans la zone européenne, en réalité sa digestion par la Pologne, présente pour l’Occident plusieurs avantages. Avant toute chose, cela paie la Pologne de ses bons et loyaux services, elle qui est prête à faire imploser le Continent européen pour venger ses petits complexes. Ensuite, cela règle la question formelle et procédurale de l’entrée de l’Ukraine dans l’UE, évite les négociations avec les États membres, qui se retrouvent confrontés à un mécanisme, sur lequel ils n’ont aucune prise. Enfin, cela évite la question des frontières du territoire ukrainien en cas d’intégration formelle, frontières qui pour l’instant ne sont plus existantes sur l’ensemble du territoire.

Dans tous les cas, l’Ukraine n’est plus un État, si jamais elle l’a été un tant soit peu jusqu’en 2004, elle n’est plus qu’un territoire, que son dirigeant est prêt à sacrifier avec la population, dans cette guerre civilisationnelle.

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